‹ La jeunesse d'Agrippa d'AubignéChapitre 3 sur 6 · V. aussi III · texte numérisé non relu

V. aussi III

Ma bouche osa toucher ta bouche cnimoisie. Tour cueillir, dans la mort, l'imniortello beauté....

(2) Sonnet 3.5. TbuL, III, 32.

D AGRIPPA d'aUBIGNÉ. 35

Sur un chevet louffii, érnaillé des couleurs D'un jiiilliou de fleurs,

A ces babillars ramages D'osillons d'amour espris, Au flair des roses sauvages Et des aubépins floris, Portez, zéphirs pillars, sur mille fleurs trottans, L'haleine du printemps.

0 doux repos de mes paines !

Bras d'yvoire potelez !

0 beaux yeux, claires fontaines, Qui de plaisirs ruisselez !

0 giron, doux support, beau chevet érnaillé A mon chef travaillé !

Vos doulceurs au ciel choisies, Belle bouche qui parlez.

Sous vos lèvres cramoisies Ouvrent deux ris emperlez.

Quel baulme précieux flotte par les zéphirs De vos tièdes soupirs !

Si je vis , jamais ravie Ne soit cette vie icy ; Mais si c'est mort, que la vie Jamais n'ait de moy souci :

Si je meurs, si je vis, ô bienheureux séjour En paradis d'amour (1) !

Ces instants furent délicieux : mais qu'ils furent rares! et qu'ils furent courts ! Bientôt l'humeur

(1) Œuvres complètes ,111, i3i. Le même souvenir a sans doute inspiré le sonnet 19. III, 24.

de Diane changea ; elle ne fut plus la même pour d'Aubigné; elle devint avec lui volontaire, capricieuse, fantasque. Jamais satisfaite, elle se montrait tour à tour ou prude avec excès, ou cruellement ironique ; si Agrippa exprimait en termes un peu Yifs sa tendresse, elle le traitait de « fol, hazardeux » ; s'il rentrait alors dans une prudente réserve, elle le raillait de sa timidité. Elle ne savait plus ni le voir, ni se passer de lui : était-il là? elle laissait paraître qu'elle en était importunée ; s'éloignait-il, par un sentiment de dignité blessée ou seulement de souffrance excessive ? quand il revenait, ramené, hélas ! par l'amour vainqueur de ses plus fermes résolutions , elle le blâmait de son orgueil, prétendant qu'il faisait par trop le grand seigneur (1). La poésie même, qu'elle aimait tant naguère, ne touchait plus son âme : un jour, après quelque querelle d'amoureux , ou emportée de colère contre des vers qui mettaient trop à nu sa coquetterie, elle jeta au feu un de ses sonnets :

Va au feu, mon raigaoïi,

écrit tristement l'auteur; et il ajoute, avec une fierté qui pouvait paraître excessive, mais qui se trouve aujourd'hui justifiée :

Diane , repens-toi : pense que tu as tort

Donner la mort à ceux qui te fonl immortelle (2).

(1) Sonnet G"). Œuvres complètes, III, 47.

(2) Sonnet 89. Ibid., 111,59.

d'agripa d'aubigné. 37

Elle lui reproche jusqu'à ses plaintes :

Je confesse, j'ai tort,

répond le malheureux, non sans amertume. Mais ne pensez-vous pas que j'aimerais mieux parler d'un autre style :

Diane, essayez donc si je saurois éscrire

Folaslre, et fredonner de la muse et du lut

Un plaisir de l'amour aussi bien qu'un martire (1). s

Peut-être le caractère d'Agrippa, un peu bien tranchant et exigeant, effraya-l-il Diane, et finit-il par la rebuter. Il faut convenir qu'il n'était guère endurant. Un soir, comme on se promenait, d'Aubigné absent, par une belle nuit, un des familiers du château s'amusa à consulter les astres, et prédit à Diane qu'avant six mois d'Aubigné l'aurait perdue. Le lendemain, la malicieuse jeune fille raconte à Agrippa la prophétie, sans nommer le prophète. Le voilà en fureur, qui veut savoir quel est cet •I astrologue parjure,

*( Estropié des yeux et de l'entendement,

« ce maistre sot >, et, le découvrant, lui lance un fort coup de pied avec cette question : Et celui-là. Monsieur le devinear, l'avais-tu lu aussi dans les

(1) Sonnet 93. Œuvres complètes, TU, Gl.

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