‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 79 sur 369 · CONNAISSANCES ET IDÉES PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

CONNAISSANCES ET IDÉES PHILOSOPHIQUES

SOMMAIRE

La pensée personnelle de Renan : il s’intéresse surtout à la Philosophie et à son histoire, et un peu’ aux Religions. Pp. 163-165

Ÿ. HISTOIRE DE LA Puicosopure. Pour et contre la sagesse antique; Aristole. La Scolastique médiévale; sa réhabilitation ; Saint Thomas. Que cet enseignement n’est plus de mise dans les temps modernes ; sa néfaste influence sur nos écrivains ecclésiastiques, y compris ceux du XVII siècle. L’école opposée : Descartes. Les étrangers. Renan et la langue allemande ; comment il est renseigné sur les philologues et les philosophes d'outre-Rhin. Le Kantisme: les post-kantiens. — La «nouvelle philosophie française». Estime encore réservée de Renan pour l’éclectisme. Cousin et son passé : l’accusation de panthéisme, Sa théorie de la connaissance. Il n'obtient pas la sympathie du ’séminariste. Qu'il en est autrement de Jouffroy ; la légende du «désespéré de la philosophie»; citations de Jouffroy chez Cavour. Pp. 165-173.

11. La vérité et l'erreur. Développement, conflit, succession des systèmes. Intérêt historique de l'erreur ; qu’elle s’élimine finalement. PaicosopniE pe L'Hisrorre : le progrès de l’humanité, .qui doit parfois reculer pour avancer. Traductions linéaires de’-ces mouvements ; la théorie des oscillations. Si cette philosophie est chrétienne. Haute destinée de l'esprit humain ; la part de la Providence. Pp. 173-178.

TI. PaicosopmiEe Porzirique. La source du pouvoir. Que l'autorité est toujours imposée; qu’elle

: représente un mensonge nécessaire. La forme des Etats ; étatisme, individualisme, fraternité. Quelques. vues historiques : sur le Moyen- -Age ; sur la Révolution et l’Empire. La Monarchie de Juillet ; riches et pauvres ; critique du régime représentatif, Du libéralisme clérical. Impartialité. de Renan. Pp. 178-182.

4V. La recherche individuelle de la vérité. Ce qui s’interpose entre elle et nous. La Méthode. Contre et pour la déduction scolastique. La science, ses difficultés, son caractère « social ». Pour connaître la cause : l'induction. Application particulière de ces procédés à la psychologie. — Observation des faits et description ; explication. L'analyse, l’analogie. En quel sens le milieu de Renan détermine son enquête : disproportion des différents modes de documentation ; caractère de certaines données. Avantages de l’expérience cléricale. Que Renan s’iutéresse moins au particulier qu’au général. Le collectif, et notamment le peuple; idées de celui-ci sur le gouvernement du monde. Une croyance populaire au temps de Jésus. Les sauvages. La psychologie animale. Pp. 482-191.

Y. La Paicosopmte de Renan. Rapports de l’âme et du corps. Psychologie : la vie active; l’habitude. La vie affective ; divers sentiments altruistes ; autres tendances sociales ; la douleur. La vie intellectuelle : attention, mémoire, imagination ; le rêve et l'association des idées. Raison de certaines métaphores. Le rôle des mots. De l'origine des idées ; l’abstraction « généralisée » et l’abstraction « immédiate ». Théorie de la connaissance ; l'objectif et le subjectif, La relativité de l'esprit humain ; le « scepticisme transcendantal » et son innocuité. De la liberté ; passage à la Métaphysique. Pp. 191-197.

VI. Le Mal, l’Ame et Dieu. La Création et la Providence. La nature. L'ordre matériel et l’ordre moral ; leurs conformités, leurs différences : le second a un régime plus souple, qui comporte des interventions surnaturelles. Pp. 197-200. N

VII. La Morale. Du mérite et du démérite. Les sources de la moralité. La connaissance d’« instinct». Distinction de la nature et du naturel: l’une est à combattre, l’autre à respecter. Du rôle de la grâce, indispensable pour la production des vertus proprement chrétiennes. Les «principes innés et la moralité profane. Naturalisme latent. Pp. 200-203.

