‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 51 sur 369 · HISTOIRE ET GRAMMAIRE DE L'HÉBREU · texte numérisé non relu

HISTOIRE ET GRAMMAIRE DE L'HÉBREU

SOMMAIRE

I. Renan décide de suivre le Cours d’Hébreu ; pourquoi. La personnalité de M. Le Iir ; comment elle nous est connue; s’il fut ultramontain ; sa formation ; son portrait; de l’enseignement à la polémique. Bonnes dispositions de Renan ; son admiration pour son maître. Premières. impressions sur la nouvelle étude. Pp. 105-110.

II. Histoire de Lx langue hébraïque. Comment la science de l’hébreu se constitua. Caractères de: l'exposé de M. Le Hir. Quelques noms d’hébräïsants : Schultens, Gesenius et Ewald, etc. Supériorité de l’Allemagne sur là France. Du rationalisme de Gesenius. Histoire orthodoxe de l’hébreu. Son antiquité; de la langue d'Adam. M. Le Hir et Wiseman. Que l'humanité est issue d’un couple unique. Pp. 110-114. L

HI. Premières études grammaticales. Le travail sur l'Alphabet hébreu; son intérêt. Grammairiens mentionnés et jugés ; l’abbé Latouche. Pp. 144-118. =

IV. M. Le Hir « grammairien comparatif ». L’hébreu comparé avec les autres langues sémitiques ; avec le grec et le latin. Coups d’œil sur l'anglais et l'allemand. Le français et le breton ; remarques personnelles de Renan. Initiation à la phonétique. De -quelques lois. Pp. 118-120.

V. Théorie de l’hébreu. De sa forme originelle. Consonnes et voyelles. Rapports du signe et de la chose. Du langage aux idées et aux mœurs. — Pourquoi ce Cours « ravit » Renan : la Grammaire science désintéressée. Qu'elle devait pourtant compter avec la Bible. Comment eile aide à juger la Vulgate et autres versions. Du progrès de la philologie. Pp. 121-124.

Il y avait à Saint-Sulpice deux Cours d'Hébreu : celui de M. Garnier, pour les élèves « déjà très exercés » (1), et un autre à l'usage des commençants. L'étude de cette langue n'était point obligatoire. Renan n'hésita pourtant pas à s'inscrire pour suivre le Cours élémentaire, que professait un compatriote, M. Le Hir,

Cette décision s'explique tout naturellement. Non, certes, par les raisons que l’abbé Cognat a mises en avant. Renan n'a jamais dit à un intime : «Avec l’hébreu j'arriverai à l'Institut, et le lendemain, j2 pourrai le planter là si bon me semble, pour exploiter un autre filon préféré ». L'hébreu ne fut point pour lui une «peau de lapin» dont il tenait à se coiffer, afin d'attirer sur lui l'attention d'une « époque de charlatanisme et de réclame ». A supposer qu'il eût caressé dès lors auelque ambition, il ne visait sans doute à rien de plus qu'à obtenir un jour une chaire d'Hébreu dans un séminaire. Ses principaux motifs furent purement intellectuels. Il ne ressemhlait pas à l'abbé Cognat, pour qui l’idiome de VA. T. était « peu attrayant par lui-même » (2). N'est-ce donc rien, pensait-il, que de se mettre en état de comprendre dans l'original ce que l'Eglise regarde comme la parole de Dieu ? Et puis il s'était fait un principe de ne négliger aucune occasion de s’instruire. Or, ici, il s'agissait d’une discipline, la philologie, pour la-

(1) Cf. supra 16.

(2) Ph. da Grandlieu (J. Cognat). La Jeunesse de M. Renan, Figaro, 3 avril 1879.

quelle il se sentait de la curiosité et du goût; et celui qui l'enseignait avait la réputation de s’en acquitter « avec un soin et un talent remarquables ». 7 -

Ajoutez que ce maître si distingué était un Breton. L'auteur des Souvenirs rapporte que M. Le Hir se montra « plein d’attentions » pour son jeune compatriote, et que leurs « caractères avaient beaucoup de ressemblance ». Un biographe du Sulpicien, il est vrai, parle bien autrement : M. Le Hir était animé d'un tel zèle de charité, qu'il aurait pris ses mesures pour ne pas « arrêter à sa [personne] des cœurs qu'il voulait être tout à Dieu »; il aurait donc caché « ce qui pouvait lui concilier l'estime et l'affection des hommes». Mais, il ne semble pas qu'en 1843, à l’âge de trente-deux ans, le professeur de Renan ait eu cette sévérité pascalienne, si tant est qu'elle ait jamais été dans son, caractère. ; LEE

Ce renseignement n'est pas le seul qu'on serait tenté de mettre en doute, parmi ceux qui nous sont venus sur M. Le Hir. Outre qu'il: présentent le défunt, selon les lois du genre, de la façon la plus édifiante, les auteurs de Notices ne le peignent guère que sous l'aspect où ils l'ont vu eux-mêmes, à une époque postérieure au séjour de Renan. Tel est le cas par exemple de Léon Gautier, tel celui de M. Grandvaux, qui, professeur d’'Ecriture Sainte à Saint-Sulpice de 1852 à 1864, écrivit sur M. Le Hir en 1869 (3). Leur dire, enfin, n’a pas été sans dépendre des circonstances. Cinq mois après la mort de M. Le Hir, paraissait la bulle d'indiction convoquant le Concile du Vatican : Pie IX, assure-t-on, avait eu le désir d'appeler le Sulpicien aux travaux préparatoires. Comment, dès lors, l'attachement de celui-ci à la Papauté n'aurait-il pas été mis en relief? La Compagnie tout entière, par là, faisait montre de ses sen. timents. On ne saurait donc être surpris d'apprendre que M. Le Hir a «constamment combattu l'erreur du gallicanisme dans ses entretiens:privés comme däns ses Cours d’exégèse, de théologie, etc ». « L'erreur du gallicanisme » ! ce n’est point ainsi, on le verra (4), que parlait, en 1843- 1844, le professeur de Dogme à Saint-Sulpice. M. Le Hir se distinguait-. il de son confrère jusqu'à porter un tel jugement ? ou, sans aller aussi -loin, infléchissait-il pour sa part l'enseignement vers Rome ? fut-il de: ceux par qui la doctrine nouvelle s’introduisit « dans la citadelle de la théologie modérée » ? Faut-il, en un mot, voir en lui un précurseur ? Ou si seulement il a suivi sa Société dans la « douce évolution» qu'elle: accomplit vers l’ultramontanisme (5) ? La première supposition pourrait être la meilleure, mais il est difficile de la prouver, même si l'on admet avec ses biographes, que M. Le Hir subit l'influence de la Chênaie pendant ses années de formation. Un passage des Cahiers de Jeunesse n'est

(3) Faut-il en dire autant du « confrère et ami » qui, selon M. Grandvaux, s'était chargé d’une biographie de M. Le Hir ? Ce travail, en 1869, n'avait pas encore paru la maladie, paraît-il, ayant retardé l’auteur dans sa préparation (Cf. Le Hir Etudes bibliques, t. 1, p. II et p. IV, et L. Bertrand, Bibl. Sulp. t. II, 293).

(4) Cf. infra Livre Second, chapitre III.

(5) A. Loisy, Choses passées, 93 (à propos de M. Icard).

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