‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 10 sur 133 · Miss Agnès Strickland, Elizabethy p · texte numérisé non relu

Miss Agnès Strickland, Elizabethy p

3. Miss Agnès Strickland, Elizabeth, p. 23. Bumet, History of the Hefor^ matiûn of the Church of England, 1715, t. I, p. 198, rappelle aussi que, pendant le long règne d'Elisabeth, il ne fut pas publié un seul écrit de justification en faveiur d'Anne Boleyn. La raison de ce silence, dit l'auteur, tenait à la politique, car c'eût été par le fait remettre en question

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Mais elle aurait dû aussi respecter le repos de cette veuve de Henri VIII, qui avait été pour elle une seconde mère. Voici les faits :

Sir Thomas Seymour ne bornait pas ses désirs, il s*en fallait bien, aux titres de baron et d'amiral dont il venait d'être pourvu. Avide de pouvoir et de richesse, il se croyait frustré de sa part dans rhéritage de famille, lorsque son frère, paré du titre de duc, cumulait encore avec le protectorat du royaume la garde de la personne du roi. N'était-il pas, lui aussi, disait-il, oncle d'Edouard ? Et quand, de ces deux fonctions, l'aîné des deux oncles s'attribuait la première, l'autre ne devait-elle pas être le lot du plus jeune ?

Sa manœuvre pour prendre position fut de chercher à s'introduire dans la maison royale. Et d'abord il porta ses vues sur la plus jeune des deux orphelines. Beau, brillant, fastueux, hardi et versé dans l'art de la séduction, redoutable talent qui faisait murmurer parmi le public le mot de magie, il osa demander la main d'Elisabeth S et cela dès le mois de février 1547, alors que Henri VIII venait à peine de s'éteindre. Repoussé toutefois par un prompt refus, et alerte à changer de visée, il se tourna, quatre jours après, du côté de Catherine Parr. La douairière, malgré ses trente-cinq ans, déjà veuve trois fois •,

le titre d'Elisabeth à la couronne. Nous trouvons néanmoins dans la correspondance de Parker, archevêque de Cantorbéry (1559 1575), sous le règne de cette princesse^ qu'elle s'en préoccupait, et qu'à la fin de 1572 elle donna au prélat Tordre de rechercher dans les archives primatiales, au palais de Lambeth, une bulle pontificale qu'elle supposait exister, portant confirmation du mariage de Henri YIII avec Anne Boleyn. Inutile d'ajouter que Tarchevéque ne découvrit rien, parce qu'il n'y avait jamais eu de bulle de cette nature. Correspcndence of Matthew Parker ^ archbishop ofCanterbury, Cambridge, 1853, p. 414, 420.

1 . D'après certains propos de Catherine Âshley, que nous retrouverons en leur temps, il parait qu'en effet il songea dès lors à Elibabeth et que d'autres y songèrent pour lui. Ce fût un des griefs articulés contre lui par le Conseil privé, lors de son arrestation. Registre du Conseil privé d'Edouard VI ^ séance du 23 février 1549, t. I, fol. 100. Bumet, History of the Reformation of the Church of England, t. II, p. 51 ; et i4 Collection of Records, id,, n* 31, p. 145 et suiv.

2. Née en 1512, elle fut mariée à quinze ans avec lord Borough et resta

son dernier veuvage commencé depuis un mois à peine, sentît se réveiller un ancien attachement, avec une fougue passionnée, que la dure servitude des dernières années avait avivée peutêtre. Consentir, épouser secrètement, fut l'affaire de quelques L^ jours, mars 15tf7 i. Ensuite, comme s'il n'en eût été encore qu'à briguer l'union déjà consommée, l'amiral sollicita l'autorisation du roi et l'appui de Marie. De celle-ci, il reçut (4 juin), en termes sévèrement négatifs, l'invitation de se rappeler quel deuil la reine portait 2; de l'innocent, circonvenu et abusé, plein consentement, malgré l'opposition du Protecteur et du Conseil privé. Edouard exhorta même la douairière à complaire à l'amiral (45 juin 1547).

