Id., ibid
épiée de la renverser. Et toujours Elisabeth, qu'elle le sût ou non, qu'elle le voulût ou non, était une machine de guerre entre les mains des ennemis de sa sœur, tandis qu'en même temps et de la même manière , tellement sa position était critique, elle se trouvait Tune des plus importantes parmi les unités de la politique de son beau-frère.
Le printemps de Tannée 1557 s'ouvrit pour elle par une nouvelle lutte. Le roi d'Espagne sembla décidé à faire triompher définitivement la candidature d'Emmanuel-Philibert. Supposant de la nonchalance et même du mauvais vouloir chez sa femme, il prit un ton impérieux et amer, si nous en jugeons par la réponse profondément triste qu'il reçut d'elle *. Elle le prie de désigner une ou plusieurs personnes pour communiquer avec elle sur cette affaire; eUe les écoutera, dit-elle, de bon cœur, sincèrement, quelles qu'elles soient *. Elle rappelle à son mari que déjà elle lui a offert de consentir, à condition d'obtenir le consentement du royaume, sans lequel rien d'utile ne peut se faire. Qu'on l'obtienne : alors elle affirme, sur sa fidélité, qu'on ne la trouvera ni obstinée ni déraisonnable ; mais, puisqu'il lui écrit que si le Parlement ne consent pas, c'est à eUe qu'il en imputera la faute, elle le supplie en toute humilité de différer
1. Sans date. La minute autographe de la réponse de Marie existe au British Muséum, où nous l'avons consultée (Mss. Gotton. Titus, B, 2, n^ 57).
2. A cet endroit, elle avait écrit et barré ensuite que la conscience qu'elle se faisait (de consentir à marier Elisabeth), elle se la faisait depuis vingt-quatre ans (c'estrà-dire depuis la naissance d'Elisabeth, en 1533). Plus loin, à un autre endroit qu'elle a supprimé également, elle dit qu'il lui est impossible de changer en si peu de temps la direction qu'elle a donnée à sa conscience pendant vingt-quatre ans. D'où nous concluons que M. Froude a tort de placer cette lettre en décembre 1555 ; qu'elle doit être de 1557 et du commencement de cette année, parce que, de plus, il y est fait mention : i* du voyage prochain du roi en Angleterre, voyage qui eut lieu en effet dans la seconde moitié de mars ; 2" de la présence obligée du duc de Savoie à l'armée. Or, à la fin de 1555, Charles-Quint abdiquait ; son fils désirait la paix. Il conclut la trêve de VauceUes avec la France le 5 février 1556. Le duc de ^avoie n'avait rien à faire à l'armée à ce moment, tandis qu'au printemps de 1557 la rupture de la trêve par Henri II rallumait la guerre.
cette affaire jusqu'à son retour en Angleterre. Il jugera par luimême si elle est coupable ou non. Autrement, elle le croira détaché d'elle, chose pire que la mort et dont elle n'a déjà commencé que trop à faire l'épreuve *. D'ailleurs, à un moment où la guerre appelle le duc de Savoie à l'armée, et où d'autre part le Conseil et la noblesse d'Angleterre ne sont pas représentés en nombre auprès du roi, elle ne voit pas comment on s'y prendrait pour parvenir à une solution dont sa conscience fût satisfaite. Il faut donc que Philippe se rende de sa personne en Angleterre : « L'affaire ne viendra à la fin que Votre Haultesse le vouldroyt avoyr sans vostre présence. (C'est) Pourquoy, monseigneur, en si humble aorte comme il est possible, pour moy estant vostre très-loyalle et très-obéyssante femme (ce que je me confesse justement obligée d'estre et en mon opinion plus que touttes aultres femmes, ayant tel mary comme Votre Haultesse est, sans parler de la multitude de vos royaulmes, car cela n'est pas ma principale fondacion), je supplie Votre Haultesse que nous deux cependant prions à Dieu et mectons notre firme confidence en luy, que nous viverons, et encontrerons ensemble, et ce mesme Dieu, lequel a la conduitte des cueurs des roys en sa mayn, sans faute, j 'espoir, nous illuminera en telle sorte que la
1. « Mais, veu que Votre Hautesse escript en ses dictes lettres que si ung Parlament iroyt au contraire, ycelle en imputeroyt la coulpe en moy, je supplie en toute humilité Votre Hautesse de différer cest affaire jusques à vostre retour, et doncques Votre Hautesse sera juge sy je seray coulpaple ou non, car aultrement je yinray en jalousie de Votre Hautesse, laquelle sera pire à moy que mort, car je ant ay commencé desia den taster trop à mon grand regret. » M. Fronde reniarque diverses corrections faites au cours de cette lettre par Marie, pour mieux témoigner du respect qu'elle porte au roi : au lieu de demander license de Votre Haultesse y elle substitue supplier très-humblement; au lieu à' obéissante ^ très-obéissante. Elle se plaint des moines que Philippe a laissés près d'elle et qui, au lieu de Féclairer, semblent prendre plaisir à la troubler ; par exemple, ils lui demandent qui était roi au temps d'Adam ; elle est obligée, disent-ils, de faire ce mariage par un article de son Credo ; mais ils ne lui expliquent pas lequel. — Sur cette seconde question, elle aurait pu à la rigueur comprendre que, catholique, on lui faisait un devoir de marier sa sœur à un prince catholique. Mais elle était fort excusable de ne rien entendre à la première.
fm tendra à sa gloire et vostre contentacion. Supliant Votre Haultesse pardonner ma présumpcion de la bonté de Dieu en cest endroict, car combien que je ne lay poinct mérité, néantmoins je laybîen expérimenté oultre l'expectacion quasi de tout le monde *, et jay le mesme espoir en luy que je souloy avoyr. »
Ce langage, s'il était soumis et tendre, ne manquait ni de raison ni de fermeté. Marie, connaissant mieux que Philippe le caractère national, sentait à la fois Timpossibilité de marier Elisabeth hors du royaume sans Tavis conforme du Parlement, et l'impossibilité à peu près certaine d'arracher un vote favorable, surtout si, destituée d'appui, et son autorité affaiblie déjà, elle n'avait pas son mari à ses côtés.
Nouveau souci : la guerre entre la France et l'Autriche , assoupie à grand'peine par la trêve de Vaucelles, se rallumait. Henri II n'avait signé ce compromis qu'avec l'intention de ne pas l'observer. Déjà en effet, dès l'automne de 1555, il avait, à la suggestion des Guises, contracté une alliance avec le pape Paul IV pour conquérir en commun sur les Espagnols et se partager le royaume de Naples. Il rompit la trêve, effectivement, dès le 5 janvier 1557; elle n'avait pas duré un an. — Le duc de Guise prit le chemin de l'Italie, où il n'était pas appelé à faire grand exploit. La France allait encore une fois égarer au loin de stériles efforts et s'épuiser pour des alliés faibles et incertains, au lieu de concentrer ses ressources et ses coups sur sa frontière du nord *.