‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 287 sur 369 · TRADUCTION DE RENAN · texte numérisé non relu

TRADUCTION DE RENAN

[Jéhova m'a permis] de fixer sur les ennemis un regard ferme et fier

portant joyeusement leurs gerbes.

Il est le médecin des cœurs brisés, il sait mettre sur leurs plaies un appareil salutaire (90).

Tu as visité ta terre chérie. En son sein, le divin fleuve coule à pleins bords :

préparée par tes mains, elle produira à ton peuple des flots de pur froment.

Même si certains allongements viennent de ce que l'hébreu n'a pas

été bien compris, il en est trop d'autres où cette raison ne joue pas, pour qu'on ne doive pas y voir un système de traduction. Quoi de plus décisif à cet égard que la version du ps. XXXIX ? C’est celle que Renan

pense avoir le mieux réussie, et il n’en est pas où le défaut

sensible Mon cœur était chaud dans mon sein,

dans ma pensée le feu a pris, j'ai parlé avec ma langue (v. 4).

Fais-moi savoir, Ô Jéhova, ma fin

soit plus

Alors ma douleur comprimée a excité en mon âme comme un feu intérieur; vaincu par ses ardeurs, j'ai laissé ces paroles s'échapper de mes lèvres:

Jéhova, calme mes craintes, montre-moi le terme que tu as mis à ma vie, apprends-moi la mesure que tu as

«et la mesure de mes jours... Que je sache

ma fragilité (v. 5). fixée à mes jours, que je sache la durée

de ma frêle existence.

J'ai gardé dans mes peines un silence résigné, je n’ai pas ouvert ma bouche pour me plaindre de mes maux, car j'y voyais ton ouvrage.

J'ai été muet, je n'ai pas ouvert ma bouche, car c’est toi qui l'as fait !

..Ne garde pas le silence (v. 11). Romps ce cruel silence.

Ce genre de traduction tient le milieu entre la version d'un Cahen, par exemple, et le commentaire, dont même il lui arrive d'être plus proche. C'est que son auteur à déjà rendu en latin ce qu'il met en français. C'est surtout qu'il n'a point été, qu'il n’est point à bonne école. Habitué à la Vulgate,; aux paraphrases, l’ecclésiastique n'est guère at- .taché à la lettre de l'original; un texte trop directement plaqué de l'hébreu n'irait pas sans le rebuter, l'inquiéter. Dans une certaine mesure, ces mœurs littéraires ont été celles de Renan. Elles reparaissent encore (assagies, il faut le reconnaître, par un goût supérieur) dans cette Préface du Livre de Job, où la fidélité n’est pas plus recommandée au traducteur que la correction, voire le « coulant » de son style français (91).

(90) Cet adjectif se retrouve, gratuitement aussi, dans la traduction d'un verset altéré (CXLIT, 5) : « Au milieu des maux salutaires qu'il me fera souffrir ». Remarquer immédiatement avant : « L'huile précieuse de la correction ».

(91) E. Renan, Le Livre de Job, pp. II-IV.

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