‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 48 sur 369 · COUP D'OEIL SUR LES ÉVANGILES · texte numérisé non relu

COUP D'OEIL SUR LES ÉVANGILES

aux Evangiles. Elle en est le « supplément ». Elle représente, « si on peut le dire, un cinquième Evangile (132) révélé par Jésus-Christ, non. par Jésus-Christ vivant parmi les petits et les enseignant, mais par: Jésus-Christ ressuscité et instruisant les parfaits ». Conception importante, qui peut-être n'appartient pas entièrement au professeur, el. dont il faut rapprocher ce que lPélève écrivit lui-même, peu de mois. après, sur le rôle de Saint Paul (133). :

Est-ce à dire cependant que les Epîtres soient sans affinité avec: les Evangiles ? Non certes, et la communauté de l'inspiration ne per-mettait pas cette indépendance. C’est ainsi, par exemple, que « Saïnt Paul et l’auteur du quatrième Evangile ont dû puiser les mêmes secrets. à la même source ». L'auteur du Cours (ou celui de la Rédaction ?) insiste particulièrement sur cette ressemblance : la doctrine du Père, «si longuement. développée à la fin» de l'évangile johannique, est très voisine de celle qu’on rencontre chez Saint Paul, et qui en paraît « l'abrégé ». . L -

Par Ià le Cours d'Ecriture Sainte débordait son objet propre. Comme on l’a annoncé (134), il n'étudiait pas le «monument de la Révélation le plus précieux» après les Evangiles,- Sans offrir l’occasion de jeter sur ceux-ci quelques regards.

Quelquefoïs ce rapprochement profitait à la connaissance des Epîtres,. même non pauliniennes. Ce que M. Garnier appelle les « fluctuations » de I Jean, V, 7, trouve son analogue dans les vicissitudes d’un épisode du quatrième Evangile : l’histoire de la femme adultère (135) avait, dès le temps de Saint Jérôme, « disparu » de la plupart des manuscrits. grecs, Un passage de Saint Matthieu (136) atteste le crédit dont les interprétations messianiques jouissaient chez les Juifs. Si la tradition n'avait pas attaché un tel sens au verset d'Isaïe sur l’enfantement d’une vierge, l’évangéliste ne l'aurait point rapporté, comme il l'a fait, à la mère de Jésus. Il aurait craint d’ « exposer les mystères aux sarcasmes et au ridicule», « puisque Marie passait pour l'épouse de Joseph ».

La référence aux Evangiles n'était pas toujours aussi longue (137),

lors même que l’apologiste en tirait parti. C'était le cas pour le mir

(132) Renan retiendra cette expression, mais pour la transposer. Le « cinquième Evangile », selon lui, ce sera le paysage palestinien. Cf. notre Pensée religieuse de: Renan, 206.

(133) Cf. E. Renan, Tr. de Jeun., 112, et infra 357-358.

(134) Cf. supra 65 et n. 10.

(135) Jean, VII, 53-VIII, 1-11.

(137) Ce qui explique, dans ce dernier cas, son développement, c'est probablement une raison de chapelle et d’actualité. La question avait été touchée par M. Carrière: au t. I de son Tractatus de matrimonio (p. 15 et circa), et traitée récemment par Drach: (cf. son livre De l’harmonie, etc.). Il s'agissait de savoir quand Joseph épousa Marie ; si, lorsqu'il voulut la répudier (Matth., I, 19), elle était seulement fiancée, ainsi que: le croyait Drach; si, au moment de l'Incarnation (ib., 18), elle était mariée, comme le soutenait un contradicteur. Les adversaires invoquaient... Epiphane, cité dans. une Dissertation de la Bible de Vence (Cf. Ami de la Religion, 20 janvier 1844, t. CXX, pp. 141-142).

102 SUITE DES ÉTUDES PHILOSOPHIQUES de Luc, XIV, 26 : « Quiconque ne hait pas son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, ne peut être mon disciple ». Que ce verbe ne signifie pas «haïr», mais seulement «aimer moins», c'est ce dont M. Garnier est bien aise de se convaincre en lisant l'Epiître aux Romains : un verset (IX, 13) en administre, pense-t-il, la preuve « incontestable ». Si, sur ce point, Saint Paul lui vient en aide, ailleurs Saint Pierre suscite une difficulté : il s'exprime d'une façon menaçante pour l'autorité du miracle de la Transfiguration (138). N'a-t-il pas l'air de le déclarer moins sûr que les prophéties (139) ? Du moins le Sulpicien comprend ainsi. Et il convient naïvement, en manière de justification, que les Juifs «pouvaient avoir des préjugés» contre ce prodige, vu qu’«il s'était passé en secret, en présence de trois personnes seulement ».

Ce qu’il avait à dire de Saint Jacques était plus anodin. La personne de cet apôtre lui donnait lieu de renseigner les séminaristes sur la famille de Jésus ; et son talent épistolaire, de rappeler la surprise que l’enseignement de ce même Jésus avait causée aux Juifs : «Quomodo », s'étaient-ils écriés, « hic litteras scit, cum non didicerit ? » N° l’une ni l’autre de ces indications ne furent perdues pour Renan (140).

Or ce n'est pas ici la première fois, ni la dernière (141), qu'on signale l'influence exercée sur le jeune homme par son Cours d’Ecriture Sainte. Mais des détails dispersés ne suffisent pas ; on esquissera, pour finir, un tableau d'ensemble.

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