‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 120 sur 133 · Memorias,„t t. VII, p · texte numérisé non relu

Memorias,„t t. VII, p

3. Leti a donné la réponse supposée d'Elisabeth. Nous ne la reproduisons pas, Leti n'indiquant jamais ses sources.

4. Les extraits de sa correspondance avec le roi se trouvent dans les Memorias de la Real Academia de la Historia, t. VII, p. 254 et suiv., par Tomas Gonzalez.

d'Elisabeth, il s'étendit sur la satisfaction que le roi éprouverait en apprenant que la succession était réglée en faveur de cette princesse : son maître avait toujours désiré qu'il en fût ainsi; même il avait été d*avis que cela se décidât plus tôt, et, en témoignage de ses bonnes dispositions, il avait ordonné au comte d'aller la visiter de sa part, d'agir avec elle comme avec sa bonne sœur, de la servir, de lui rendre tous les bons offices en son pouvoir pour l'aider à entrer en possession de la couronne ; de la garantir enfin du trouble et de l'inquiétude qu'on avait lieu de craindre, d'après les intrigues et les prétentions que certains ennemis du royaume et d'Elisabeth travailr laient à faire prévaloir auprès de la reine ^

La chaleur de ces protestations, d'ailleurs sincères, n'émut point le Conseil, pas plus que l'appât de recouvrer Calais ne lui donna de goût à continuer la guerre, dans l'état d'épuisement et de crise où l'Angleterre se trouvait. Préoccupés peut-être d'eux-mêmes plus que des grandes affaires de l'Ëtat, et de ce qu'Elisabeth allait faire de chacun d'eux, les lords ne prêtèrent à Feria qu'une oreille distraite, comme on écoute, dit-il, le porteur des bulles du feu pape.

Le lendemain, 10 novembre, il se rendit près d'ÉUsabeth ellemême, alors au château de lord Clinton, amiral d'Angleterre, à treize milles de Londres. Leur entretien est très-intéressant. Elisabeth, lorsqu'elle délibérait ou écrivait, était ordinairement circonspecte, dissimulée, énigmatique. Souvent, son langage s'enveloppait d'un voile difficile à percer. Mais, en présence d'un interlocuteur, elle ressemblait à ces combattants qui, d'abord d'intention calmes et maîtres d'eux-mêmes, n'ont pas plus têt senti le fer, qu'ils s'engagent fiévreusement et se découvrent à l'adversaire. Dans la suite, ses ministres s'en plaignirent entre eux et à elle-même plus d'une foiâ ; mais elle oubliait d'abord leurs leçons. Son accueil au comte de Feria fut courtois, moins

i. Memori(u,»,j p. 253. Nous ne trouvons pas dans les extraits de M. Gonzalez rexplication de cette dernière phrase.

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cordial cependant que d*habitade. Après le souper qu^il partagea en tiers avec elle et lady Clinton, le noble Castillan aborda Texposé des bonnes intentions du roi. Il se servait de sa langue maternelle. Comme il y avait là quelques dames ne connaissant pas l'espagnol, Elisabeth le pria de s^xprimer en anglais. « Je serais heureux, répondit-il, que le monde entier pût entendre ce que j'ai à dire. » Elisabeth^ parlant à son tour, manifesta sa vive gratitude de la mission que le comte avait à remplir auprès d'elle ; puis elle ajouta qu'elle était tenue grandement au roi : 1^ parce qu'elle savait que, dans le temps où elle était en prison, il Tavait protégée et favorisée puissamment ; 2® à cause de Tantique amitié qui avait existé sans interruption entre les maisons de Bourgogne et d'Angleterre * ; 3* parce que, tant par le comte que par don Diego de Azevedo et don Alonso de Gordoba, le roi lui avait envoyé l'assurance qu'il lui serait toujours bon ami.

