‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 101 sur 133 · Dissimulés^ concentrés · texte numérisé non relu

Dissimulés^ concentrés

3. Noailles au Connétable, 15 juillet 1555. Arch, aff, étr., t. I et II, p. 915.

4. Renard & Charles-Quint, 27 juin, 10 juillet 1555. Papiers d'Etat de Granvelle, t. lY, p. 433, 447. Giov. Michieli au doge, Richmond, 15 juillet 1555 ; dans Friedmann, p. 82.

3âl ELISABETH A LA COUR

Elisabeth ne fut point rendue responsable de ces ébauches confuses de complots, quoique l'œuvre de ses amis, pas plus qu elle ne Tavait été des opérations magiques imputées à John Dee. De même, elle ne fut point englobée dans la terrible persécution religieuse qui commença au moisde janvier 1555. C'est qu'à Uampton Court, comme à Woodstock, elle se montra d'une exactitude exemplaire à pratiquer le catholicisme. Marie était en possession incontestée du droit de contrainte en matière de religion, droit qui avait toujours fait partie des prérogatives de la couronne. Mais les hommes prudents voulaient en ajourner Tusage ; les violents s'irritaient des retards. L'un d'eux, Eklmond Donner, évêque de Londres, prit sur lui, sans consulter personne, de lancer une lettre ordonnant à ses visiteurs de faire une inquisition (recherche) de la foi à Londres et dans le reste du diocèse, fin de septembre 1554. Ce ne furent donc pas Gardiner, bien qu'on l'en ait maintes fois accusé, encore moins le cardinal Pôle, lequel n'était pas revenu du continent, qui donnèrent le signal de la persécution *. Le chemin une fois ouvert, on n'osa pas désavouer le prélat. Les premières arrestations eurent lieu le 16 janvier 1555; les premières exécutions, au nombre de quatre , du 29 janvier au 9 février. Mais, le

1. Lingard dit qu'on ne sait pas trop qui fut, sous Marie, Tinstigateur de la persécution. Il y a une lettre de Renard à Charles-Quint, 13 octobre 15.54 {Papiers d'Etat de Granvelle, t. IV, p. 317 et 318), qui lèye la difficulté en rapportant cette initiative de l'évoque de Londres ; les hérétiques, dit-il, sont fort troublés de ces articles, a surtout pour la forme et nom d'inquisition sous lequel ils sont conceuz. » Plus loin, dans la même lettre (iV/., i6., p. 321), il s'explique plus amplement : « L'évesque de Londres publia les dictz articles sans le sceu ou participation desdictz sieur Roy et dame (la reine) ny du Conseil ; et, comme l'on luy demanda comme il s'advanccoit sans les communiquer, il dist que s'estoit chose deppondant de son office et juiisdiction ; qui sçavoit bien que, les communicquant audict Conseil, il y eust eu contrariété et empeschement ; qu*il [r] avoit faict pour le service de Dieu ; que, quand il est question de la religion, l'on y doit procéder réaiment, sans crainte : allégant les exemples du Vieux Testament, et que Dieu aidait ceulx qu'ilz maintenoient ses loix, observoient ses commandemens et luy adhéroient » Voir aussi M. Froude, t. VI, p. 257, 258.

10 février, Alvarez de Castro, moine espagnol de la chapelle du roi, prêcha devant la cour que la douceur seule devait être employée en matière de foi, et condamna énergiquement les voies de rigueur *. Philippe II réprouvant les bûchers I Ah ! ne regardons pas au delà dans son histoire. Mais, à cette époque, la mansuétude était sa règle de conduite chez les Anglais. Ce sermon produisit une impression telle qu'on suspendit les procédures : cinq semaines se passèrent avant que la flamme se rallumât dans la terrible plaine de Smithfîeld à Londres. Les maximes et les lois au nom desquelles les hérétiques furent voués à la mort avaient été, on le sait de reste, celles du réformateur Cranmer sous Edouard VI, et devinrent celles d'Elisabeth, une fois reine. Marie ne fut pas plus cruelle en principe que d'autres. Mais la multiplicité des exécutions qu'elle laissa consommer et qui s'entassèrent dans un court espace de temps crie contre elle devant la postérité. Malheur à qui impose aux faits de conscience l'effroyable sanction des supplices. A peine est-il permis de rappeler que les réformés, outre leur dissidence en religion, enseignaient des doctrines singulièrement agressives contre les droits et l'autorité politique de la reine.

Bientôt le fanatique docteur Storey, employant une image familière aux promoteurs de meurtre, soutint que c'était peu de supprimer les branches de l'arbre d'hérésie, si l'on en laissait subsister la souche. Elisabeth frémit à une menace si directe. Alors, imitant, dit Gamden, le vaisseau qui fuit sous la tempête, elle redoubla d'assiduité à fréquenter la messe et les sacrements. Pressée de questions par le cardinal Pôle, elle se déclara

1. Lingard, Hist. cTAnglet, Il y a dans les Papiers et Etat de Granvelle, t. IV, p. 397, une lettre de Renard à Philippe (sans date, mais placée au 8 février 1555, par Téditeur des Papiers cTEtat) par laquelle Renard conseille la modération dans les choses de la religion ; il veut que, pour le bon exemple, on commence par réformer les gens d'Église. Voir aussi Strype, t. III^ p. 209; miss Agnès Strickland, Mary, p. 641. — Lingard dit qu'Alvarez de Castro était confesseur du roi ; mais on voit par le Calendar domestic de Marie, p. 66, n^ 21, que le confesseur se nommait Bernard de Fresnada.

326 ELISABETH k LA COUR

catholique romaine *. Marie ne s'y confiait guère. Elle savait ce que valent ces protestations, filles de la crainte, elle qui jadis, par lettre écrite à son père, avait abjuré à jamais l'autorité du pape, reconnu son père seul chef, de par le Christ, de l'Église d'Angleterre, elle qui avait accepté la flétrissure d'inceste et d'illégalité imprimée au mariage de sa mère. Un jour, elle fit interroger sa sœur sur la transsubstantiation. Elisabeth éluda, dit-on, par un quatrain improvisé, qui peut se rendre ainsi :

Christ fut le Verbe qui le dit; Il prit du pain et le rompit :

Ce que sa parole accomplit, Je le crois et le prends ainsi >.

Trait d'une femme plus spirituelle que croyante.

Gomme elle, beaucoup d'autres se soumirent des lèvres. Un beau jour, son maître, le protestant Roger Ascham, se trouva catholique ; Gheke, de même. Sir William Cecil, ancien secrétaire d'État sous Edouard VI, fut touché aussi de la grâce. Le jour de Pâques 1556, il communia avec sa femme et son fils, à sa paroisse de Wimbledon, près de Londres ^. Sans doute, à la cour, on triompha de la piété signalée de Cecil, d'Elisabeth et de maint autre converti. On sourit peut-être de leur faiblesse. Mais combien la persécution est aveugle I Cet homme, que la peur mît à genoux devant l'autel orthodoxe sous Marie, fut, sous Éli-

Page 1