‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 117 sur 133 · Au delà des prévisions du monde · texte numérisé non relu

Au delà des prévisions du monde

' 2. Nous ne résistons pas au désir de faire une digression en citant une page de Tévêque de Dax sur les erreurs de la politique française en Italie. Il regrette la rupture de la trêve et l'expédition de Naples. Son langage n*est pas vrai seulement du ivi» siècle : « ... Ce qui m'en faict le plus douloir est que le fruict de toutes nos guerres revient tousjours au profict de ceulz qui sont Tinstrument de nostre perturbation, lesquels nous sçavent très-bien allescher d'une vaine espérance de Milan ou de Naples, et toutesfois il n'y a gens au monde qui fussent plus jaloux de nous y veoir que ceulx-là mesmes qui font semblant de nous tendre la main pour nous y mettre, dont encores que nous en ayons infinis exemples et anciens et modernes, si est-ce que nous prenons plaisir d'en aller forger de

Marie, lassée des machinations de Henri II, qui ne lui laissaient pas de repos, et désirant de toute la puissance de son âme plaire à son époux, le ramener près d'elle, voulait prendre parti pour lui. Mais le Conseil privé s'y opposait, en alléguant l'extrême pauvreté de la couronne, la cherté des subsistances à la suite d'une mauvaise récolte, la crainte d'exaspérer les réformés par une communauté si étroite avec l'Espagne, le contrat de mariage, aux termes duquel Philippe avait promis de ne pas engager l'Angleterre dans ses querelles personnelles. Ce que les lords ne disaient pas, mais ce qui était présent à tous les esprits, c'est que si Philippe était victorieux, les Anglais se sentiraient les premiers de Vinsolence de sa victoire, encore qu'ils en fussent les instruments principaux ; et, si la guerre tournait mal, l'Angleterre en souffrirait nécessairement *. La reine était au désespoir de cette reprise des hostilités, qui allait, pensait-elle, retenir encore son mari loin d'elle. L'absence prolongée de Philippe la rongeait ; elle souhaitait son retour avec une ardeur tournée en une sorte de dérangement d'esprit. Mais précisément la guerre le lui ramena : n'avait-il pas à entraîner l'Angleterre de son côté *? Cette campagne de diplomatie et le mariage d'Elisabeth

tous Douveaux, et n^est possible que les ruynes de nos prédécesseurs nous puissent faire prévoir et cognoistre nostre malheur, tant nous sommes aises que les estraugers facent leurs moissons de nostre sottize

et ignorance Mais le pis que je y trouve est qu'ils sont si diligents,

qu'il Yoyent tousjours la fin de leurs desseings avant que nous ayons commencé d'enfiler les nostres, puis laissent la partie là, ou ils la remettent, et cependant ledict seigneur (le roi de France) paye les esteufs. » Lettre à Bassefontaine, 29 décembre 1356. Arch, aif. éir., t. IV, p. 233, 234.

1. L'évêque de Dacqs au roi, 19 janvier 1557. Il termine par ces mots : « Voilà, sire, la peyne en laquelle se trouvent les plus sages de ce pays, laquelle Dieu leur veuille aussy longuement continuer qu'elle sera utile pour la prospérité de vos affaires. » Arch, aff. étr., t. IV, p. 248.

2. Cependant nous ne dirigerons pas ici contre Philippe II le reproche généralement admis de froideur, de négligence systématique envers sa femme. Sa conduite en Angleterre n'y prête pas. Une fois sur le continent, on peut comprendre que l'importance de ses affaires après l'abdication de son père, et sa lenteur à se décider^ prolongeassent son absence. Au reste, il n'était pas encore le roi sombre et renfermé qu'il devint plus tard. Le mardi gras de 1557, il courut en masque les rues de Bruxelles,

avec le duc de Savoie, telles étaient ses deux grandes affaires à la cour britannique. Il arriva à Greenwich le 20 mars 1557, après une absence de dix-neuf mois. D'abord , les choses ne s'annoncèrent pas favorablement pour ses desseins. Le GonseU repoussa toute immixtion dans la guerre contre la France. Quant à Elisabeth, pour porter plus sûrement la persuasion dans son cœur, il s'était fait accompagner ou peut-être précéder des duchesses de Parme et de Lorraine, ses cousines, gracieux ornements de la maison impériale *. L'évêque de Dacqs, sur la recommandation du connétable, instruisit Elisabeth, par la marquise de Northampton, que l'on avait dessein de l'emmener en Flandre et de l'y marier avec le duc de Savoie. Elle lui fît répondre, en le remerciant , qu'elle serait morte avant que ni Tune ni l'autre chose s'accomplît •. Elle refusa la visite des deux duchesses, qui perdirent leurs peines. D'ailleurs, se jalousant Tune l'autre, mal vues de la reine, qui, à tort ou à raison, en était jalouse pour son propre compte, elles quittèrent bientôt Londres ; et il en résulta que la surveillance exercée sur Elisabeth se relâcha sensiblement 3.

avec le duc de Brunswick, et même fut malade pour « avoir mangé de nuit quelque viande contraire ». (L'évêque de Dacqs au Connétable, 8 mars 1557. Arch, aff. étr,, t. IV, p. 317). Marie ne se rendit jamais compte que son mari pouvait avoir affaire sur le continent à titre du roi d'Espagne.

1. Le Connétable à l'évêque de Dacqs, 8 avril 1557. Arch, a/f. étr., t. IV, p. 349.

2. L'évoque de Dax au Connétable, 28 avril 1557. Arch. aff, étr., t. IV, p. 365.

3. L'ambassadeur français rapporte que Marie voyait de mauvais œil les promenades que le roi faisait eîi cape avec ses parentes aux environs de Londres, « sous ombre d'aller tirer de la harquebutle. » La duchesse de Lorraine étalait à Londres un luxe extraordinaire, dont on prétendait que Philippe faisait les frais. Elle repartit le 8 mai. La duchesse de Parme

J'avait devancée le 29 avril. L'évêque de Dacqs au Connétable, 10 avril; à Bourdin, 6 mai; au roi, 8 mai 1557. Arch. aff. étr.y p. 355, 386, 394.

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