‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 55 sur 369 · GRAMMAIRE : DE L'HÉBREU · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE : DE L'HÉBREU

thelot ne s'est, paraît-il, guère avancé, quand Renan se fit son maître d'Hébreu (37). Voici une autre pièce sur les changements et retranchements de voyelles et de consonnes , avec Règles et Corollaires ; une autre encore: (mais n'est-elle pas d'une écriture plus récente?) sur la mutation des points-voyelles. Enfin, après des £xtraits de la Grammaire de Schroeder (38), on rencontre un travail incomplet et mal relié (39), mais qui dépasse les précédents en longueur comme en intérêt.

Le titre de ces trente-huit feuillets (Sur l'alphabet hébreu) ne correspond qu'à une partie de leur contenu. La théorie des lettres et des syllabes y est suivie de paragraphes sur l'article, les substantifs. les prénoms, les verbes imparfaits, etc, la jonction des affixes au verbe. Puis vient l’étude des noms et adjectifs, des hé, yod et vav paragogiques, et des noms de nombres. Ce n’est pas, on le voit, une Grammaire complète, mais seulement la mise au net partielle d'un Cours de M. Le Hir. Renan dut s’en occuper jusque dans le second trimestre, puisqu'il renvoie, tout à fait à la fin, à ses Notes sur la Genèse (1,24). On y trouve peu de tournures personnellés (40). Cependant il y est ensuite revenu : en effet, la Rédaction première porte, çà et là, des additions hâtives. Le jeune homme les y aura jetées Surtout en 1844- 1845, soit en apprenant l'arabe (ainsi s'expliquent les références à la Grammaire de Petermann), soit en préparant son propre enseignement d'Hébreu. Il est vrai qu'alors l'assistant de M. Le Hir commençait à rédiger sur de nouveaux frais cette Grammaire hébraïque, par laquelle il pensa d’abord se faire connaître, et qui dort maintenant, inédite, dans un volume de trois cent trente-trois feuillets (11.482).

On n’examinera pas quels rapports soutient avec cet ouvrage lPhumble noyau de 1843-1844. Mais on voudrait se servir de celui-ci pour commenter les jugements du séminariste sur son professeur et sur l'hébreu. '

Tout d'abord, de quels auteurs M. Le Hir s'est-il aidé ? Il renvoie couramment au manuel de l'abbé Glaire, que ses élèves avaient sous les yeux. Mais il le eritique avec liberté : «Ge que dit M. Glaire du fathach furtif, qu’il prétend se placer quelquefois sous la pénultième (41), est une erreur. Gesenius est du sentiment contraire ». II nomme encore Jahn, pour ce qu'il « fait marcher en regard », dans sa Grammaire hébraïque, « les quiescents et les défectifs qui sont analogues entre eux ». Wiseman lui-même est cité: on lui emprunte la théorie comparée du pronom personnel. Un passage relatif aux sons vocaliques en français donne lieu à un éloge de Duclos, dont «les Notes sur la Grammaire de Port-Royal [contiennent] une bonne Dissertation sur la

(37) Cf. Souv. d'Enf. et de Jeun., 295.

(38) Ci. vol. 11.479, fos 504-507, 509-514 r.

(39) 1b., f95 516-553. Le fo 531 commence ex abrupto. Les trois feuillets 528-530 doivent se lire dans l’ordre : 528, 530, 529.

(40) Cf. fo 528 r. : « Ce me semble ».

{41) Cf. Prince. de Gram., 8.

prononciation des voyelles ». En revanche, « fautive » est la division que Burnouf propose des consonnes en douces, fortes et aspirées (42).

Ainsi le Sulpicien est loin de suivre servilement ses guides. Il juge, et prend au besoin le contre-pied. Cette assurance s'est imposée à Renan : on le voit, en 1846, lire le Commentaire de Duclos la plume à la main (43:. Le maître et l'élève sont également d'accord sur le compte d'un assez curieux personnage, qu'une lettre de Renan à sa sœur recommande à notre attention.

I1 s'agit de l'abbé Robert-Auguste Latouche, que l’institutrice Henriette avait connu en France, puisqu'elle avait souvent parlé de lui à Ernest (44). Ordonné prêtre en 1808, ce pédagogue était devenu professeur au Collège d'Avranches, sa ville natale. On le retrouve ensuite aumônier du Collège Royal de Strasbourg, puis principal à Colmar. I1 quitte l'Université en 1834 pour s'installer à Paris : il y avait créé, dix ans auparavant, les premières écoles du soir pour les ouvriers. En 1836, il habitait 4, rue Clément, près Saint-Sulpice ; il était Chanoine honoraire d'Angers. Sexagénaire en 14843, il devait mourir à quatrevingt-quinze ans, bien qu’il eût été réformé vers 1800 pour faiblesse de constitution (45).

I1 s'était fait une spécialité de la science et de l’enseignement des langues, préludant par une Méthode rationnelle à son Panorama, qui comprend, outre une Clef de l’étymologie, des Etudes hébraïiques. Pour lancer cet ouvrage, il en porta un exemplaire à Bonnetty, puis lui dépêcha un sien compatriote nommé Mourice, doublement désigné pour cette mission par son métier de couvreur et sa qualité d'élève de l’école des Frères de la rue Saint-Martin. Cet agent de publicité vint attester au directeur des Annales que l'abbé Latouche lui avait appris l’hébreu en deux mois, et il lui remit un docte Compte-rendu de la méthode de son maître. Bonnetty raconta candidement cette entrevue dans le n° du 31 décembre 4835 de sa Revue (46), en reproduisant la pièce signée Mourice (47), et en recommandant le Cours complet d'Etudes hébraïques qui allait paraître. C’est tout ce que voulait son auteur.

Il ne semble pas que Renan ait mal vu, en qualifiant cet homme de « tête ardente ». Il le jugeait par sa Grammaire, première partie des Etudes (48). Le 27 novembre, il a déjà «pris connaissance de la méthode de M. Latouche en général ». Et voici ce qu'il en pense :

(42) Ci. J.-L. Burnouf, Méthode pour éludier la langue grecque, 4. (43) Cf. Cah. de Jeun., 360, 368 ; Nouv. Cah. de Jeun., 17.

(44) L. Int., 153.

(45) Bourquelot, 1. IV, 633 ; Grande Encyclopédie, t. XXI.

(46) Ann. de phil. chrét., 1'e série, t. XI, 425 sq.

(47) 11 paraît qu'on en suspecta l'authenticité (Voir ib., t. XII, 79, n° du 31 janvier 1836, la lettre que Latouche, génie personnifié de la réclame, fit encore envoyer à Bonnelly par les élèves de son Cours). ;

(48) Venaient ensuile un Dictionnaire idio-étymologique hébreu et un Dictionnaire grec-hébreu. |

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