‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 103 sur 133 · Dès Tan · texte numérisé non relu

Dès Tan

rant ainsi rambition pour son fils, alors qu*il en sentait le néant pour lui-même. Longtemps le jeune prince avait tardé à venir le rejoindre, espérant de mois en mois, de jour en jour, la naissance de rhéritier auquel eût été réservée la destinée extraortlînaire de réunir en un tout compacte TAngleterre et les immenses domaines de la maison d'Autriche. Mais enfin, au mois d^aoùt 1555, trop certain que Marie s'était abusée, il prit ses dispositions pour passer aux Pays-Bas. C'était à Green^âch que les deux époux devaient se faire leurs adieux. Marie, soit retour de faveur à Tégard d'Elisabeth ^, soit précaution pour ne pas la laisser seule et maîtresse d'elle-même, la mit de leur voyage de Greenwich (26 août 1555), mais avec cette précaution que, tandis que. les époux royaux passaient en grand appareil à travers Londres, on acheminait Elisabeth par la Tamise sur une simple barque, avec quatre demoiselles et deux ou trois gentilshommes pour toute suite'. Marie reçut du peuple un accueil des plus chaleureux; le bruit s'était répandu qu'elle était morte. Les habitants accouraient « comme des fous», pour s'assurer que c'était bien elle, et se livraient à toutes les démonstrations de la joie. Mais, en même temps, leurs yeux cherchaient Elisabeth, qu'ils avaient aussi grande envie de voir, et la cherchaient en vain. Le désappointement de la foule s'échappa en paroles amères '.

Philippe quitta Greenwich et prit le chemin du continent, le 29 août *. Il fut bientôt près de son père à Bruxelles. Fidèle à

1 . « Madame Elisabeth, sœur de cette reine, est maintenant près ladicte dame assez favorisée. » Noailles au Connétable, 22 août 1555; Vertot, t. V,

2. Noailles à la reine d'Ecosse, 9 septembre 1555. Vertot, t. V, p. 128.

3. Noailles au Connétable ; au roi, 27 août ; à la reine d'Ecosse, 9 sep^ tembre 1555 ; Vertot, t. V, p. 85, 99, 122, 126. Vertot a daté la lettre au Connétable du 22 août; mais il est aisé de voir, par les premières lignes, où Noailles parle des lettres qu'il lui a écrites déjà les 20, 25 et 27 de ce mois, qu'elle serait du 27 au soir au plus tôt. — Giovanni Michieli au doge, Londres, 27 août 1555. Friedmann, p. 110, 111. — Strype, t. III, p. 217.

4. Giov. Micbieli décrit ainsi les adieux de Philippe et de Marie, dont

PRÉTENDUE PASSION DU ROI POUR ELLE 32ft

sa politique de popularité en Angleterre, il avait recommandé particulièrement Elisabeth à la bienveillance de Marie. A peine en Belgique, il insista de nouveau par lettres. Il n'avait pas négligé non plus de laisser en secret des instructions analogues à ceux des seigneurs espagnols qui demeuraient à la cour *. Elisabeth, de son côté, payait le prix de cette sollicitude toujours active, par son exactitude au jubilé célébré en réjouissance de la réconciliation du royaume avec le Saint-Siège. Le 4 septembre, elle fit abstinence avec la reine et toute la cour, et participa aux indulgences qui en étaient le prix ^. Chaque jour^ elle accompagnait Marie à la messe '. Néanmoins le cardinal Pôle restait défiant et froid à son égard. L'ambassadeur vénitien rapporte que durant ce séjour de Greenwich, qui fut de sept semaines, le cardinal n'alla pas la visiter une seule fois, quoique leurs appartements dans ce palais fussent tout voisins Tun de l'autre *. Noailles rapporte que, dans le même temps, les Espa-

il fut témoin : « La reine témoigna au vrai dans cette occasion la douleur qui convenait à une femme, et une femme revêtue comme elle de Tappareil et de la dignité royale. Elle voulut, sans laisser percer aucune agitation au dehors, bien que son extrême douleur fût visible, accompagner le roi à travers toutes les chambres et les salles jusqu'au palier de Tescalier ; le long du chemin, elle luttait contre elle-même pour ne laisser voir, en présence de tant de monde, rien qui fût indigne de sa gravité. Elle s'attendrit cependant au baise-mains des seigneurs espagnols et surtout en voyant les dames se séparer du roi toutes en pleurs, pendant que ce prince, selon la coutume, les embrassait une à une. Mais, rentrée dans son appartement, elle s'accouda à une fenêtre donnant sur le fleuve. Là, croyant n'être plus sous les yeux de personne, elle soulagea sa douleur par des larmes abondantes. Elle ne bougea pas de cette place qu'elle n'eût vu le roi s'embarquer et partir, ni tant qu'il lui fut possible de l'accompagner du regard ; lui, monté sur un point élevé et découvert de la barque^ afin d'être mieux aperçu, ne cessa pas, tant que l'on fût en vue de la fenêtre, de soulever son chapeau et de saluer de loin avec les démonstrations les plus affectueuses . » Lettre au doge, Londres, 3 septembre 1553. Friedmann, p. 114, 115.

1. Noailles à la reine d'Ecosse, 9 septembre 1355. Vertot, t. V, p. 126-

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