‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 314 sur 369 · LES ŒUVRES POSTHUMES DE M. LE HIR · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES POSTHUMES DE M. LE HIR

[Voir supra, p. 108 et n. 111

Les seules publications personnelles du maître de Renan ont été des articles, qui parurent dans les Etudes religieuses, l'Univers, la Revue critique d’histoire et de littérature. Après sa mort, en 1869, l'abbé Granidvaux en fit la matière d'un ouvrage en deux tomes, Etudes bibliques, où il inséra aussi un certain nombre de pages inédites. Le reste de l’inédit forma le tome III @es Etudes bibliques (1873) et Les Psaumes (1876), puis, l’année suivante, un livre annoncé dès 1873, Les trois grands prophètes (in-12).

Ces publications posent deux problèmes, dont la solution intéresse le crédit qu'on doit leur accorder... Qu'étaient au juste les manuscrits livrés à l’imprimeur ? À quelle date remonte leur composition ? =

1, — Quant au premier point, on est frappé des mauvaises conditions où l'éditeur se trouva, tant du fait de l’auteur que par sa propre faute et celle &e ses confrères. Il faut savoir tout d’abord que M. Le Hir répugnait à écrire : il mettait seulement sur le papier « les choses principales ou les plus difficiles ». A part quelques textes extraits, ses autres notes étaient « tellement courtes et elliptiques qu’elles ne [pouvaient] être d'aucun usage ». En définitive, le Livre de Job, le Cantique de Débora et le ps. CX furent, avec « le rythme chez les Juifs », les seules matières sur lesquelles il ait laissé une rédaction un peu suivie : elle consistait, pour les parties de l'A. T., en une Traduction et un Commentaire. — Encore ces documents offraient-ils un double défaut, du moins les pages consacrées à Job. Le travail, en effet, n'était pas complet : il y manquait la tracuction du Prologue et de l’Epilogue, ainsi que la fin du Commentaire ; ce qu'on en lit dans l'édition de 1869 est d'un élève. En second lieu, le texte même du professeur avait été très difficile à reproduire, celui-ci l'ayant à ce point retouché, qu'un grand nombre de pages étaient devenues « presque illisibles ».

En ce qui concerne les Psaumes, les choses se présentaient encore plus inal. Peu de jours avant sa mprt, M. Le Hir aurait dit à l'abbé Grandvaux qu’il avait Composé un travail compielt sur le Psautier, mais qu'il l'avait prêté à uu ecclésiastique, et que celui-ci l’avait perdu. Or les études qu'il devait recueillir dans son tome IIT engageaient l'éditeur à publier tout ce que le défunt avait laissé sur les textes poétiques de l'A. T. Aussi eût-il bien désiré d’avoir ce manuscrit, qu'il pouvait croire seulement égaré. Il se mit donc à sa recherche.

En 1873, il n’avail encore retrouvé que des cahiers d'élèves, comprenant uné courte analyse el quelques commentaires des Psaumes disposés dans l’ordre au bréviaire parisien d’alors. Le tout était en français, el correspondait à ce que fe maître avait dit, dans son cours d'Etcriture Sainte, à l'usage des jeunes sous-diacres. C'était fort insuffisant. Cependant l'abbé Grandvaux emprunta à l'un de ces cahiers quelques pages de considérations préliminaires : il en fil, pour son volume de 1876, la Préface de ce qu'il nomma le « Psaulier de M. Le Hir ».

Ou’entencait-il sous ce titre ? Non certes le manuserit original, décidément introuvable, mais la rédaction (pas même autographe) d'un élève nommé Le-

clere (4). Cet auditeur, un des plus assidus qu'ait eus M. Le Hir, avait, depuis, toujours assuré que son travail « ne contenait que les pensées » de son maitre : or il était d’une exactitude « proverbiale ». Il avait dû prendre des notes pendant le Cours, puis les compléter d’après les corrections et le manuscrit du professeur d'Hébreu.

2. — Leclerc avait été l'élève de M. Le Hir vers 1850. L'étude sur Job datait en 1873, seion Grandvaux, de plus de vingt ans. Il en était de même de l'Essai Du rythme chez les Juifs. Pour les autres travaux, l'éditeur se taisait, ou avouait son ignorance (2).

Bref, des écrits que nous avons lieu d'utiliser, les seuls qui proviennent directement de M. Le Hir sont ceux qu'il avait faits sur le Cantique de Débora et sur le ps. OX ; mais leur date est inconnue. L’étuce sur les Psaumes parait procéder d'un Cours postérieur au séjour ide Renan à Saint-Sulpice, et som authenticité n’est pas absolument garantie. On comprend la réserve que nous nous sommes imposée dans l’emploi de pareils documents.

(1) Ce Leclerc avait communiqué son manuscrit à deux ecclésiastiques, élèves comme lui de M. Le Hir. Ils le transcrivirent, et c’est l’une des copies que Grandvaux reproduisit, après l’avoir confrontée avec l’autre. Le manuscrit même, en effet, avait suivi le sort de celui de M. Le Hir : il s'était perdu, comme se perdait, sous la main de Grandvaux, une feuille du maître sur le rythme chez les Juifs. L'éditeur l'avait encore en écrivant la p. 103 du livre de 1873 ; arrivé à la p. 427, il ne put la retrouver, malgré son intention de la transcrire. Sans doute, selon sa propre remarque, ne pouvait-il « donner à sa tâche d’éditeur que des moments coupés et épars ». Tout de même ce sont là de singulières négligences : heureusement qu’il ne s'agissait pas de chefs-d’œuvre !

(2) Cf. Et. bibl., t. III, 2-4 ; Les Psaumes, pp. VI-IX.

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