‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 12 sur 133 · L*INTRIGUE DE THOMAS SEYMOUR · texte numérisé non relu

L*INTRIGUE DE THOMAS SEYMOUR

que la lecture vous fatigue. Gheston, ce samedi. De Votre Altesse rhumble fille, Elisabeth ^ »

Elles échangèrent ainsi une correspondance toute en amitié^ à laquelle le lord amiral fut admis à prendre part. On a gardé ce billet d'Elisabeth à Tamiral qui s'était excusé de n'avoir pas pu lui rendre un petit service : « Milord, vous n'aviez pas besoin de vous excuser; car, si vous n'avez pas rempli votre promesse, je ne saurais m'en prendre à aucun manque de bonne volonté de votre part, mais seulement à ce que l'occasion ne vous a pas servL Je désire bien que vous pensiez que^ se fùt-il agi d'une chose plus importante, je ne vous taxerais pas encore de désobligeance, car je ne suis pas de ces amis qu'on gagne ou qu'on perd pour une bagatelle. Sur ce, je vous remets, vous et vos affaires, entre les mains de Dieu; qu'il vous garde de tout mal! Je vous prie de faire mes humbles salutations à Son Altesse la reine. — Votre amie constante selon mon petit pouvoir 2. )>

1. Tytler, England under.,,, t. I, p. 70. Miss Agnès Strickland,£/iz.,p. 25-

2. Miss Agnès Strickland, Elizabeth^ p. 26. Le même auteur reproduit, dans la biographie de Catherine Pair (Vies des reines d'Angleterre, Lives of the Queens ofEngland^ p. 456), cette lettre d'Elisabeth à Gath. Parr, du 31 juillet 1548, un mois avant les couches de cette reine : « Bien que les lettres de Votre Altesse soient ma joie dans Tabsonce, cependant, lorsque je songe quelle peine vous avez à écrire, étant si souffrante, ce serait bien assez du souvenir que vous m'envoyez dans la lettre de milord (ramiral). Je me réjouis beaucoup pour votre santé que vous vous plaisiez ainsi à la campagne : mes humbles remerciements à Votre Grâce de ce que vous voudriez m'avoir avec vous, jusqu'à ce que je fusse fatiguée de cette campagne. Votre Altesse serait probablement embarrassée, si je ne devais partir que quand je serais fatiguée d'être avec elle : fût-ce le pire endroit du monde, votre présence me le rendrait agréable. Je ne peux pas gronder mUord d« ne m'avoir pas fait vos compliments dans sa lettre, car il n'y manc[ua pas. Il ne s'en serait pas acquitté, que je ne me plaindrais pas encore ; il sera diligent à me donner de temps en temps des nouvelles de son remuant d'enfant. Si j'étais à sa naissance, bien sûr, je voudrais le battre pour le mal qu'il vous donne. M. Denny et milady vous remercient humblement. Ils prient sans cesse pour Votre Grâce, demandant au Dieu toutrpuissant de vous envoyer une heureuse délivrance. Ma maltresse (Catherine Ashley) ne le souhaite pas moins ; elle offre à Votre Altesse ses très-humbles remerciements pour votre bon souvenir. Écrit en grande presse, ce dernier jour de juillet (1548). » — Sir Anthony Denny, dont il est fait mention ici, avait le château de Cheston sous sa garde.

2i ELISABETH CHEZ CATHERINE PARR

Catherine ne se départit point de ses égards pour celle qu'elle exhortait à se perfectionner sans cesse, « car, disait-elle, je crois que le Ciel vous destine à être reine d'Angleterre. »

Vint rheure pourtant, au moment de sortir de la vie, où elle ne put contenir davantage Tamertume amassée dans son cœur. Trois mois après avoir éloigné Elisabeth, se sentant mourir de suites de couches, et tenant son mari par la main : « Milady Tyrwhit, dit-elle en s'adressant à l'une des dames présentes qui l'a rapporté, on ne me traite pas bien, car ceux qui sont autour de moi n'ont pas soin de moi. Ils sont là à rire de mes souffrances , et plus je leur veux de bien, moins ils sont bons pour moi. — Ah! mon cher cœur, répondit lord Seymour, je ne voudrais pas vous chagriner. » Elle lui dit à haute voix : « Non, milord, j'en suis persuadée ; » et, à l'oreille : « Pourtant, milord, vous m'avez fait plus d'une cruelle offense. » Les assistants remarquèrent qu'elle avait sa pleine connaissance, que le son de sa voix était âpre et vif, triste image de l'agitation de son âme * .

Elle expira le surlendemain (5 septembre 1548) et ne fut guère pie urée de l'époux, quoiqu'elle lui léguât tout ce qu'elle possédait. Kate (Catherine) Ashley, gardienne peu sûre d'Elisabeth, à qui, le mariage de la reine à peine célébré, elle avait osé dire que si l'amiral avait été le maître de faire à sa volonté, il l'aurait épousée de préférence, courut lui annoncer que son ancien mari , celui qui lui était destiné à la mort du roi (Henri VIII), était libre de nouveau, et qu'elle pouvait l'avoir, si elle voulait. « Non, » dit Elisabeth, peu désireuse de s'engager témérairement. « J'espère, répliqua mistress Ashley, que vous ne le refuserez pas, si le Protecteur et le Conseil y consentent. — Pourquoi ne pas l'accepter? dit quelqu'un. Est-ce que celui qui a été trouvé digne d'une reine ne pourrait pas vous

1. Haynep, Déposition de lady Tyrwhit, p. 103. Pour les premières paroles de la reine, lady Tyrwliit dit qu'elle les prononça, as I took hyt idylly (idly)f à ce qu'il me sembla dans le délire. Mais, pour les dernières, elle déclare que la malade avait l'esprit très-présent : ske spake with good memory.

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