Cette sorte d'expansion enhardit Feria à s'engager plus avant. Il discourut beaucoup pour persuader à son interlocutrice que la déclaration de son droit à la couronne n*était l'œuvre ni de la reine ni du Conseil, mais uniquement du roi. A ces mots malsonnants, elle sentit le feu courir dans ses veines. Sous l'aiguillon de la fierté blessée et, sans doute, sous l'intuition du danger auquel elle exposerait sa future indépendance en acceptant une pareille dette envers un roi étranger, elle qui ne se reconnut jamais l'obligée de qui que ce fût, elle se récria que c'était le peuple, dont les masses étaient tout entières de son côté, qui l'avait portée à la situation où elle était ; elle ne devait rien au roi, rien à la noblesse du royaume, quoique tous les seigneurs lui eussent envoyé promesse de fidélité. Quelle claire notion du fond des choses I Oui, dans le peuple, surtout eelui de Londres, était sa force. Comment Tauraitrelle oublié, lorsque déjà dix

1. On sait que Philippe II descendait, à la troisième génération, de Marie de Bourgogne, flUe unique et héritière de Charles le Téméraire, mort en 1477.

années auparavant, à la Qeur de ses quinze ans, elle préservait si nettement sa popularité contre les manœuvres du duc de Somerset, comme un trésor précieux entre tous ?

Animée par la parole, entraînée en quelque sorte par le sentiment du triomphe imminent et le ressouvenir de ses disgrâces, elle ne prit plus la peine de dissimuler ses griefs contre sa sœur. Elle se mit à les commenter avec force plaintes sur les mauvais traitements dont elle avait été Tobjet. Elle s*irritait aussi qu'on ne lui eût jamais rien donné au delà des trois mille livres assignées pour son entretien S tandis qu'on avait, à sa connaissance, disait elle, prodigué Targent au roi. Feria répondit par des dénégations. Cependant, s'il était vrai que Philippe avait dépensé des sommes énormes en Angleterre, c'était aussi un fait que la reine lui avait donné en une fois sept mille livres et des joyaux de prix pour payer quelques troupes allemandes *.

De là, elle passa en revue les personnages principaux du Conseil et du royaume, sans cacher ses sympathies ni ses antipathies, s'exprimant en termes favorables, peut-être calculés,

1. Henri VIII avait, par testament, assigné une pension de trois mille livres sterling à chacune de ses deux filles. Marie s'en était toujours contentée ; il n'y avait pas de bonne raison pour qu'Elisabeth ne fit pas de même. D'ailleurs tout ce que Marie aurait assigné au delà n'eût servi qu'à grouper autour de sa sœur les mécontents en plus grand nombre. Les Vénitiens nous apprennent qu'il n'y avait pas un noble d'Angleterre qui n'ambitionnât une place pour lui-même, pour im fils ou un parent, au service d'Elisabeth. Elle se débarrassait de ces obsessions rassurantes et flatteuses, mais incommodes, en alléguant sa pauvreté, que l'on ne manquait pas de déplorer à la ronde. A force de se complaire dans ce grief contre l'avarice malveillante de sa sœur, elle finit par y croire.

2. On ne voit pas clairement si cette dernière indication (Memorias..., p. 256) appartient à M. Gonzalez, l'auteur de ces extraits de la correspondance du comte de Feria, ou à la correspondance elle-même. Quelques écrivains l'ont placée dans la bouche de l'envoyé castillan , et même n'ayant pas lu sans doute le passage jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'aux troupes allemandes, ils ont cru que Feria répliquait à Elisabeth que c'était elle qui avait reçu les sept mille livres d'extraordinaire et les bijoux. M. Jos. Stevenson avait soupçonné, d'après les chiifres un peu élevés de la dépense de Marie, à certaines époques où elle vivait avec la plus stricte simplicité, que les paroles d'Elisabeth n'étaient pas dépourvues de fondement {Calendar foreign^ Élizabeth, t. II, préf., p. xvi et note).

