L'HISTOIRE D'ISRAEL
SOMMAIRE
I. Le travail de vacances et les morceaux étudiés avec M. Le Hir; utilité et enrichissement des connaissances déjà acquises. Renan et l'A. T. (livres historiques, prophétiques, sapientiaux). Histoire de la littérature hébraïque: la tradition orale et sa mise par écrit. Ages de création et d'imitation: l'ère davidique et la période de la captivité; les deux écoles poétiques. Transformation de l'antique. Décadence ; la « manière rabbinique ». Pip. 601-606.
II. L’hébreu comme langue; traits essentiels, évolution. Coups d'œil sur d’autres idiomes sémitiques, sur le grec et le latin, le français et le breton. Caractères de la poésie hébraïque; le système d'Azarias. Le style; figures de pensées et de mots. « Lieux communs »; usages littéraires. I’A, T. et la littérature générale; en quoi ïil n’est pas” original, en quoi il l'est. Pp: 606-613.
III. La pensée d'Israël. Tendances et objets: conception de la nature et de la société; idéesmorales et religieuses. Rapports du peuple et de l’homme avec Jéhova. Les étapes de
1’ « esprit judaïque ». Les noms divins. Si les Hébreux ont cru à l'unité de Dieu et à.
sa spiritualité. Les «prophéties-» de l'A. T.: le thème messianique (ps. LXVII et OX);
critique des interprétations traditionnelles; comment les Juifs .nommaient le Messie et se
‘sont figuré son avènement. « La vraie prophétie [de] l'A. T. ». Opinions des Hébreux sur :7< l'état d'outre-tombe. Pp. 613-621.
% AV. L'histoire d'Israël. Quelques indications d'Archéologie biblique: antiquités domestiques et sacrées, Un rite de confession. Judaïsme et christianisme. Pp. 621-624.
Parmi les connaissances dont témoigne le travail de vacances, certaines lui sont préalables. Les conjectures chronologiques, par exemple, n’eussent pas été possibles, si Renan n'avait eu dans l'esprit une sorte de perspective, une opinion déjà assise touchant l'histoire d'Israël. Aussi les morceaux étudiés en cours d'année reparaissent-ils dans ce volumineux manuscrit, soit que l’auteur rouvre son cahier de Notes (« V. Notas » (1) ), soit qu'il se reporte au texte. Le ps. LXXXVII rappelle un peu les Bénédictions de Jacob. Le «grand cantique de Moïse », en méme temps qu'il manifeste l'opinion juive sur les dieux étrangers, offre en son milieu une indistinction de discours caractéristique. De lui dérive encore le v. 7 de ce ps. L, qui n'est pas sans affinité avec le ch. XXXIII du Deutéronome, ces deux pièces contenant une théophanie traditionnelle. La seconde fait paraître disproportionné l’exorde de la première, car elle « n’en à pas un aussi long et est plus longue ». Quant au chapitre V des Juges, il renseigne sur des usages littéraires : son début montre quelle place, dans ce genre de cantiques, occupait l’exposé de la circonstance; son rythme, la « sorte de narré ambigu » qui commence son v. 2, sont à comparer avec les traits correspondants des
(1) Trav. de Jeun., 148 n. 1 (ps. CL, 4) ; ps. CXXV, 2, sur le sens de « usque in aeternum » ; Trav. de Jeun., 205 n. 3 (ps. LXIV, 6) ; ps. LXXXVII, v. 6, sur la raciñie « miscuit » de Babel; ps. LXXII, 10, sur l'identification &u « peuple cuchitique » avec les Ethiopiens ; ps. LXVI, 6, sur l'Euphrate, cf. Dissertation Des fleuves, du, Paradis, ete. — Voir encore Traw. de Jeun., 181 et.n. 6, 232 et n. 5 (Souvenirs du Cours d'Ecriture Sainte sur Rom. et Hébr.; cf. supra 322 n. 20).
psaumes OXX et CXXIL L'Exsurgat intéresse par son « inspiration brute » et ses autres caractères, qui l’éloignent du ps. XCVIT et le rapprochent du CVIII:, etc. (2).
Mais si ces acquisitions des mois précédents ont conditionné l'exégèse des Psaumes, à son tour cette nouvelle partie de l'A. T. n'a pas été sans fournir à Renan l'occasion de contrôler et de compléter ce qu'il avait appris jusque-là. Ainsi un affixe pluriel qui représente une seule personne peut aider à l'interprétation du « Faciamus homines » de la Genèse. Telle forme s'identifiera définitivement, par sa place dans un morceau écrit sous l'influence chaldéenne. Un autre texte renseigne sur la nature d'un «rite sacrificiel». La mise en parallèle d'Edom avec civitas munimenti prouve l'existence de forteresses célèbres en Ce pays, qui devait, à en juger par le v. 11 du ps. CVIIT, n'être pas encore, à cette date, « parfaitement soumis ». Les v. 7 et 12-13 de ce même morceau impliquent des tribulations du peuple hébreu, ete. Ils sont l'écho d'une tradition non consignée dans les Livres historiques (3).
Qu'est-ce à dire, sinon que les Psaumes acquièrent, eux aussi, une valeur documentaire ? En voici un, le LXXVI‘, par exemple, qui contient telle idée. Peut-être va-t-elle servir à le dater, mais peut-être aussi, réciproquement, est-ce l'époque qui, une fois établie, datera l'idée. En d'autres termes, il est possible que certaines pièces éclairent la région où elles s'insèrent. El si l'une d'elles n’a pas l'air de s'accorder avec son milieu, on en prendra occasion, non pour la déplacer, mais plutôt pour réviser, en conséquence, la courbe intellectuelle d'Israël.
Que ces opérations aïent toujours évité le cerele vicieux, on n'oserait l’affirmer, Il est si délicat, parfois, de se décider entre les deux directions contraires ! Mais n'importe : de toute façon le manuscrit de 1844 comprend assez d'indications éparses pour permettre d'établir, en es groupant, le bilan des connaissances bibliques de Renan.
Est-il besoin d'en faire la remarque, le Psautier lui était depuis longtemps familier : il l'avait lu et médité pour sa part, ne fût-ce que dans sa Vulgate. Outre qu'il n'a pas, on le devine, attendu ces vacances pour s'occuper des n°° CVII et CIV (4), il allègue en connaisseur un cer- {ain nombre de morceaux, qui ne figurent point dans son choix de psaumes : le IF ; le CXVIIT, le CXXXVI°, surtout l'Ecce quam bonum et le
Quemadmodum desiderat. Et ses autres allusions à l'A. T. ne témoignent pas d’un commerce moins assidu.
Sauf en deux endroits, elles sont précises. Les unes concernent les Livres historiques : un peu le Pentateuque et les Paralipomènes (5),
(2): Ps: XCV, 3 1 OVIILS LXVI: OXXIT: XVIII, 8: (3) Ps. CXLI, 7 et cf. Gen., I, 26; CXVI, 17; CVII, 22.
.(# Sur ce dernier, il déclare, au v. 14, adopter pour « servituti hominis » le sens qu'il y donnait « autrefois ».
(5) Ps. XXXIV, 8, renvoyant à Gen, XXXII; ps. CXXVI, 3, renvoyant au Lévitique, ete., etc.