LES PSAUMES DATÉS PAR LEUR CONTENU
aussi la créature de Joïada, Joas, doivent être confrontés avec le héros du ps. EX, comme eux roi-lévite. L'allusion de soa v. 5 au trône de la. famille de David daterait le ps. CXXII de l'ère des Rois. On conclurait de même pour le n° LXXVI, mais avec plus de réserves, vu la fragilité dés inductions à tirer du v. 2. Juda et Israël sont « employés comme synonymes »; d'où l’on peut dire et que le schisme n'a pas eu lieu, car après lui, le poète n'eût point égalé le-culte d'Israël à celui de Juda ; et que le schisme a eu lieu, car, avant lui, Juda, partie d'Is-raël, n’eût probablement pas été mis en parallèle avec le tout. Encore: ceci demeure-t-il douteux, vu l'importance que cette tribu avait prise dès les temps davidiques.
Les vicissitudes du peuple hébreu se sont, elles aussi, inscrites. dans les psaumes. Le « rassemblement » du ps. CVII, v. 3, s’entendrait bien d'un épisode de l'exode mosaïque. Mais le repère le plus saillant est l’exil de Babylone. L’a-t-on reconnu, il reste à préciser si le morceau considéré a été écrit pendant ou après. Le « cri d'espérance ». du ps. CXXX autorise la première hypothèse, et le « praecepisti servare me » du LXXI°, la seconde. Le retour est certainement un fait accompli quand l’auteur du ps. CXLVII loue en Jéhova le rassembleur d'Israël. Cette même pièce a d’ailleurs un trait qui confirme cette conjecture; les fermetures des portes du v. 13 impliquent une Jérusalem: rétablie. On était sans doute en train de la reconstruire lorsque le ps. CXXVII a été composé : le v. 1 doit viser la garde qu'on laissait aux. remparts. >
C'est alors, on le sait, que fut édifié le second temple. L'histoiredu premier permettrait de dater le ps. LXV : il n'est pas antérieur à: David, puisque son v. 5 parle de la demeure de Jéhova. On raisonnerait pareillement sur le v. 9 du ps. CXXII, qui paraît même postérieur à Salomon, puisque son v. 7 décrit Jérusalem comme une grande ville.’ Quant à descendre plus bas, on y mettra quelque circonspection. Le v. 3, en effet, célèbre Jérusalem pour la chaîne continue de ses bâtiments : cet aspect n'a pu être admiré que des anciens Juifs, qui n’avaient que des bourgades en dehors de la capitale; ceux de la captivité ne l’auraient point remarqué, eux qui connaissaient les villes assyriennes. À supposer donc qu'on se décide pour le règne de Salomon ou les années suivantes, on rapporterait au même temps le ps. LXXII, si le « Tharsis » du v. 10 représente Tartesse en Espagne : alors seulement les vaisseaux d'Israël ont pu aller aussi loin.
Aïnsi le culte, ainsi la civilisation ne sont pas moins instructifs que les événements historiques. A elles toutes, les indications tiréesdu fond complètent celles de la forme, et réciproquement : un chaldaïsme, par exemple, renforçant au ps. CXXVII la portée d'une allusion à la reconstruction du temple. Est-ce à dire que les circonstances soient toujours aussi favorables, et qu’on puisse se flatter de dater la plupart des psaumes avec certitude ? Loin de là ! Souvent les indices se con-trarient, ou le texte est trop vague ou trop équivoque pour que lecritique ose prendre parti,
La difficulté du premier genre consiste surtout en ce que la cou- Jeur générale ne correspond pas au sens d'un ou de plusieurs versets. Le ps. CXXII n'a pas le caractère des hymnes composés pour le transport de l'arche, alors que ses v. 3 et 4 semblent $y rapporter. Même opposition entre l'ensemble du ps. CVII et ses v. 39-40. Au ps. LXV, c'est la « manière » qui ne s'accorde pas avec les idées : celle-là est assez antique, celles-ci appartiendraient à l'époque du retour de Babylone. Ailleurs, la langue contraste avec d’autres traits. Ou bien deux passages d'un même morceau ne semblent pas contemporains : ainsi les v. 39-40 du ps. CVIT s’expliqueraient très bien par la grande captivité, tandis que le 41° « n’est pas naturel pour le retour de Babylone », etc. — Que faire en pareils cas? Si ces divergences ne signifient pas que l'unité de la pièce est artificielle, on se résoudra à négliger l'indice le moins sûr, par exemple l'accentuation. Au besoin l'on en croira plutôt la forme que le fond, parce qu'elle est plus palpable et plus fixe (78).
D'autres précautions s'imposent contre les ambiguïtés, d'où qu'elles viennent. Les unes résultent de ce que certains événements se sont reproduits dans l’histoire d'Israël, avec des variantes qui ne sont pas toujours rappelées en traits circonstanciels. Il y a eu deux voyages de l'arche (l'un au désert, l’autre sous le règne de David), deux temples, plusieurs captivités et délivrances. Si les deux premiers points inquiètent moins Renan qu'ils ne le feront plus tard (79), le troisième l’embarrasse dès lors plus d’une fois (80). Il se félicite de ce que la mention de courses errantes décèle en un endroit le thème de l'Exode égyptien. Mais ailleurs, il ne saurait dire si le psalmiste avait en vue cet exode, ou le retour de Babylone, ou une libération moins célèbre qui aurait eu lieu, sous les Rois, « de quelque attaque des rois voisins » (ps. XLVIII). Nou seulement, en effet, le ps. CXXVI sera daté de la captivité ou du retour, selon qu'on aura traduit le verbe du v. 1 à tel ou tel temps. mais il faut tenir compte de certains usages littéraires des Hébreux. Il leur arrive de demander un bienfait déjà obtenu : une telle prière ne signifie donc pas forcément que le peuple fût encore dans T'affliction. D'autres difficultés viennent de leur emploi du style figuré. Croirons-nous « métaphorique ou réel » l'exil auquel le héros du ps. OXX a été en butte ? Lorsqu'on rencontre, au v. 2 du ps. LXXXV {mais non au v. 1 du CXXVP, où la Vulgate l’a lue par erreur), la formule « reduxisti captivitatem », doit-on dater cette pièce du retour de Babylone ? Non, si cette locution équivaut à « integritati restitue-
(TS) Ps LX XVI: CXEXXVIL SL CXVITE
(79) Cf. seulement ps. XOVII, et sa distinction d'avec l'Axsurgat ; et ps. CXXVII, 1, que Renan préfère rapporter au second temple. Selon M. Le Hir, ce psaume « paraît avoir été composé. à l’occasion de la construction du premier temple; chanté après la captivité, il s’appliquait au second » (Les Ps., 294).
(S0) M. Le Hir lui non plus n'ose préciser, à ps. CXV, 12, s’il s’agit de la fin de la captivité de Babylone (1b., 266). j