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LES TEXTES DITS MESSIANIQUES

identique chez les Hébreux » (50). On ne sait aussi que penser de sa remarque sur la formule « d'une mer à l’autre » : en a-t-il aperçu lim portance ? Il a dû, en tout eas, sentir que l'extension du royaume de Jéhova intéresse la signification de ammim. Sur ce point, les Psaumes: donnent raison à M. Le Hir contre les rationalistes : le v. 9 du ps. XCVITT, où le mot est en parallèle avec « monde » (fébël) « prouve évidemment » qu'ammim désigne les nations et non les tribus. La même conelusion est à tirer des versets 3 et 5 du ps. XCOVI (51).

Ce sont là des préliminaires, d’où Renan est heureusement passé à l'examen plus attentif du thème messianique.

Si les Juifs ne reconnaissent pas Jésus dans le Messie, ils reconnaissent le Messie dans un grand nombre de textes bibliques, y compris les Psaumes. Pour peu donc qu’on évite d'appliquer le vague des promesses au fondateur du christianisme, les deux exégèses, la juive et la catholique, peuvent coïncider en plus d’un point. L'un de ces terrains d'entente est fourni par les psaumes LXXXV et LXXII. Dans l'étude du premier, Renan s'arrête au v. 12, où l'expression’ .« la vérité germa de terre », rapprochée du verset suivant, l'impressionne indéniablement : « Cela », écrit-il, « ne peut guère s'expliquer que du Messie. Je n'avais encore rien vu de si formel ». D'où sa traduction du v. f3, qui défeint sur un passage analogue du ps. LXVIT (52) : « Notre terre va produire son fruit mysté-— rieux ». Est-ce donc qu'il est acquis aux interprétations messianiques ? Un retour de sa pensée, au ps. LXXII, porterait à en douter : il s'y demande si l’auteur n’a pas pu, par enflure orientale, appliquer à un homme des traits qu'on aurait tort de considérer comme « messiaques ». Point de prophétie donc, mais de l'emphase ! A plus forte raison n'y a-t-il pas lieu d'entendre du Messie les louanges stéréotypées du ps. XCVI, au v. 2-

Le séminariste en était là, quand le célèbre ps. CX s’est présenté à lui. J1 ne tarde pas à apprendre que les Juifs lui ont refusé le sens messianique. Beau prétexte pour critiquer l’ « inconséquence » des rabbins ! Si un psaume, en effet, doit être, d’après leur méthode, rapporté au Messie, c'est bien le Dixit Dominus Domino. Mais ces « règles », mais ces « idées » leur sont-elles si particulières ? Non sans doute. Du moins l'ironie de Renan discrédite-t-elle sans distinction les « interprétations messiaques ». Pourquoi le ps. COX en a-t-il suscité un si grand nombre ? Parce que ses commentateurs n'y voient goutte. De telles explications « triomphent dans l'obscurité, et sont comme l'hypothèse de règle. pour les endroits qu'on ne comprend pas ». On devine les effets de cette disposition d'esprit, appliquée au messianisme catholique.

(50) Ps. LXXXV, 9; XX, 7; LXXII, 4.

(51) Voir encore là-dessus ps. O, 1, où « toute la terre » désigne exceptionnellement les seuls Juifs, à cause du v. 2; et les équivoques versets 5 du ps. LXVII et 12 du LXXVIC.

(52) Voir Trav. de Jeun., 145, la note au v. 7, in fine. Ici néanmoins, Renan paraît déjà moins attaché à cette idée.

Peut-être en vue de cette critique, Renan recueille avec soin toutes sortes de renseignements sur les noms juifs du Messie. Parmi les rabbips, ceux-ci l’appellent « Sobolescet », d'après le v. 17 du ps. LXXII ; ceux-là, « Schilo »: ure troisième école, « Jinnon »; d'autres enfin, « le Favori », « le Consolateur », « le Lépreux ». Ces vocables ne sont-ils pas « fort curieux » ? A côté de leur richesse, le Psautier paraît bien pauvre : ses morceaux choisis n'offrent guère, outre le nom de Mâchiah, que celui de Jeschouâh, auquel on devait attacher « quelque idée formulée » du même ordre (53). C'est du moins ce qui peut s’induire de son fréquent emploi à l'époque babylonienne. Car il est aussi moderne que Mâchiah,

Ainsi letemps a développé l'idée messianique, et notamment les conceptions relatives au triomphe du Messie. En germe au X:° siècle, elles ne s'épanouissent qu'à une date beaucoup plus récente. Sous quelles couleurs ?

A la suite des psalmistes, et peut-être plus occupé du règne que du roi (54), Renan imagine les circonstances typiques du futur avènement. Certes, les exploits, la gloire militaire y tiennent une grande place. Néanmoins, ils sont presque toujours associés à des traits différents, sinon contraires, et prédominants. En premier lieu, la paix universelle, sorte d'occupation pacifique des nations qui, même les plus éloignées, seront soumises et apporteront leurs tributs ; corrélativement, Dieu connu et vénéré de tous ces Gentils : enfin la justice réalisée, les faibles vengés et relevés. Et cet état procurant un bonheur sans fin : « tout l'univers heureux [dans le Messie] et se félicitant avec lui » (55).

Si complexe que soit cette image, ce n'est pas la seule que les Juifs aient eue en vue. À d'autres moments, et sous la pression de linfortune, l'avenir qu'ils ont espéré s'est teint de couleurs presque opposées. La douceur n'est pas absente des tableaux qu'on vient d'évoquer : le ps. LXXII ne respire que ce sentiment. Pourtant, ce n'est point encore là le ton « tout spirituel » du LXXXV*. Ici plus de combats, plus de victoires, plus de richesses ; en un mot, plus de règne temporel. On dirait qu'Israël, désespérant d'obtenir jamais cet éclat, s'en soit désabusé. Renonce-t-il pour autant à son idéal de paix et de justice ? Non certes. Mais il le spiritualise, il aspire à la vérité, à la faveur de Dieu, etc.

Des vagues objets de cette attente, l’un au moins s'est réalisé: la connaissance de Dieu s'est en effet propagée dans le monde. Renan a marqué l'effet que ce triomphe de l’universalisme produisait sur lui : voilà, éeritil au ps. LXXIT (v. 19), « ce qui me fait le plus d'impression, et la vraie prophétie que je trouve en VAT. ». Il paraît assez, d'après cette formule, que les autres prédictions n'avaient pas le même empire sur son esprit.

(se een « l'ange de Jéhova », qui se lit au v. 8 du ps. XKXXIV, n'y appelle aucun des « sens mystiques » expliqués par Grotius. — Cf oE LXVIDeS RÉ

(54) Voir cependant Trav. de Jeun., 129, sur le héros du ps. XLW, que le poète a revêtu de la « force » et de la « douceur » caractéristiques.

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