‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 283 sur 369 · VUE GÉNÉRALE DU PSAUTIER · texte numérisé non relu

VUE GÉNÉRALE DU PSAUTIER

re aliquem ». Cependant elle n’a pu prendre, semble-t-il, ce sens qu'après une délivrance : laquelle ?

Ce n'est pas tout. Admettons qu'on réussisse à savoir ce que le poète entend désigner, et que ce soit la captivité d'Egypte et ses suites.. Ne sait-on pas par Lowth que cet événement-type sert souvent aux poètes hébreux pour représenter une vicissitude postérieure ? et dans ce cas, comment identifier celle-ci ? De même pour les psaumes de l'arche. À côté de ceux qui se rattachent « de fait » à son transport, combien d’autres, moulés sur ceux-là, n'y ont rapport que « par allégorie » ! soit que, sous les couleurs de cet événement, ils célèbrent une délivrance passée, soit même qu'ils dépeignent un rêve d'avenir, comme la venue idéale du Seigneur.! On sent que de pareilles difficultés peuvent mettre l'esprit en échec, lors même qu'il suit les meilleures règles. Il s’y tiendra pourtant, choisissant entre l'Egypte et Babylone de manière à obtenir « l'explication la plus complète »; appliquant le texte à une délivrance particulière du temps des Rois, lorsque rien n'exige qu’ « on suppose l'exil et la grande captivité » ; appréciant la couleur ; se demandant si les merveilles décrites ne le sont pas comme toutes récentes, etc. (81). à-

Telle est la critique historique de Renan, immobilisée ici sous le regard de l'analyse, mais s’offrant, au lecteur du manuscrit de 1844, dans la vivacité de ses exercices. On y verra derechef le rôle de la comparaison. Si périlleux que puisse être l'usage de ce procédé, elle fournit: un secours qu'on n'a pas le droit de négliger. Les ps. CIIT et CXIII présentant «une énumération semblable avec des yod paragogiques », on a lieu de les croire contemporains. Alors, si l'un était daté, l'autre le serait ipso facto. L'époque du ps. LXXXV étant fixée, on ordonnera par rapport à lui les n° CXXI, CXXVI, LXVII, qui lui ressemblent. De même, le ps. CXXVII et le CXXXVIT permettront de situer certaines pièces des Degrés. Mais celles-ci à leur tour deviennent repère, et le ps. LXVI est jugé moderne parce qu'il leur emprunte un trait. Ainsi la localisation se fait de proche en proche, ce qui assure à la méthode une grande portée (82).

On peut à présent dégager les idées de Renan sur l'ensemble du Psautier.

Tient-il compte de la division en cinq livres ? Oui, du moins au début. Il a, dès longtemps, marqué cette séparation dans sa Vulgate,

(SOPPSAOCVILEALNer circa ; VRP ER COVITI CÉSAR C XIE RL XVI LXV, 8-9.

(82) Ps. CVIII, LVII; XXXIV, I. — C’est également par là que M. Le Hir essaie de dater le ps. XCVI, qui serait du temps d'Ezéchias, sa diction s’apparentant à celle d’Isaïe; et aussi le ps. LXXI, qu’il attribue à David en le rapprochant du n° XXXI (Les Ps., 156, 219, 248). Ce dernier exemple ne dénote pas chez le Sulpicien un tact très sûr.

et il s'y réfère, non sans commettre une erreur dont il s'aperçoit (83). Tout d’abord, il a l'air de rapporter à ce qu’il appelle les « cantiques anciens » le quatrième livre, qui ne serait pas de David. C'est à cet auteur qu'il attribue ensuite le second livre. Le troisième, dans l'opinion générale, aurait une autre origine. Arrivé au ps. LXII, le jeune critique à, semble-t-il, dépassé ces vues : ‘il explique pourquoi « les livres que nous avons sont postérieurs. à l'époque davidique ».

Ailleurs, il laisse voir qu'il connaît les « Cantiques d’Asaph ». D'autres psaumes se groupent, non sous le signe d'un nom propre, mais par leurs affinités : tels les n°° XCIIT, XCVI-XCIX, qui forment, au quatrième livre, une « classe si bien caractérisée »; telle, la collection des Degrés ; tels enfin, les morceaux résultant d'un «pillage ». ;

Parmi les premiers, le n° XCVIII appartiendrait aux cantiques anciens. Si l’on ne peut les attribuer tous à la même main, il convient au moins de noter qu’ils « tournent toujours dans le même cercle de pensées ». Ces « chants de triomphe à Jéhova » comportent des réminiscences l’un de l’autre et des formules communes, par exemple le. « cri consacré. à la marche triomphale de l'arche vers le lieu de son Tepos ».

Quant au recueil des psaumes graduels, plusieurs d’entr'eux ne portent ce titre qu’à la suite du nom des auteurs présumés. Qu'estce à dire, sinon que les deux mots « Canticum ascensionum » ont été ajoutés postérieurement? Ainsi ces pièces « préexistaient séparées, puis on les a rassemblées pour quelque cérémonie ». Par là s'explique la façon dont elles se présentent, et que Renan regarde comme une particularité unique dans le Psautier : c'est parce qu'elles étaient telles « dans l’usage des Hébreux [que] les collecteurs des psaumes les ont mises toutes de suite ». A quelle date ? Peut-être l'entrevoit-on au: ps. CXXXIV : les versions anciennes y ont ajouté un hémistiche tiré du n° suivant, qui « n’est plus des Degrés »; « donc la collection de ces psaumes est postérieure » aux Septante et à la Vulgate.

Enfin les psaumes « compilés » sont à rattacher à ceux dont ils s'inspirent. Le délicat, en l'espèce, n’est pas de les rapprocher les uns des autres, mais de distinguer l'original de la copie. Celle-ci se décèle par les emprunts patents, la grosseur de la couture (84), et surtout le manque de suite et d'unité. Certains cas se résolvent par une réflexion de bon sens : « On conçoit qu'on ait composé un psaume de deux fragments d’autres psaumes, mais on ne concevrait pas qu'[un psaume étant donné], deux psaumes différents. se fussent accordés à copier exacte- - ment les deux moitiés de ce psaume ». Le fait que les emprunts portent fréquemment des variantes pose encore une autre question. Ces: « légers changements, qui sont loin d'embellir » les originaux, ne se

(83) Cf. Trav. de Jeun., 145 et n. 5 (ps. LXVII). — Cf. ps. LXXIE, EXXVI:

(84) Voir cependant l'exception du ps. CVIII. — Cf XX & graduels et le n° LXVI. “A RE EREES Le

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