Vertot, t. V, p. dU
3. Lingard a donné ce fait d'après la comtesse de Feria (Jane Donner).
Marie, sans hésiter, y conforma sa conduite. Le 8 juin 1556, elle fit partir le comte de Hastings, grand écuyer, et lord Ingle-^ field, tous deux de son Conseil, pour retirer les archers d'auprès de la personne d'Elisabeth et lui donner connaissance des dépositions par lesquelles ses propres serviteurs, Peckham et Daniel, Weme et Eschelle, alors à la Tour, l'avaient accusée de complicité dans la conspiration. Toutefois les lords avaient charge de lui affirmer que la reine n'en voulait rien croire ; qu'elle l'estimait assez sage et prudente pour n'entreprendre jamais rien au préjudice de sa souveraine. Joignant les actes aux paroles, elle lui envoyait comme preuve de sa bonne opinion, un diamant de la valeur de six à sept cents écus.
D'après tout cela, elle la priait de ne pas trouver mauvais qu'on ôtât de sa maison des gens dangereux, qui attiraient les soupçons jusque sur elle-même. Enfin, Elisabeth devait compter sur la bienveillance de la reine tant qu'elle continuerait de se conformer aux directions qu'elle en recevrait ; elle verrait ainsi qu'elle n'en était ni dédaignée ni haïe, mais, au contraire, aimée, estimée ^
En récompense de ce message tout gracieux, Marie aurait souhaité du moins qu'Elisabeth se rendit d'elle-même à la cour.
Miss AgDès Strickland, Elizabeth, p. 116, note, en doute, parce que, dit-elle, la comtesse de Feria habitait l'Espagne quand elle écrivit, et que, pour taxer plus fortement Elisabeth d'ingratitude envers Philippe II, on était dans l'usage de représenter ce prince comme le patron et le sauveur de sa belle-sœur sous le règne de Marie. Cette raison ne nous paraît pas concluante, d'autant que telle fut en effet la politique du roi à cette époque. D'ailleurs Giov. Michieli raconte (2 juin 1556) que, aussitôt après l'arrestation de Kate Ashley, Marie réexpédia subitement, en toute hâte, à Bruxelles, Francesco Piamontese (son courrier habituel) ; il exprime l'opinion que c'est pour connaître la pensée et la volonté du roi. Il est certainement dans le vrai, et l'on est fondé à croire que les mesures de douceur, adoptées si promptement par la reine à l'égard de sa sœur, émanèrent de Philippe. Elisabeth reconnut, dans son célèbre entretien avec le comte de Feria, le 10 novembre 1558, que ce prince l'avait protégée puissamment dans le temps qu'elle était en prison.
1. GUles de Noailles, Avis, H juin 1556, Arch. aff, étr,, t. IV. Giov. Michieli au doge, Londres, 9 juin 1556. Friedman, p. 224.
Mais elle n'eut même pas cette satisfaction. Elisabeth, qui lisait dans ces ménagements dont elle était Tobjet la preuve de sa force, repoussa les ouvertures de Hastings et dlnglefield à cet égard. Les motifs sur lesquels elle s'excusa étaient si légers, que la reine ne put s'empêcher de remarquer que tant de hardiesse devait provenir de l'appui de quelque prince étranger ou des grands du royaume *. Là-dessus, elle se reportait amèrement au peu de fidélité que ceux de son Conseil avaient montrée envers le duc de Northumberland et en attendait à peine davantage pour elle-même.
1. Gilles de Noailles, Avis au connétable, 18 juin 1556. Arch, a/f. étr,, t. IV.