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-yas non plus décisif. Renan y note que le Sulpicien supportait mal d’être soumis à un ministre des Cultes. Peut-être l'hostilité mennaïsienne contre le pouvoir civil a-t-elle renforcé cette mauvaise humeur; mais ce qui la ‘suscitait, c’est que la loi mît les catholiques de pair avec tes protestants et.les juifs. Or cette égalité n’était pas faite pour plaire davantage à un -gallican.
-A;part ce point, qui prête à conjecture, on est assez bien. rene igné sur la carrière du maître, à qui son ancien élève a rendu cet hommage quelque peu excessif : « Tout ce que je suis comme savant, je le suis par M. Le Hir ». :
Arthur-Marie Le Hir naquit à Mons d'une fon de commer- -çants. Après avoir étudié à Saint- Pol-de- Léon, il entra au Grand Séminaire de Quimper, puis, en 1833, à celui de Saint-Sulpice. Il y reçut tous les ordres et fut, aussitôt après, admis dans la Compagnie. Elève favori de M. Garnier pour l’Hébreu, il eut la permission Ue suivre des Cours extérieurs : au Collège de France, où Quatremère occupait, depuis 4819, la chaire d'Hébreu, de Chaldaïque et de Syriaque, et à la Bibliothèque Royale, où Silvestre de Sacy enseignait l'arahe. il connut aussi les égyptologues Ch. Lenormant et De Rougé.
Au Séminaire, il professa, avant 1843, non seulement l'Hébreu, mais la Théologie : ce qui explique le secours que l'élève de M. Philpin a.pu trouver auprès de lui (6). À l’époque où Renan connut M. Le Hir, c'était un vrai « squelette hébraïsant », à qui le correspondant de Liart avait peine à donner encore «dix ans de vie». Sa taille était d’un enfant, bien que son nom signifiàt, paraît-il, « le long » en basbreton; son apparence, des plus chétives. «:I1 tenait le co enfoncé entre les épaules, la tête inclinée, les yeux ordinairement baïissés… On - pouvait lui appliquer ce que Saint Paul disait de lui-même aux Corinthiïens : « In facie quidem humilis sum inter vos » (7). Cependant son front haut et large « indiquait la compréhension la plus vaste » (8); ses traits, surtout la bouche, étaient fins; son regard, quand on le rencontrait, vif et pénétrant. Portait-il ces grosses lunettes qu'on lui vit ensuite ? Avait-il déjà mis-à sa porte un avis pour qu'on entrât « sans attendre la réponse » ? Précaution utile, car on parvenait jusqu'à sa täble avant qu'il eût tourné la tête. Il se levait régulièrement à quatre heures du matin, et ne donnait à la récréation que le temps réservé par la règle. Sa devise était le célèbre verset de la Première aux Thessaloniciens (V, 21) : « Omnia probate, quod bonum est tenete » : maxime plus libérale en apparence que dans l'application qu’il en faisait. Epris de correction, il écrivit « jusqu'à trois fois intégralement » Jes articles qu'il se mit à publier sur la fin de sa vie.
* Cette activité dernière eut justement pour occasion le succès de la Vie de Jésus. Jusque-là M. Le Hir avait surtout enseigné, revisé les
(6) Cf. supra 24 n. 6, at surtout 3 35 et infra 293-294. (AALIICOT AXE
(8) I, expression est de Renan. Il avait Dose ment rafraîchi son souvenir en regardant la gravure que nous reproduisons, d'après l'en-tête d'Æt. bib. t. I.
travaux qu'on lui soumettait, répondu aux consultations. Les élèves qu'il formait ne l'oubliaient pas : « On conserve à Saint-Sulpice », écrivait M. Grandvaux en 1869, « quelques lettres. au cher et vénéré maitre, qui témoignent d'une profonde et tenace amitié » (9). Ce rôle était assez absorbant pour que M. Le Hir s'y bornât. De fait, il avait peu publié, quand le Supérieur Général, M. Caval, le mobilisa contre son élève apostat, en allégeant ses fonctions à l'intérieur du Séminaire en vue de cette guerre sainte. C’est ainsi qu'il put donner, à partir de 1864, plusieurs articles aux Ætudes des jésuites. En janvier 1868, sans atteindre la soixantaine, il mourut, « roulant dans sa tête échauffée et au milieu de ses rêves des arguments, des plans de défense et d'attaque contre les ennemis de l'Eglise. quelques traits de l’ouvrage qu'il méditait sur l'Autorité des Saints Evangiles vengée contre la crilique allemande » (10).
Le danger rationaliste étail si pressant que Saint-Sulpice ramassa les armes du mort. M. Grandvaux commença la publication des Etudes bibliques. Il y inséra non seulement les articles de M. Le Hir, mais certains de ses Cahiers de Cours (11), en faisant appel aux anciens élèves qui auraient gardé des Notes permettant de reconstituer l'enseignement du professeur disparu.
Renan aurait pu faciliter cette besogne, grâce aux manuserits qu'il avait emportés du séminaire. Leur abondance témoigne de la place que l’hébreu prit dans sa vie dès la fin de 1843. Sans tarder, avant le 6 novembre, il s’achète des livres pour une somme de treize franes (12). Ce jour-là, il se déclare prêt à étudier cette langue «très vigoureusement », et peu après, il compte encore consacrer à cette occupation «une ample part de ses heures de travail». Lui, si sujet aux scrupules sur la meilleure manière d'employer son temps, il répète qu'il ne « regrette pas », qu'il ne « saurait se repentir » de « payer par quelques travaux » les avantages qu'il sent promis à sa persévérance.
Tout, d’ailleurs, concourt à l’encourager. Ne lit-il pas dans Rodriguez qu'une étude comme celle-là, qui attache fortement l'esprit, est un bon remède contre l'invasion d'idées impures ? « Ge fut dans cette vue que Saint Jérôme, comme il le dit lui-même, [s'adonna]… à la langue hébraïque, dans laquelle il fit de si grand progrès » (13). Et puis, quel meilleur moyen d'être distingué ? D'après les Souvenirs, les Cours d'Hébreu n'auraient eu à Saint-Sulpice qu'un « très petit nombre » d'auditeurs, et Renan serait resté, au bout de quelques semaines, presque
(9) Parmi elles, s'en trouvait une de Renan. Au cours d’un article sur la version Gureton (1859), M. Le Hir avail, dans une nole, prétendu donner une leçon de méthode à l” « écrivain distingué sur lequel reposaient de meilleures espérances » (Et. Bibl, I, 280 n. 1). Renan répondit d’une façon « pleine de convenance » (1b., pp. LVI-LVIT).
(10) Cf. L. Bertrand, Bibl. sulp., t. IX, pp. 292-299, et notamment la Bibliographie de la p. 293.
(11) I laissa do côlé ceux qui avaient lrait à l'histoire ecclésiastique. Sur la genèse el la valeur des OEuvres Posthumes de M. Le Hir, cf. infra, Appendice B.
(12) Voir infra 111 et 396 sq. quelles durent être ces premières acquisitions.
(13) Prat. de la perf. chrét., Traité de la Chasteté, t. IV, 2$9.