M., ibid
6. Au moins, c'est ce que dit François de Noailles, évêque de Dacqs'
désirait ardemment et sollicitait la permission de faire un séjour à Londres ^ La reine la manda, en effet, pour passer rhiver près d*eUe '. Elle partit de Hatfield, accompagnée de ses gentilshommes et de ses serviteurs à cheval, au nombre de plus de deux cents, à sa livrée, en tenue somptueuse. Ellle traversa Londres jusqu'à sa maison de Somerset-place, saluée par réclatante joie que le peuple de la capitale tenait toujours toute prête pour elle (28 novembre 1556). Toutefois aucun des seigneurs de la cour n'osa se joindre au cortège; mais bientôt ils se présentèrent en foule chez elle. Trois jours après, elle fit visite à la reine, dont l'accueil fut plein de grâce et de familiarité. Pour comble de bienveillance, le cardinal Pôle alla la voir, lui qui, l'année précédente, à Greenwich, où ils étaient logés porte à porte un mois durant, ne l'avait pas visitée une seule fois *.
Les politiques, la curiosité en haleine, se demandaient si ce voyage était pur agrément, ou bien s'il n'y avait pas, au moins du côté de la reine, quelque affaire sous jeu, un projet de mariage y c'est-à-dire d'exil de sa sœur sur le continent. L'évèque de Dacqs, à l'affût, aurait souhaité de savoir d'Elisabeth si sa patience était à bout et si elle nourrissait quelque
{de Dax), Avis au Roy^ 19 novembre 1556 ; Arch, aff, étr,, t. IV, p. 182. Antoine de Noailles, Talné de la famille, ambassadeur près Marie, avait dû quitter rAngleterre^ devenue intenable pour lui, à la suite de ses intrigues, juin i556. Henri II désigna pour le remplacer le second des Noailles, François, appelé le protonotaire de Noailles , et qui plusieurs fois déjà était allé à Londres seconder son aîné. Mais le roi préféra remployer d'abord dans une mission à Rome, et, pendant ce temps, Gilles, le troisième des Noailles, fut chargé de Tintérim» qu'il remiûit de juin à octobre 1556. Enfin François, de retour près du roi, qui le nomma évêque de Dax, passa en Angleterre. Sa lettre de créance est du 20 octobre 1556. Dès ce moment, il fut Tambassadeur en titre, jusqu'à la mptnre entre Marie et Henri H, le 7 juin 1557.
1. Giov. Michieli au doge, 1*' décembre 1556. Friedmann, p. 273.
2. L'évoque de Dacqs, Avis au Hoy^ 19 novembre 1556. Archiv, aff* étr,t i. IV, p. 182.
3. Ces détails sont tirés de la lettre de Giov. Michieli déjà citée, !«' décembre 1556.
dessein pour Tété suivant ^ Mais elle était surveillée de si près, qu'il craignit, en cas de découverte (comme il est aisé, dit-il, parmi ces gens qui ne savent rien celer), de perdre tout moyen d'entreprendre là et ailleurs ; et il aima mieux attendre que Dieu lui donnât meilleure commodité : telles sont ses expressions '.
Au milieu des préoccupations des uns et des autres et des intrigues à machiner, le séjour d'Elisabeth à Londres prît fin brusquement. Loin d'y célébrer les fêtes de Noël, comme elle s'en flattait, elle fut obligée de regagner Hatfield dès le 3 décembre (1556), ayant pour escorte les archers et les gentilshommes qui étaient ordinairement autour d'elle par commandement exprès de la reine ^, appareU qui sentait encore la captivité.
C'est qu'eUe avait déplu de nouveau par sa persistance à repousser les ouvertures de mariage, dont le roi persistait à la harceler. Le candidat était le même, le duc de Savoie, Philibert-Emmanuel. Ce prince, à la suite de son voyage un peu ridicule à Londres en décembre-janvier 1554-1555, avait paru tourner ses vues vers la duchesse douairière de Lorraine, Christine d'Oldenbourg, nièce de l'Empereur * ; et, d'autre part, on avait paru aussi méditer des arrangements différents pour
1. « J'eusse tenté de faire parler à elle pendant le séjour qu*elle fit en ce lieu, pour sçavoir sur quel poinct elle est de sa patience, et si eUe nourrit quelque desseing pour Testé à venir. » Lettre et Discours au Roy, 15 décembre 1556. Ârchiv, aff. étr,, t. IV, p. 206.