‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 304 sur 369 · XXII · texte numérisé non relu

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(18) Trav. de Jeun., 230.

matériel » ; on ne peut le « prendre pour son partage » que par une « forme d'idée » bien « métaphysique ». Voulez-vous un tableau de sa providence ? Relisez le v. 13 du ps. XCVI. Vous observerez ailleurs que « mémoire », « nom », « gloire » sont « idées identiques en Dieu ». Telle formule serait admirable, si elle signifiait que « force et miséricorde sont un même attribut, qui n'a qu'un même nom à deux sens ». C'est aussi une « profonde pensée morale » qu'implique ce parallélisme : aimer Jéhova, haïr le mal.

Ces rares coups d'œil vers l'empyrée ne distraient point Renan de sa besogne principale : l'exploration du domaine profane. Si Henriette a jamais craint que le commerce incessant de lFEcriture n'abîime son frère dans la mystique, la lettre d'août doit la rassurer. Que sont pour le séminariste et les Cantiques et les Psaumes ? La Révélation ? Il y pense peut-être encore, mais il n'en parle plus. Ce qu'il y voit bien plutôt, c'est une suite d’ « antiques fragments », à interpréter selon une méthode ésorétique. Il faut « savoir » y reconnaître « les premiers chants de l'enfance du genre humain ». Alors ils deviennent dignes d° « admiration », ils rennent une « valeur inestimable ». Car ils offrent des « matériaux » à la science, une « source inépuisable d'observations ».

Sur ce nouveau terrain, Renan rencontre des sujets qu'il a déjà touchés. Il n'est pas jusqu'à une réflexion politique que ne contienre le commentaire du ps. CVII, v. 40 : « Pensée bien profonde : couvrir le prince d’opprobre, c'est tout détruire, rompre le prestige nécessaire, mensonge nécessaire ». L'ordre fondé sur la « folie », c'était l'idée de Pascal, dont ia clairvoyance n'a point nui au loyalisme dynastique. Ainsi en est-il de Renan, qui se montre pareillement fidèle à ses idées philosophiques. Toujours curieux de terres nouvelles à découvrir, il trace au « psychologiste » ce programme : « développer la théorie de l’une des facultés les moins étudiées de l’homme ». Le vocabulaire écossais affleure ou saille. L'imprécation des exilés contre les enfants d'Edom suggère cette remarque : « La douleur s'irrite plus contre ceux qui se réjouissent et excitent son malheur, que contre ceux qui le font ». Une autre proposition rappelle une Observation de 1843 : « Tout exercice des facultés bienveillantes est accompagné de douceur ». C'est par là que s'explique | « identité » « des idées de volonté, délectation, amour ». Renan l’'éprouve par lui-même, les « facultés morales et affectives » tiennent de près aux « facultés intellectuelles ». Parmi les opérations de cette dernière sorte, les associations d'idées l'intéressent particulièrement. Il précise, par exemple, que l’idée de siéger, « dominante, [a été] prise par concomitance de celle de juger ». Ainsi s'éclaire le rapport de l'idée et du signe (19).

(19) Ps. CXXXVII, 3; XVI, 8: 6: "D. Int, 194, 196.

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