‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 286 sur 369 · SENS D’APRES L'HEBREU ” TRADUCTION DE RENAN · texte numérisé non relu

SENS D’APRES L'HEBREU ” TRADUCTION DE RENAN

« [Que Jéhova me châtie,] si je « Si je n'ai pas tenu mon âme dans. n'ai pas rendu mon âme tranquille le calme et le silence, que mon cœur et silencieuse, comme fun enfant] inquiet me poursuive comme l'agneau

sevré sur sa mère, ainsi mon âme sevré qui cherche le sein de sa est sur moi ». mère > (Ps. CXXXI, 2).

Mais l'on ne saurait songer à traiter cette version des Psaumes comme vient de l'être, par exemple, la traduction baudelairienne d'E. Poe. Il suffit de fournir à un spécialiste les éléments d'une appréciation. Il serait, on doit le croire, le premier à user d’indulgence. Il prendrait en considération l'obscurité qui règne encore sur tant de passages, aw point que de récents exégètes ont remplacé par un pointillé un assez grand nombre de versets. Que Renan rende ainsi le v. 3 du ps. CX « Paré des crnements sacrés, un brillant cortège se pressait sur tes: pas au jour de ton triomphe », — l’état désespéré du texte ne permet pas de lui en savoir trop mauvais gré, non plus qu'au v. 5 du ps. CXLI, si fantaisiste que puisse être sa manière de comprendre.

Sous le rapport littéraire, un trait frappant est la substitution de l’abstrait au concret. Mais cette pratique, à laquelle Renan avait dû être plié au Collège, quand il étudiait latin et grec, n’a rien ici de bien significatif, lors même qu'elle est très accusée (88). Tout ce qu'on peut dire, c’est qu'elle contribue à atténuer la crudité de lhébreu. Et c’est. à quoi notre traducteur aboutit encore, sans y viser peut-être expres— sément, par une autre voie : il ajoute, arrondit, en un mot il édulcore. Non qu'il ne sache, si le texte s'y prête, en imiter la brièveté: « Ma langue est le stylet du rapide écrivain » (ps. XLV, 2). Non qu’il ne regrette une autre fois la longueur de sa version française (89). Le fait

(88) Ainsi au ps. CXXIII, v. 4: « des dérisions de l'insolence et des dédains de l’orgueil ».

(89) Cf. ps. CXXXVII, 3 : « Nos vainqueurs nous demandèrent de leur chanter nos cantiques » : neuf mots français, calcule Renan, contre six dans l'original.

PRÉPARATION AU PROFES SORAT

est pourtant qu'il ne s’est guère mis en garde contre sa tendance à la

paraphrase. Qu'on en juge SENS D'APRÈS L'HÉBREU

Super inimicos meos despexit OoCu-

lus meus (Ps. LIV, 9).

portant ses gerbes (CXXVI, 6).

Il guérit les cœurs brisés et bande leurs plaies (CXLVII, 3).

Tu as visité la terre. La rivière de Dieu est pleine d’eau. ainsi tu prépares leur blé (LXV, 10).

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