Résidence royale située un peu au sud de Greenwich
sonnes encore; néanmoins leurs projets, grâce à Dieu et par sa bonté, se découvraient d'un moment à l'autre pour la conservation de Leurs Majestés et la confusion de leurs ennemis ^ )>
Elisabeth ne fut pas en reste. Elle répondit de HatQeld, où il parait qu'elle était rentrée, et adressa directement à la reine une lettre fort curieuse de préciosité :
« Très-noble reine, quand je repasse dans ma pensée le vieil amour des païens pour leurs princes, et la crainte respectueuse des Romains envers leur Sénat, je ne puis pas m 'empêcher de m'étonner pour ma part et de 'rougir pour d'autres, c'est-à-dire ces hommes, chrétiens de nom, juifs de fait, dont les coeurs rebelles sont remplis de desseins diaboliques contre leur prince, oint du Seigneur. S'ils avaient la crainte de Dieu, alors même qu'ils n'aimeraient pas l'État, la peur du châtiment devrait, cerne semble, refréner en eux la perversité que le sentiment de leur devoir envers Votre Majesté n'aurait pas retenue. Mais je me souviens que le démon, tanquam ko rugîens circumvenit, quxrent quem devorare potest, — tel qu'un lion rugissant, rôde en quête d'une proie à dévorer; — je ne m'étonne plus qu'il ait recruté de semblables novices pour sa maison professe, comme des vases privés de la gr&ce divine, plus dignes de servir dans son palais que d'habiter la terre anglaise. J'ose d'autant mieux les appeler race du démon, que saint Paul a dit : « Sedittosi sunt fiUt diaboU : Les séditieux sont fils du diable, » et, sous la protection d'un si bon bouclier, je crains moins d'entrer en jugement avec eux. J'assure Votre Majesté que ce serait surtout à moi de gémir de telles choses, alors même qu'ils ne se serviraient pas de mon nom; mais mon affliction est grande que le diable me haïsse au point de me mettre pour une part dans ses malicieuses suggestions* Je le déclare, il est mon ennemi (car il est l'ennemi de tout chrétien) ; j'aurais voulu pourtant qu'il inventât quelque autre moyen de me tourmenter.
1. Bumet, t. II. Coll., p. 284, d'après la Bibliothèque Gottonienne.
« Mais, puisqu'il a plu à Dieu de couvrir de honte leur malice *, je le remercie très-humblement, à la fois, de ce qu'il a préservé Votre Majesté, par son aide, comme la brebis sauvée des cornes du taureau de Basan, et de ce qu'il a porté les cœurs de vos sujets affectionnés à résister à ces gens et à vous délivrer pour son honneur et pour leur honte. Cette nouvelle, en me venant de Votre Majesté, mérite de ma part plus d'humbles remerciements que je ne suis capable d'en exprimer avec la plume; je n'essayerai pas d'en faire l'infini dénombrement *. Parmi les choses de ce monde, il en est une que je souhaiterais plus que tout le reste : ce serait qu'il y eût d'aussi bons chirurgiens pour disséquer les cœurs (afin qu'il me fût permis de mettre mes pensées à découvert devant Votre Majesté), qu'il y a d'experts médecins des corps, en état d'expliquer à leurs malades les atteintes intérieures du mal ; car alors, je n'en doute pas, je le sais pertinemment, quelque chose que d'autres vinssent à suggérer par malice, Votre Majesté pourrsdt être sûre de science certaine que plus de tels brouillards s'interposeraient devant la pure clarté de mon âme, plus mes pensées, sondées de cette manière, jetteraient dans l'ombre leur malice cachée.
<( Mais, comme il ne sert de rien de faire des souhaits et que souvent nos désirs sont trompés, il me reste à vous supplier que mes actions tiennent lieu de ce que mes pensées ne peuvent pas manifester et qu'elles ne soient pas mal jugées, puisque les faits ont été examinés si soigneusement. Et de même que j'ai été votre fidèle sujette depuis le commencement de votre règne, de même nul, si mauvais qu'il soit, ne saura me changer