UN ARTICLE DES ANNALES DE PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE
[Voir supra, p. 111 et n. 25]
La Préface que Renan écrivit (en 1846) pour sa Grammaire hébraïque contient un passage sur Gesenius, inspiré d’un Cours de M. Le Hir (1), mais où l’on trouve aussi une allusion aux quinze cents auditeurs que le professeur allemand réunissait à l'Université de Halle, Or on lit en marge : « Vérifier un article des Annales de Philosophie chrétienne,1832°? Extrait de la Gazette évangélique » (2).
I1 s'agit en réalité d'un article de 1830 (3), intitulé Enseignement de la Théo- Jogie protestante en Allemagne, et formé de deux extraits de la Gazette évangélique de Berlin (4). Le chiffre des étudiants en théologie de l'Université de Halle y est seulement de huit cent quatre-vingt-et-un. Mais cette précision s'accompagne d'importantes indications sur le rationalisme de cette Université, ‘et notamment sur celui de Gesenius. « Il a... représenté »,-gémissait son dénonciateur, « l’histoire de la lutte du Seigneur avec Jacob, comme un conte de revenants, en faisant observer que l'esprit fantôme, comme dans la Lénore de Bürger, disparaît vers le matin ; et à l’occasion d'un passage de la Genèse, il a reproduit comme de coutume les plaisanteries d’un incrédule français sur les anges qui, dit-il, avaient besoin d'une échelle » (5). Bref, il « renverse l'’autorité divine de l'A. T. ». Mais il en résulte « que le Nouveau, à qui il sert de base, ne repose que sur ur tissu de fables et d'erreurs ». Aussi n'est-il pas surprenant, mais il est déplorable, que « des éclats de rîre, souvent un rire continuel des ministres futurs du Saint Evangile, caractérisent les leçons du docteur Gesenius ».
Cet article de la Gazette était, semble-t-il, inspiré par le clan des « mystiques », et en particulier par un collègue de Gesenius, le Dr. Tholuck, dont l’enseignement était moins goûté. Bonnetty avait vu là un excellent moyen de montrer à ses lecteurs que le protestantisme se détruisait lui-même ; et il soulignait en note qu’ « il est impossible de réfuter le rationalisme, à moins qu’on ne parte u principe catholique de l'autorité », Il ne se doutait pas de l'effet que ses extraits ‘durent produire sur un jeune clerc. Renan y vit autre chose qu'un « aveu » de l’orthodoxie luthérienne : la confirmation de ce que M. Le Hir lui avait dit touchant le développement des études scripturaires en Allemagne, et la hardiesse des thèses soutenues dans une chaire publique par le célèbre hébraïsant,
À quel moment le séminariste lut-il ce n° des Annales ? Peut-être dès la fin de 1843, peut-être en 1844 ou seulement en 1845. C'est en raison de ce flottement qu'on a rejeté cet exposé en Appendice.
(1) Cf. supra 111 (Histoire de la langue hébraïque). (2) Vol. 11.482, fo 5.
(8) La date erronée de 1832 est — curieuse coïncidence — celle que Renan avait assignée d’après M. Le Hir à la mort de Gesenius (cf. supra 111 et n. 23).
(4) Annales de Philosophie chrétienne, t. I, 1'° série, 1830, 107-117. (5) Cf. respectivement Gen., XXXII, 24 sq.; XXVIII, 12.