Outre l'avantage d'une condition presque royale et la jouissance des beaux revenus de l'épousée, l'époux espérait s'ouvrir un accès plus facile auprès d'Edouard VI, que la politique soupçonneuse du Protecteur tenait presque séquestré. Il gagna quelques serviteurs du roi, le roi lui-même, en lui faisant passer un peu d'argent, parce que ses tuteurs le laissaient au dépourvu. Il remplit l'air de forfanteries et de menaces, décriant son aîné parmi le peuple et la noblesse. Catherine Parr n'était guère moins animée que son mari , car elle avait à se plaindre de l'orgueilleuse duchesse de Somerset, qui réclamait la préséance sur elle, malgré sa qualité de reine. Cependant on s'entremit; les deux frères se réconcilièrent. Même le Protecteur fit allouer à l'amiral un surplus de* huit cents livres de revenus (1547).

Doit-on croire aussi que lord Seymour avait contracté mariage par tactique, pour se rapprocher d'Elisabeth sans éveiller le

veuve deux ans après, eu 1529; puis, à uue date inconnue, elle épousa John Neville, lord Latimer, déjà assez avancé en âge et qui mourut vers 1543. Enfin, le 12 juillet 1543, elle était devenue la sixième femme de Henri VIII.

1. Cependant miss Agnès Strickland ne serait pas éloignée d'admettre que ce mariage aurait eu lieu au mois de mai seulement. Vies des reines d Angleterre^ Catherine Parr,

2. Ellis, Original LetterSy 1" série, t. II, Lettre CLXIII, p. !50.

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soupçon? Catherine, parvenue au comble de ses vœux, découvrit bientôt qu'elle ne possédait plus sans partage le cœur de son mari.

Le lord amiral, depuis qu'il habitait avec elle à Ghelsea, sous le même toit qu'Elisabeth, avait recommencé ses poursuites auprès de la seconde fille de Henri VIII. Elle était dans sa quinzième année. Précoce en esprit et en savoir, elle ne Tétait pas en délicatesse, une des qualités dont, au reste, le xvi* siècle se piquait le moins. Peu sensible aux scrupules de la pudeur ou aux inspirations de la reconnaissance, elle subit sans révolte les privautés de sir Thomas Seymour. Il résulta de la procédure dirigée peu après contre cet ambitieux, et des dépositions de Catherine Ashley, qu'à Chelsea, incontinent après son mariage public avec la reine douairière, il allait souvent le matin chez Elisabeth, avant qu'elle fût prête ou même levée. La trouvait-il déjà debout, il lui souhaitait le bonjour, s'informait de sa santé, lui donnait des tapes beaucoup trop familières, puis s'en allait à son logis 1. Était-elle encore au lit, il ouvrait les rideaux et faisait semblant de vouloir prendre place à côté d'elle. Alors elle se reculait le plus loin possible hors de sa portée; parfois, en l'entendant ouvrir la porte, elle s'enfuyait près de ses femmes et revenait avec elles se cacher derrière les rideaux, jusqu'à ce qu'il prît le parti de continuer son chemin. A Londres, dans sa maison de Seymour Place, tous les matins, pendant que la reine dormait encore, il venait en robe de chambre et en pantoufles, les jambes nues. Ordinairement, la jeune fille était déjà à ses livres '. Parfois Catherine Ashley se fâchait et le menaçait de porter plainte aux lords du Conseil. Il s'en moquait ou se fâchait à son tour. « Qu'est-ce que je fais? répondait-il en

1. Haynes's Papers, confession de Catherine Ashley, p. 99. « And if she were up^ he wold bid hir good mon^ow, and ax [ask) how she did, and stnke upon the back or on the buttocks famylearly^ and so go forth through his lodgings, » Lingard a rapporté en toutes lettres une autre déposition de même ordre et plus surprenante encore.

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