‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 29 sur 369 · LE PLAN DU COURS ET SES CARACTÈRES · texte numérisé non relu

LE PLAN DU COURS ET SES CARACTÈRES

que la partie traitée cette année-là ne fût pas les Evangiles (9). Mais, outre que l'occasion ne manqua pas de les regarder de biais (10), les Epiîtres pauliniennes et l’Apocalypse avaient; bien aussi leur importance. Les tomes II, II et IV des Origines du Christianisme, qui correspondent en gros au Cours de Saint-Sulpice (11), égalent en intérêt la première Vie de Jésus, qu'ils dépassent en solidité. C'est que le grand historien sut, à plus de vingt ans de distance, se souvenir de ses Cahiers d'Ecriture Sainte. Il convient donc de les examiner de très près.

Le premier traitait de Saint Paul, de sa vie et de son caractère, et surtout de ses Epîtres. Dans ces Prolégomènes, M. Garnier discourait sur l'authenticité et l'inspiration des écrits pauliniens; il établissait les dates de leur composition ; il montrait leur excellence et leur utilité. Puis il soulignait la source de leurs difficultés, la meilleure manière de les entendre, enfin leurs commentateurs les plus æstimables. À chaque Epître était ensuite consacrée une monographie, où étaient examinés, dans un ordre invariable, les points suivants : circonstances de la rédaction; objet et contenu; principäles difficultés; endroits remarquables quant au dogme, à la morale, à l’élocution. Deux questions donnaient lieu chacune à une Dissertation- : d’une -part, à propos des chapitres XII et suivants de la Première aux Corinthiens, es dons surnaturels des premiers chrétiens; de l’autre, l'authenticité d’un verset de la Première Epître de Jean, c'est-à-dire l'intégrité de celte Epitre. Elle n'était point la seule à soulever un problème de cet ordre. Et la nature spéciale de l’'Apocalypse provoquait en plus l'exposé et la discussion des « systèmes d’après lesquels on à cherché à l'expliquer ».

Tel fut, en 1843-1844, le plan du Cours d'Ecriture Sainte à Sainl- Sulpice. Les séminaristes le parcoururent, semble-t-il, à la cadence de deux Cahiers tous les trois mois. On ne s’écartera pas beaucoup de cette marche, et l'on obtiendra une division plus logique, en situant les Prolégomènes (Cahier 1), dans le premier trimestre ; l'étude des Epiîtres (Gahïers 2 à 6), dans le second ; et dans le troisième, celle de l’'Apocalypse (Fin du cahier 6). :

Quels qu’aient été le sujet et le temps, certains traits du Cours sont demeurés les mêmes d'un bout à l'autre. C'est eux qu’il faut dégager d'abord, en rompant exceptionnellement avec la chronologie. On ne viendra donc aux Prolégomènes qu'après avoir décrit les principaux aspects du travail de M. Garnier, qui s'y montre à la fois compilateur, controversiste, théologien, critique, moraliste et historien. En indiquant, toutefois, les auteurs qu’il a nommés, on ne vérifiera ni l'on ne précisera les endroits où ils ont écrit ce qu'il leur fait dire. On n'’essaiera pas non plus de déterminer systématiquement. ses guides ordinaires, les

(9) Ils avaient dû être étudiés l’année précédente. En 1843-1844, on fermail le cycle. Il sa rouvrit, en 1844-1845, par l’examen du Pentateuque.

(10) Cf. infra 101-102.

(11) Le cadre de ces trois volumes n’est excédé que par les Epîtres de Jean et la Deuxième Epiître de Pierre, que Renan analysa ex professo dans l'Eglise chrélienne.

intermédiaires qui ont pu le renseigner sur ce qu'il n'a pas lu. Des recherches de ce genre entraînent loin, et elles s'imposent seulement 1à où Renan reprend, pour une étude personnelle, le sujet de son Cours. Ce qu'il n’a fait ici que d’une manière très intermittente.

M. Garnier utilise beaucoup moins d'auteurs profanes (12) que de chrétiens, anciens et modernes. Parmi ceux-là, il cite surtout Saint Augustin et Saint Jérôme. Non qu'il les juge toujours irréprochables. Le premier a lui-même, dans ses Retractationes, avoué qu'à l'époque où il étudiait l'Epître aux Romains, il n'avait pas suffisamment approfondi la question de la grâce : aussi lui arrive-t-il d'y frôler le «semipélagianisme ». Quant au second, il demande également à être « lu avec précaution » : car, en reproduisant d'anciens commentaires, il oublie trop souvent de « flétrir » ceux qui le méritent. Néanmoins, l'un et l'autre ont plus de qualités que de défauts. Saint Jérôme était consommé en grec et en hébreu, et Saint Augustin, en interprétant Saint Paul, a fait preuve d'une littéralité plus exacte que celle dont témoignent ses autres écrits-sur le NT.

On est donc en droit de leur emprunter beaucoup. Le docteur africain « s'est surpassé » dans son Commentaire de l'Epître aux Galates (13). Son exclamation est bonne à un devant un obscur passage de la Première Epître de Pierre (IV, 5) : « Quelle profondeur ! et qui n’en serait étonné ? » Sa subtilité aide à Re un texte de Saint Paul sur la grâce, de telle sorte qu'on ne puisse faire à ce propos aucun grief à Dieu. De son côté, Saint Jérôme fournit des renseignements sur la Nicopolis de l'Epître à Tite, ou sur la voie par laquelle les Mages auront connu le nom des anges.

Après ces deux Pères, le plus fréquemment consulté paraît avoir été Saint Jean Chrysostome. L’ « admirable » Homélie sur l'Epître aux Romains est son chef-d'œuvre. Parmi les fines remarques que l’évêque de Constantinople offre au lecteur, le Sulpicien relevait, en particulier, une observation sur la fidélité des Philippiens : n'est-elle pas attestée par la tendresse que l’Apôtre, en leur écrivant, marque à leur égard ?

Des considérations d'un autre genre, et plus abstraites, étaient demandées à un « habile théologien », dont certaines pratiques appellent pourtant des réserves (14). Saint Thomas a démontré comment une hiérarchie doit exister parmi les mauvais anges (15); surtout, il a fort bien enseigné en quoi la justice chrétienne est amissible, et en quoi

(12) Voir infra 97 sur Strabon, et 330 et n. 40. Ailleurs Longin est mentionné comme « un des grands maîtres de l'antiquité ».

(13) L'auteur du Cours rapporte sa dispute avec Saint Jérôme touchant la manière d'entendre les ch. II et suivants de cette Epître.

(14) Cf. infra 91.

(15) « Le péché détruit bien l’ordre de la grâce, mais non celui de la nature : or

c’est par la nature que les uns sont supérieurs aux autres ». Cf, E. Renan, Trav. de Jeun., 34-35 (Obs. XVII. |

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