‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 299 sur 369 · ANTIQUITÉS DOMESTIQUES ET SACRÉES · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉS DOMESTIQUES ET SACRÉES

par M. Le Hir pour le mot ouggab, de la Genèse (IV, 21) : ce ne doit pasêtre un instrument à vent, puisqu'ici « on le trouve accouplé avec... chordae, comme désignant un instrument de même espèce ». Une fragileexplication du ps. XLV, v. 9, supposerait l'existence d'« instruments en forme de petits temples ».

La même pièce donne lieu de signaler un trait de la Société domestique. Le coinmentateur de cet épithalame rappellera, surtout à propos du v. 16, comment «les noces se faisaient chez les Hébreux; la fiancée et ses compagnes entraient en chantant et en dansant dans la demeuredu nouveau marié». De son côté, le marié avait «ses compagnons de noces », dont il s’agit sans doute au v. 7. Les biens, meubles et immeubles,. étaient divisés entre les héritiers: peut-être les premiers au moins étaient-ils tirés au sort. Les Juifs auraient eu l'habitude de cacher des sommes en réserve dans le temple pour leurs besoins éventuels. Le partage des esclaves entre le maître et la maîtresse était aussi dans les coutumes orientales. Les transactions entre particuliers comportaient,. d'après Genebrard, le don d'un soulier en manière d'acquit. On se faisait des cadeaux consistant en coupes, ete.

Plus intéressante est l'étude des antiquités sacrées. Parmi les minis-tres du culte, Renan croit, semble-t-il, le corps des lévites beaucoup plus: ancien au'’il ne l'était réellement (61). Il est au courant des principales fêtes. Des cérémonies, il le sait, ont été instituées «pour célébrer les. anciennes victoires du peuple juif », et la solennité de Pâques en est un exemple. Chaque année, «après la moisson », les tribus étaient dans: l'obligation de faire un séjour à Jérusalem. Les sacrifices se classeraient, assez bien selon le sens qui s’y attache (eucharistiques et autres), et. suivant qu'ils étaient ou non obligatoires. Quant à leur matière, Renan n’a négligé aucun détail instructif : soit qu’il consulte Genebrard au sujet des diverses sortes d’holocaustes, soit qu’il se renseigne sur le zébach,. sur les libations du sang de la victime, etc. Le terme de minchäâh lui: paraît une «expression pictive » du sacrifice de farine. Il essaie d'éclairer la nature de ce thodäh dont il a compris l'importance : étaient-ce depures louanges, ou un sacrifice réel, « accompagné d'invocations du nomde Jéhova »? Enfin les sept premiers versets du ps. XXXII signifient peut-être que les Juifs connaissaïent un rite semblable à notre «confession des péchés », avec cette différence toutefois que s'ils se confessaient, c'était « probablement à Dieu » (62).

Ce dernier rapprochement a de l'importance. Il indique, en effet, qu'Israël ne sera bien connu qu’autant qu'on aura complété son étudepar l'examen de ce qui, dans la nouvelle Loi, a un rapport étroit avec l’ancienne. C’est là son terme corrélatif, et non point la civilisation profane. Que la musique des Hébreux rappelle la nôtre, ou qu’au contraire-

(61) Voir déjà supra 516.

(C2) Ps XV 5-6: CXXIII, 25 OVIET, 10: LIV, 8: LXVI, 15; L:; XVI, 45 XOVI, 8: CVII, 22.

leurs libations sanglantes s'opposent à l'usage grec (63), ces faits peuvent être négligés, à côté des observations qui s'imposent à l'esprit, dès qu'on a mis la religion juive à sa place dans l’économie du christianisme.

On se convainera de cette vérité, nous l’espérons, à la lecture du prochain chapitre. Mais nous nous y proposons encore un autre but. En touchant à tant de sujets, Renan n’a pas manifesté seulement tout ce qu'il savait, mais encore sa façon de sentir et de penser. Ces «plus précieux restes de la poésie hébraïque», comme il à nommé “es Psaumes (64), sont riches en traits profonds, altiers ou charmants, dont aucun n'a été perdu pour lui. Grâce à ce commerce, son esthétique s'est révélée non moins que sa philosophie, sa critique non moins que son imagination reconstructrice. A voir sa manière d'envisager les hautes questions doctrinales, on se rend compte, mieux sans doute qu'il ne l'a fait lui-même, de la voie où sa raison l'engageait. C’en est assez pour tracer son portrait final.

(63) Cf. ps. CL, 5 (Trav. de Jeun., 148 (a)) et XVI, 4. (64) L. Int., 196. r

Page 1