‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 30 sur 369 · D'EUSÈBE À R. SIMON · texte numérisé non relu

D'EUSÈBE À R. SIMON

elle ne l'est pas. Aussi l’auteur du Cours le rapprochait-il de Saint Augustin : et non seulement à ce sujet, mais pour sa façon de représenter la mort des vivants à la fin du monde (16). Les écoles respectives de l’un et de l’autre n’ont-elles pas en outre tiré dans le même sens la fameuse comparaison du potier ?

M. Garnier utilisait encore, mais moins fréquemment, un écrivain comme Eusèbe, dont le témoignage, expliquait-il, est « d'un grand poids. Car Eusèbe avait eu à sa disposition toutes les bibliothèques de l'Orient, celles d’Aelia Capitolina et de Césarée, où il avait pu compiler tous les témoignages des écrivains ecclésiastiques sur nos livres saints ». Or cet « auteur si instruit » est favorable à l'authenticité de l'Epiître aux Hébreux. I a conservé des traditions précieuses concernant le séjour de Saint Pierre à Rome, etc. L'apôtre Saint Jacques, mentionné chez lui, l’est également dans les livres d'Origène contre Celse. Ce «critique si célèbre » — il s’agit du premier nommé a laissé des Commentaires fort respectables ; malheureusement on ne les connaît que par une traduction latine peu fidèle. Son Homélie XXXV sur la Genèse signale une source extra-biblique de Saint Paul. É

Ces noms sont loin d’épuiser la liste des anciens commentateurs. Mais en dehors d'eux, ceux qui émaillent ta Rédactïon du séminariste n'ont pas, à beaucoup près, la même importance : ni Clément d’Alexandrie, ni Saint Ephrem, ni un auteur moins ancien, Nicolas de Lyre. Ces deux derniers retiennent surtout laltention parce que Renan étudia d'assez près, en 1845, le diacre de l'Eglise de Syrie, et qu'il cita l’auteur des Postilles dans son Histoire des langues sémitiques (17), comme l’un des très rares chrétiens qui surent l’hébreu pendant le Moyen-Age.

A la fin de cette période, « la Renaissance des Lettres », puis les XVII° et XVIII siècles, produisirent de nouveaux travaux. Mais une grande circonspection s'impose dans leur emploi.

Même certains catholiques, en effet, donnent prise à la censure. Ni Erasme ni R. Estienne, par exemple, ne sont entourés dans le Cours d'une grande vénération : n’ont-ils pas eu l’un et l’autre maille à partir avec la Sorbonne ? Selon le premier, Saint Paul était marié, l'Epître aux Hébreux n'est pas authentique, etc..; aussi M. Garnier ne lui empruntet-il guère qu'une remarque peu compromettante (18). Les Notes du second sont « trop hardies », et favorables au protestantisme. R. Simon, qui pourtant les a défendues, en convient,

Mais lui-même, « M. Simon », est-il toujours à l'abri des reproches ? Non certes, comme on le verra. Cette raison sans doute rendait, à son endroit, le Sulpicien fort discret. S'il lui arrive de reproduire un“ « judicieuse » observation. de l'oratorien, il se garde de l'avouer pour

(16) Le renvoi à la Summa adversus gentes (c. XGVII, De statu mundi post judicium) se lit dans la partie de la Rédaction consacrée à 11 Pierre, II, 13.

(17) 1re éd., 164. Cf. Cours d’Ecriture Sainte : Nicolas de Lyre « surpasse tous les

autres docteurs scolastiques par la connaissance de l’hébreu ». Voir Rev. Hist. des Relig., 1920, p. 209.

(18) À propos de Jacq., IV, 5 : « Hic plaustra interprelationum ».

guide, là même où, eroyons-nous, il le suit de près : dans l’énumération et le jugement des commentateurs.

Cette réserve ne s'imposait pas à l'égard d’autres écrivains, pour lesquels l’auteur des Prolégomènes professe de l'estime, sans pour- {ant que leurs noms reviennent dans les monographies. Nous voulons. parler de scoliastes du XVI siècle, comme les théologiens de Paris Cl. Guillaud et Jean Gagney ; de Benoît Giustiniani (19), de Menochius, de Guillaume Estius, de Cornelius a Lapide (20), du capucin Bernardin Picquigny, d’autres encore. Et qu'on ne se récrie pas sur leur obscurité ! C'est du premier qu'il est question dans la phrase qu'on à lue plus haut (21) ; le troisième, d'après M. Garnier, avait une telle « connaissance des Livres saints », une «science théologique » si profonde, que l'on trouve «très peu de théologiens scolastiques » à lui comparer ; l'avantdernier a laissé un Commentaire, qui est «certainement un des meilleurs qu'on ait composés sur Saint Paul». Nul enfin, «sans contredit », n'égale en utilité le capucin, du moins eu égard aux fidèles et aux pasteurs «qui n'ont pas le temps de faire de trop longues lectures ». Que ceux-ci se procurent donc, non sans doute la Triplex expositio (22), qui d'ailleurs est fort rare, mais son Abrégé français.

Les autres trouveront aussi une bonne documentation chez l'érudit Tillemont : notamment sur le caractère des Galates, qui « ne prirent jamais l'urbanité des Grecs ». Le P. Lallemant (23) est moins sûr. Non qu'il ne sache « lever très bien [certaines] difficultés » ; mais l'influence du P. Hardouin, son confrère, lui a nui: il a « laissé en litige » le point de savoir s'il est permis de distinguer un Pierre et un Céphas dans l'Epiître aux Galates, pour l'interpréter plus facilement.

Le faux est pareillement mêlé au vrai dans les écrits du P. Mauduit. Il se trompe lorsqu'il suppose l'existence d’une Epître aux Laodicéens, ou qu'il identifie avec une Eglise la dame Electa de la Seconde Epiître de Jean. Mais ces erreurs n'empêchent pas ses analyses d'être « excellentes », ne fût-ce que par leur aisance à accorder prestement les termes d’une contradiction apparente. Aussi M. Garnier y fait-il de nombreux emprunts; il y puise même le courage de s'écarter de la Vulgate (24), et il se plaît à voir qu'un verset de la Seconde aux Corin= thiens devient, entre les mains du P. Mauduit, un des passages «les plus brillants et les plus spirituels de' Saint Paul » (25).

Plus rares sont les mentions de Bullet : il fournit des détails sur le goût des Juifs pour l'interprétation mystique à l’époque de Saint Paul. Dom Calmet. lui-même tient relativement peu de place dans le Cours. Auteur d’une Dissertation sur la fin du monlie, il est surtout con-

(19) « Justiniani » (Réd.).

(20) « Corneille Lapierre » (Réd.).

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(22) Glaire en indique la date : 1703 (lib. laud., VI, 56).

(23) Auteur des Réflexions morales sur le N. T. (1713-1725 d’après Glaire, ib., I, 269). (24) Cf. infra 90 et n. 104.

(25) 11 s’agit de 11 Cor., XI, 21 : ce serait une ironie.

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