‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 9 sur 133 · DE THOMAS SEYMOUR · texte numérisé non relu

DE THOMAS SEYMOUR

Henri VIII, touchant au terme de sa vie, rendit hommage, dii moins par son testament (30 décembre 1546), à la justice, qu'il avait tant outragée. Après son fils, qu'il appelait en première ligne à lui succéder, il rétablit les droits de ses deux filles, selon leur rang d'âge *. ]] leur assignait une pension annuelle de trois mille livres sterling et une dot de dix mille livres, à condition de ne pas contracter mariage sans le consentement de leur frère et de son Conseil.

Ce Conseil, ou plutôt ces Conseils, car il en créait deux, étaient : le premier, celui des exécuteurs testamentaires, au nombre de seize, destiné à demeurer le Conseil privé et à exercer l'autorité de la couronne, jusqu'à ce que le roi eût accompli sa dix-huitième année ; le deuxième , composé de douze membres, était purement consultatif. La grande majorité

1. C'était en conformité d'un bill que Henri VIII avait fait voter au Parlement au printemps de 1545, afin de s'assurer Tamitié de Charles -Quint, neveu de Catherine d'Aragon et cousin germain de Marie. Mais, quoiqu'il réintégrât Marie et sa sœur, il avait gardé le silence sur la légitimité de leur naissance, n'ayant pas voulu plier son orgueil jusqu'à 8*infliger un complet désaveu.

<le Tun et deTautre avait été choisie parmi les parents maternels d'Edouard, c'est-à-dire les Seymour, et chez leurs amis. A la vérité, dans cette organisation, le chef de cette famille, Edouard, frère de Jeanne Seymour, et depuis quelques années comte de Hertford, n'était placé en rien au-dessus des autres exécuteurs testamentaires, car tous étaient égaux en autorité. Mais il s'était installé au chevet de Henri VIII ; il s'était mis en possession du testament; et ensuite, pendant les trois jours qu'il tint cachée la mort du roi , il remania très-probablement les volontés suprêmes de Henri, dont au reste il ne communiqua au Parlement que celles qui étaient à sa convenance * . Bientôt, prétextant les nécessités de l'expédition des affaires, il se fit attribuer par ses collègues la haute direction de l'État, sous le nom de Protecteur du royaume et de gouverneur de la personne du roi. Comme une clause du testament, opportune autant que suspecte, chargeait le Conseil de ratifier et d'exécuter les donations et les promesses que le roi aurait pu faire de son vivant, les Seymour se comblèrent eux-mêmes, ainsi que leurs créatures, d'avantages de toutes sortes. Le Protecteur se fit duc de Somerset. Sir Thomas Seymour, son frère puîné, obtint le titre de baron et la dignité de l(»rd amiral *; leurs partisans à proportion, sans compter force domaines et revenus, prélevés sur les évêchés, les monastères et les prébendes.

Hommes de petite noblesse, que le mariage de Jeanne, leur sœur, avec Henri VIII, et la naissance d'Edouard avaient portés au pinacle soudainement; isolés et sans alliances dans la haute aristocratie, qui les jalousait, Edouard et Thomas Seymour étaient impatients de s'égaler et de s'imposer à celle-ci. Leur ambition ne reculait devant aucun moyen, quel qu'il fût.

1. Cela résulte de deux lettres du comte d'Hertford lui-même à lord Paget le 29 janvier 1547, et au Conseil du 30 janvier, avant la déclaration publique de la mort de Henri VIII. Tytler, England under the reig?u of Edward VI and Mary ^ t. I, p. 15-19. V. aussi Lingard, Histoire d'Angleterre,

