‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 28 sur 369 · LE COURS D'ÉCRITURE SAINTE ; SAINT PAUL · texte numérisé non relu

LE COURS D'ÉCRITURE SAINTE ; SAINT PAUL

SOMMAIRE

Le lecteur et l’auteur du Cours: le manuscrit Garnier. La Rédaction de Renan. Importance de cette étude pour le futur historien des Origines. Plan et contenu des Cahiers. Objet et division de ce chapitre. Pp. 63-66.

I. La ComprLarTion. Commentateurs chrétiens, anciens et modernes (catholiques et protestants). — Les Allemands. Comment M. Garnier utilise ces travaux. Pp. 66-73.

II. La Conrroverse. Doutes concernant les Epiîtres. Encore l'Allemagne. « Naturalistes » et « rationa-

listes ». — Les hérésies ; leur source, leur réfutation anticipée. Arius ; Socin. Pélage. — Les protestants : Calvin. Querelles dogmatiques. Les sacrements ; le culte. La mission enseignante de l'Eglise. L'autorité des Pères. — M. Garnier polémiste. Pp. 73-80.

III. La TnéoLocre. Forme scolastique du Cours. Les écrits apostoliques sont authentiques : signes internes ef externes ; ils n’ont pu être « supposés ». Ils sont inspirés, comme toute l’Ecriture ; comment le N. T. complète J’Ancien. Ils sont véridiques : Saint Paul n’était ni un imposteur ni un visionnaire. Des miracles apostoliques, et de leur portée apologétique. L'Eglise primitive n’a pas connu de conflits. Elle était déjà hiérarchisée. Pp. 86-86.

IV. La CririQuEe. Des obscurités de l’Ecriture. De la méthode à suivre pour comprendre ce qui nous est accessible : se soumettre aux décisions de l'Eglise, surtout dans la foi et les mœurs. — Comment M. Garnier procède à l'établissement du- texte et à -Son interprétation ; contre les raisonneurs et les érudits. Ses défauts l’emportent sur ses qualités. Il repousse lui aussi les « arguments négatifs ». La Dissertation-type sur ZI Jean, V, 7. Le «théologien orthodoxe » selon Renan. Pp. 87-94.

V. La Morare. Relations de l’homme et de la femme; du péché de « fornication ». Rapports de l'Eglise avec la société civile. Obligations réciproques des pasteurs et des fidèles. Les Epiîtres et la prédication. Pp. 94-97. ;

VI. L'Hisromme. Utilité d’une bonne chronologie. Les grandes dates de la vie de Saint Paul. Classification de ses Epîtres. Son caractère. Sa langue et son style. Allusions du Cours aux Evangiles. Pp. 97-102.

VII. Influence du Cours d’Ecriture Sainte sur Renan : théorie et pratique de la méthode. En quel sens Renan a vécu « dans l'esprit de Saint Paul ». Quelques citations familières au séminariste. Pp. 102-104.

Parmi les « petits cours » qui avaient lieu à Saint-Sulpice (1), celui d'Ecriture Sainte est le seul à être représenté dans les Notes da Renan. On-sait, par une lettre à Liart, qu'il étudia cette année-là les Epiîtres et l'Apocalypse (2). C'est justement la matière des six Cahiers que renferme le volume 11480, folios 518 et suivants.

Cette rédaction manuscrite ne porte nulle part le nom du professeur : ni celui de M. Mollevault, donné par l’Almanach du Clergé, ni celui de M. Carbon, qu’on lit dans les Souvenirs (3). Cette dernière indication n’est pas décisive, car elle pourrait n'être exacte que pour l’année 1844-1845 ; nous préférons la première. Aussi bien, qu'il s’agit de

(OC esupraep. 217

(2) L. du 18 nov. 1843 (Fr. Int., 244). Il n’est pas nécessaire d'interpréter la phrase comme si ces deux objets avaient été traités de front. Renan fait, il est vrai, une allusion à l'Apocalypse dans une Homélie de déc. 1843 (cf. Trav. de Jeun., 17). Mais il n’avait pas attendu le Cours de Saint-Sulpice pour lire ce livre : dès Saint-Nicolas, il lui empruntait une pensée sur la Mort (Cah. de Lect., et cf. Ap. XIV, 13; cf. nfra 104). ‘

(3) Cf. respectivement supra 19 et Souv., 238. Sur Gabriel-Etienne-Joseph Mollevault, cf. L. Bertrand, lib. laud., II, 218 et infra 223 n. 48. Ce Sulpicien avait alors soixante-dix ans ; il n’était plus Supérieur de la Solitude depuis 1837.