sur le chancelier Heath, archevêque d'York. Son langage fnt particulièrement bienveillant, d*après des motifs divers, pour Paget, Petre, Mason, le D' Wolton, Clinton, William Howard, lequel, dit le comte, recevra honneur et récompense, pour lord Grey et le comte de Sussex, qu'elle estimait en qualité de vaillants soldats. Elle parla avec un rire moqueur des prétentions du comte d'Arundel à sa main. Puis la contre-partie du tableau : comment elle était peu satisfaite du comte de Pembroke et de Tévéque d'Ëly ; très-mécontente du grand chambellan et du trésorier. Mais, surtout, elle donna carrière à sa rancune contre le cardinal Pôle; il ne l'avait jamais envoyé visiter, ni ne lui avait jamais rien fait dire ; et elle raconta les ennuis dont il l'avait abreuvée. Feria essaya de la calmer, sans faire semblant qu'il voulût défendre le cardinal. 11 lui représenta en termes généraux qu'il importait à l'intérêt de son service, du bon gouvernement et de l'établissement de ses affaires, de ne pas montrer d'esprit de vengeance ni de colère contre personne ; que, pour les choses de religion, rien ne serait plus fâcheux que de manifester de tels sentiments, parce que tous espéraient en elle une femme pleine de bonté et une princesse catholique; et que, si elle abandonnait Dieu, Dieu et les hommes l'abandonneraient. Elisabeth se contenta de répliquer qu'elle voulait seulement que tels membres du Conseil connussent qu'ils avaient mal agi envers elle; d'ailleurs, elle leur pardonnait *.

Il fut question aussi de la peine que le roi s'était donnée pour la marier avec le duc de Savoie ; mais elle savait, dit-elle, que la reine avait perdu l'affection du royaume pour avoir épousé un étranger. Parole à retenir. Le comte répondit sur cet article assez froidement et en termes généraux *.

i, Memorias.*,, p. 255, 256.

2. Il s'en entretint ensuite avec lord Paget en termes plus catégoriques. Mais celui-ci dit qu'il ne comptait pas se mêler de marier Elisabeth ; U avait fait le mariage de la reine Marie avec le roi, et la chose avait mal tourné. Le comte répondit que, bien qnll n'eût pas apporté en Angleterre l'ordre d*aborder une telle question» il n'y avait pas de doute qu'elle ne se poeAt^

Cependant, malgré Tabondance et le laisser-aller de ces propos familiers, rambassadeur s'aperçut aisément qu'ils n'étaient pas sans réticence. Certains noms, que tout le monde prononçait, ne sortirent pas des lèvres d'Elisabeth : c'étaient ceux des hommes à qui elle voulait le plus de bien. Mais leur participation aux complots des cinq dernières années, ou bien le soupçon d'hérésie les avait compromis, comme le comte de Bedfbrd, Throgmorton, Pierre Carew, sir John Harrington, homme entendu, mais abominable % dit Feria; et sir William Cecil. C'était lui, disait-on au comte, qu'elle destinait au poste de secrétaire d'État; il était plein d'intelligence et de capacité, mais entaché d'hérésie. Ce mot d'hérésie résonne sans cesse sous la plume de Feria, à propos d'Elisabeth. Hérétiques également, les femmes dont elle s'entourait de préférence. Hérétiques, traîtres, il n'y en avait pas un, dans tout le royaume, qui ne surgit comme du tombeau pour venir à elle, transporté de joie K

A l'attitude de cette princesse, il comprit clairement qu'elle

si la reine Tenait à mourir {Memorias, p. 256, 257). Elle se posa en effet, aussitôt la reine expirée. On comprend que Philippe tint à garder TAngleterre dans ses intérêts. Mais, suivant son caractère, il hésita et ne dessina pas sa pensée, tellement qu'aujourd'hui même on pourrait se demander si d'abord il ne lui était pas indifférent que ce fût lui, ou son cousin l'archiduc d'Autriche, que la nouTelle reine préférât. Il ordonna cependant à son représentant à Londres de sonder le terrain et d'y mettre la plus grande prudence, tant il redoutait l'impopularité attachée à son nom. Feria et ses agents, entre autres finesses pour ouvrir la voie aux pourparlers, imaginèrent de faire croire à la reine Elisabeth et à ses ministres que le motif pour lequel la feue reine l'avait maltraitée, c'est qa*elle était jalouse de son mari, s'étant aperçue qu'il avait pour sa beUesœur de tout autres yeux que pour elle-même. Philippe désapprouva cet artifice et prescrivit de se borner au motif que les intérêts des deux puissances conseillaient le mariage {Memorias,,., t. VII, p. 259, 260). Il est très-probable que nous tenons ici l'origine première de l'histoire si répandue et si fausse de la passion de Philippe II pour Elisabeth, du vivant de Marie. Il faut avouer que de tels parrains devaient lui procurer créance; seuls, les piliers authentiques pouvaient la détruire. Ceci se passa, bien entendu, après la mort de Marie.

i. Endiabiado,

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