2. Il s'intitula lord Seymour de Sudeley, d'un des châteaux royaux qui lui fut attribué pour son usage.

l'intrigue de THOMAS SEYMOUR 17

Récemment, le duc de Norfolk et le comte de Surrey, son fils, parents de Catherine Howard, Tune des reines décapitées, avaient osé se plaindre du crédit des hommes nouveaux et de Tabandon où languissait la vieille noblesse. Alors les Seymour les accusèrent faussement de trahison. Le père avait illustré les premières années de ce règne par la victoire de Flodden-field sur Jacques IV, roi d'Ecosse (1513), et, plus tard, sauvé peutêtre le trône de Henri VIII, en étouffant la révolte des comtés du Nord (1537) ; le fils, dans la dernière guerre de France, avait contribué à la prise de Boulogne (1544). Sans égard à ces titres illustres, le roi, dont les instincts ombrageux et sanguinaires s'exaspéraient par le déclin de sa santé et rapproche de la mort, se hâta d'envoyer le comte de Surrey à Téchafaud. Le vieux Norfolk allait suivre deux jours après, quand, dans la nuit avant Texécution, le progrès subit de la maladie emporta le Tibère anglais. Nous verrons les Seymour se livrer à de bien autres fureurs.

En religion, ils étaient pour la Réforme, autre opposition avec la haute noblesse, qui, à défaut du catholicisme romain, pour lequel beaucoup de familles gardaient de rattachement, préférait le catholicisme anglican , tel que le bill des six articles l'avait réglé (juin 1539). Mais, en revanche, ils avaient de leur côté, dans les communes, un parti considérable, quoique non encore déclaré, à cause de la terreur des lois de Henri VIII. Le plus grand nombre en effet, incapables de garder à la suite du prince un équilibre trop difficile entre le schisme et Thérésie, avaient glissé vers le protestantisme. Les plus ardents s'étaient réfugiés en Allemagne, dans les sûrs abris que leur offraient les répubUques du pays rhénan, villes savantes, Francfort, Bâle, Strasbourg. Là, le luthéranisme proprement dit avait été promptement battu en brèche et dépassé par une réforme plus radicale quant au dogme et à la discipline. Les exilés suivirent ce mouvement : ils entrèrent en correspondance avec BuUinger, chef de TËglise de Zurich depuis la mort de Zwingle, et avec Calvin, à Genève. D'autre part, les maîtres chargés d'enseigner

la littérature à Edouard YI Taraient imbu des mêmes principes, en trompant la surveillance redoutable de Henri YlII. L'élève s'en éprit avec la candeur de son âge.

Afin de l'accaparer plus sûrement, le duc de Somerset le sépara de ses sœurs, vers lesquelles le penchant du cœur l'entraînait. Marie étant allée visiter son jeune frère, celui-ci, dit un témoin, s'en montra très-heureux. Il lui fit beaucoup de questions, avec promesse du secret, et lui témoigna autant de déférence et de respect qu'à une mère (elle avait trente et un ans). Elle, dans sa prudence, lui donna plusieurs avis sur des ehoses qui le touchaient ou la concernaient elle-même, en tout pleine d'affection et de sollicitude fraternelle. Les tuteurs mirent bon ordre à de tels entretiens; ils ne permirent plus que de très-rares visites, parce que, disaient-ils, elles laissaient le roi triste et mélancolique ^

Elisabeth, quoiqu'on n'eût pas de contagion catholique à craindre de sa part, fut écartée avec une sévérité presque égale. Trop jeune encore, à ses quatorze ans, pour être livrée à ellemême, on la plaça sous l'autorité et dans la maison de Catherine Parr, maintenant reine douairière. Elle avait d'ailleurs sa naison à elle, au moins cent vingt personnes, et, chose étrange, pas une dame de quaUté '. Sa gouvernante, déjà depuis longtemps, était mistress Catherine Ashley, parente des Boleyn par son mari. Elisabeth lui voua une affection inaltérable. On a remarqué que, si elle ne prononça jamais le nom de sa mère, elle conserva toujours à ce c6té de sa famille la meilleure part de sa faveur et de sa confiance ^.

1. Jos. Stevenson, Calendar foreign, 1558-1559, préf., p. xxviii, note d'après les mémoires de Jane Donner, attachée au service de Marie, et phis tard comtesse de Féria.

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