‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 31 sur 369 · BOSSUET ET LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

BOSSUET ET LES PROTESTANTS

sulté au sujet de l'Apocalypse. Il inspire également d'utiles réflexions auand il compare ce qu’étaient Saint Jean ou Saint Pierre avant leur conversion, et ce qu'ils sont devenus ensuite (26).

Enfin le Sulpicien recommande certains Commentaires plus spécialement diseiplinaires, tel celui de « M. Habert », sur la Première à Timothée, tels aussi les Discours Synodaux, où Massilion a développé pour son clergé les derniers chapitres de la Première Epître de Pierre. On ose à peine, il est vrai, mêler à tant de médiocrités ce nom célèbre. Un scrupule encore plus justifié à fait omettre jusqu'à présent celui de lEvêque de Meaux. On ne saurait pourtant se dispenser de dire les services que Bossuet à rendus à M. Garnier,

11 la soutenu, non seulement pour caractériser le génie de Saint Paul (27), mais pour présenter sous un bon jour certains épisodes de sa vie, notamment le conflit d'Antioche (28). « S'il fallait donner », avait-il écrit, «la préférence à l’un d'eux, il semble que Saint Pierre qui se corrige est supérieur à Saint Paul qui le reprend » : cette remarque édifiante passe dans le Cours. De même Bossuet éclaire certaines parties. de l’œuvre paulinienne : l'hommage, par exemple, que l'Epître aux Hébreux rend à J.-C, et dont il observe avec raison que la Bible ne le décerne jamais à une simple créature. Il explique aussi dans son Histoire universelle, l'annonce de la conversion finale des Juifs (29). Enfin ses écrits de polémique ne sont pas moins précieux : ni sa Défense de la Tradition, qui vise R. Simon, ni sa controverse avec Fénelon, sur les vertus d'espérance et de charité (30). Le Commentaire sur l’'Apocalypse, de son côté, et les Avertissements aux protestants, aident puissamment à réfuter le sens que les prophéties johanniques ont reçu de ces derniers.

Ainsi le Sulpicien se trouve derechef en présence de la Réforme. N'y a-t-il vu qu'une ennemie, comme cette allusion porterait à le penser ? Si l’on s’en tenait à certains passages, il faudrait répondre affirmativement. En droit, M. Garnier exclut les commentateurs protestants: la liste, explique-t-il, en « serait infinie », et ils « ne sauraient servir de règle à des catholiques ». En fait pourtant, il en cite un assez grand nombre : soit qu'il ait dû prendre en considération l'importance de Jeurs travaux, soit que des mérites particuliers les aient recommandés auprès de lui.

(26) Sur dom Calmet et la Bible de Vence, se reporter à notre Bibliographie.

(27) Voir le Panégyrique de Saint Paul. Nombreux rapports entre ce texte et la Rédaction de Renan. Cf. Panég. : « Il ira en cette Grèce polie... », « avec cette locution rude » (cf. Glaire, lib. laud., VI, 45) ; Réd. : « I1 prêcha dans les villes les plus polies et les plus voluplueuses de la Grèce » ; « sa diclion est rude ». Panég. : « Le nom de J.-C. qu'il a toujours à la bouche » ; Réd. : «J.-C. est le mot favori de Saint Paul; il le répète presque à chaque phrase », etc. Cf. infra 100. Certains de ces traits peuvent être imputés au séminariste, à qui le Panégyrique' était dès longtemps très familier.

(28) Voir le Discours sur l'Unité de l'Eglise, et infra Livre second, chapitre V, l’analyse que Renan en fit pour son propre compte.

(29) Cf. respectivement Hébr., 1 et Rom., XI. (30) Cette question sera reprise infra 280.

Or, rien ne les recommandait autant que d'avoir pris quelquefois le parti de l'Eglise. Ils étaient, en retour, proclamés « les plus éclairés %e «les plus habiles de leur communion », L'espèce d'estime que l’on avait pour Grotius à Saint-Sulpice, vient en grande partie de ce qu'il à combattu contre ses coreligionnaires, en «vengeant la Vulgate » de leurs attaques, et en lavant la papauté de l'injure que leurs interprétations de l'Apocalypse lui avaient faite. N'a-t-il pas également joint ses forces à celles de Blondel et de Scaliger pour réfuter Beausobre, qui niait la venue de Saint Pierre à Rome ? Aussi l’auteur du Cours désigne-t-il Grotius comme le « protestant qu'on pourrait peut-être lire avec le plus Ue fruit, quoiqu'encore avec précaution ». On ne risque rien, par exemple, à lui emprunter son jugement littéraire de l'Epître aur Romains.

S'il n'a pas rendu au catholicisme des services de cette nature, si même, on vient de le voir, il le lèse en un point, pourtant le « savant chronologiste » Beausobre n'était pas sans jouir, auprès de M. Garnier, de quelque considération. Il a écrit, sur l'Epître à Philémon, cette phrase excellente : « Quand elle ne servirait qu’à nous faire connaître l’admirable caractère de Saint Paul, c'en serait assez pour nous la faire recevoir avec respect ». Le Sulpicien lui savait aussi beaucoup de gré d’avoir expliqué l'emploi d'un Apocryphe, en supposant que l’Apôtre s'en est servi comme d'un argument ad hominem.

Toutefois ces emprunts à la Réforme étaient plutôt rares : l'assurance manquait. Même quand M. Garnier rapportait une solution protestante, il ne se jugeait point dispensé de proposer ensuite la réponse « plus convenable des catholiques ». A fortiori restait-il en Uéfiance, devant des observations dont la portée n’a pas dû lui échapper entièrement : ainsi ne s'est-il pas prononcé sur l'idée si juste de Beausobre (31), que l’auteur de la Première aux Thessaloniciens croyait à l’imminente fin du monde. Enfin, son allié devenait souvent son adversaire : avec Grotius lui-même il se vit obligé d'entrer en contestation sur le (eds de l'Epître aux Romains ou sur la personne de Saint Jude (32).

Au reste — ce nom même de Grotius en avertit — il ne bornait pas

son horizon à la France : consultant aussi bien un catholique comme Janssens, « professeur Ue Liége », qu'un théologien anglais comme Lardner (33). A vrai dire, il se préoccupait surtout des publications allemandes. De ce côté, on serait porté à croire (34) qu’il a rencontré

(31) Dans ses Remarques sur Saint Paul. — Cf. infra 320, 326.

(32) Grotius avait souligné le fait que cet écrivain, en tête de son Epitre, ne prend pas le titre d’apôtre. Quant à Rom., IX, 5, il s'agissait de savoir si le fameux mot était ou non dans la version syriaque.

(33) L'Herméneutique sacrée du premier et The credibility of the Gospel history du second sont également mentionnés par l'abbé Glaire, qui estropie d'ailleurs le mot « Gospel » (cf. lib. laud., V, 170 n. 1, où se lit « Gopel »). La traduction latine de l’ouvrago anglais (Brême, 1730) paraît plus familière que l'original à nos apologistes.

(34) Ci. supra 15.

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