M. Mollevault ou d'un autre, la personnalité du maître avait ici peu d'importance, s’il se bornait à lire ce qu'il n'avait pas composé, ou s’il y ajoutait de rares compléments.

Or il semble bien que ce fut le cas. On n'est point forcé de tirer d'une phrase de la Rédaction (4) une induction contraire. Et nous savons, par une tradition très sûre, et même pour l'avoir eu sous les yeux, qu'il existe à Saint-Sulpice, en manuserit, un vaste Cours d'Ecriture Sainte, dû à la plume de M. Garnier. Son auteur ne Île publia pas; cependant ce travail, dont l'enseignement de la Compagnie vécut longtemps, n’est pas resté tout à fait inédit. D’après les Supercheries Littéraires dévoilées (5), Genoude aurait tiré de là les Discours préliminaires qui, dans sa Traduction de la Bible, figurent avant chacun des livres sacrés. De. son côté, lorsqu'il fit paraître son /ntroduction aux Livres de l'A, et du N. T. l'abbé Glaire reconnut avoir eu à sa disposition les travaux du professeur d'Ecriture Sainte de Saint-Sulpice (6). Or, compilateur et vulgarisateur médiocre, il a dû les exploiter sans discrétion (7). On n'a d’ailleurs, pour s’en convaincre, qu'à comparer la Rédaction de Renan avec les passages correspondants du ft. VI de l'Introduction. C'est aussi pourquoi M. Mollevault renvoyail assez souvent à cel ouvrage comme à un manuel, afin de passer plus vite sur certains sujels qui y sont développés.

Ces conditions permettent de voir, mieux qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, si Renan ajoutait à ses Notes de classe des observations personnelles. Disons-le tout de suite, son manuscrit en offre assez peu ; soit que l’enseignement. reçu ait été le plus souvent à la mesure de l’élève, soil qu'il ait craint le jugement de son professeur, à qui sans doute il devait montrer son travail. Toujours est-il que ses Cahiers auraient pu être mieux soignés. Non que sa Rédaction soit écourtée ni très négligée. Mais des « lapsus » non corrigés prouvent qu'il ne se relisait pas loujours; il aurait dû se reporter plus fréquemment au texte, surtout au grec; s’il a consulté Glaire (et rien ne l’établit), ce fut d'une façon intermittente, puisqu'il écrit incorrectement des noms propres qu'il y aurait trouvés bien orthographiés (8).

Est-ce à dire pourtant que cette longue étude fut sans effet sur lui ? qu'elle n'excita pas ses réflexions, qu'elle n'enrichit pas ses connaissances ? Loin Ue Ià Pour la première fois, il était initié aux problèmes que soulève l'étude du N. T. Le hasard voulut, il est vrai,

(4) C'est l'endroit où Renan écril d’un commentaleur : « M. Garnier s'en est beau- <oup servi pour l'explication de Saint Paul ».

(5) 29 6d., t. II, col. 154.

(6) Zntrod., 2° 64., t. I, 17. — Songer aussi à ses Livres saints vengés, etc.

(7) On sa demande même si cerlaines erreurs ne lui sont pas imputables plutôt qu'à l’imprimeur ; n’aurait-il pas, par exemple, en copiant le ms. Garnier, transcrit Julien au lieu de Jurieu (ib., t. VI, 361)?

.. (8) Voici quelques exemples qui viennent à l'appui de ces trois sorles d’observaions. Renan met « dissolu » pour dissous : « révélation » pour résurrection ; « Saint Juste » pour Saint Jude ; « eau » pour lerre, etc. Au lieu de fastigium (Vulg.), il écrit «super f. »; au Tieu de ixuatev, « txsacuaruwv ». Saint Eucher devient chez lui < Euscher », et Eichhorn, « Eickorn » ou « Eikhorn ».

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