Ces premiers mois de Saint-Sulpice sont pour Renan une période d'attente : il ne peut s’adonner encore à l’exégèse de l'Ancien Testament. Cependant, sa pensée personnelle est plus Se que jamais. On sait déjà, par ses lectures, dans quelle direction elle se porte.

Ce n'est pas vers l'étude des belles-lettres. L'ancien élève de Saint- Nicolas ne parle pas plus, à cette époque, de Racine que de Hugo. S'il touche à l’histoire littéraire, c’est pour envisager la succession des écoles. Par un truisme apparent, mais que relèvent ses relations avec le reste du système, Cavour caractérisait le romantisme comme une réaction contre le classicisme. Après ces extrêmes, l'image dont Renan s'aide pour

concevoir le progrès le conduit à prévoir la venue d’une période brillante, mitoyenne entre les deux. Dans un ordre d'idées assez voisin, son sens aigu de la relativité l'a rendu attentif aux vicissitudes du « goût ». Il

baigne assez dans l'atmosphère de son temps pour en connaître l'opinion

sur la « niaiserie » (!) du XVIII* siècle, Mais il se dit que celui-ci « ne se le figurait pas ». Dès lors, ne doit-on pas craindre que le XIX*° siècle-

lui-même, si infatué de sa finesse, n’encoure à son tour les sévérités de

l'avenir ? Impossible de récuser cette induction. Toutefois, Renan ne

verse pas dans le scepticisme ; il faut, pour le rassurer, qu’il y ait « aus—

si un esprit, qui sera toujours esprit ».

Sa curiosité est encore plus éveillée pour tout ce qui touche à la philosophie. Il s'emploie à compléter sa formation, depuis qu'il est sorti des mains de M. Gottofrey ; et c'est cette liberté qui, l’Ecosse aidant, donne un prix nouveau à ses recherches. On le voit s'intéresser, aussi bien qu'à la Philosophie dogmatique, à l'Histoire de la Philosophie. qui jouissait alors d'une si vive faveur, même parmi les catholiques.

Ils ne la regardaient pas, est-il besoin de le noter ? avec les yeux d'un éclectique comme V. Cousin, mais plutôt avec ceux d'un Lamennais (1) ou d’un Bautain. Tantôt ils insistaient sur les égarements de l'esprit. humain qui, livré à lui-même, n’a su que se contredire. Tantôt ils pensaient y reconnaître, sous une forme plus ou moins altérée, les seules. vérités que nous soyons en état de posséder : celles qui, révélées par Dieu à nos premiers parents, ne se sont conservées pures que dans la tradition judéo-chrétienne. Renan n'est donc rien moins qu'original lorsqu'il écrit : « La meilleure preuve de la religion est dans l'histoire de la philosophie ». Est-il sincère ?

Il n'y a pas lieu d'en douter, malgré la pointe qu'il tourne, à la fin de sa phrase, contre l'Eglise. Il admet que l'esprit humain n'ait pu, sans le christianisme, surmonter ses faiblesses. Seulement, il n'aime pas beaucoup à parler avec aigreur des opinions ou des confessions profanes. Lorsqu'il porte en chaire cette observation, que « les philosophes ont. donné de l’homme des définitions bien différentes », ce n'est pas, semblet-il, sur un {on trop dénigrant.

Il conserve la même modération, s'il ne l’accentue pas, pour juger une sorte de systèmes qui fixait elle aussi la curiosité contemporaine. Quand les traditionalistes interprétaient comme on vient de l'indiquer la variété des conceptions humaines, ce qu'ils avaient surtout em vue, c'étaient les religions. En décembre 1844, un rédacteur de l'Univer sité Catholique signalait l'entrée définitive de la philosophie orientale dans l'horizon des sciences historiques (2). Or cette philosophie était toute religieuse.

Ainsi, que le séminariste eût, lui aussi, envisagé plusieurs théologies, cette confrontation n'avait rien en elle-même qui décelât une préoccupation particulière. Le seul point délicat était de bien mettre à part Ia

(4) Voir par ex. Essai sur l'indiff., t. I, 156 sq. (2) Un. cath., t. 'XNIII, 407.

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