‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 123 sur 133 · Froude, t. Vï, p · texte numérisé non relu

Froude, t. Vï, p

2. Advis d'Angleterre portés par M. Claude^ sans date. Arch. aff, étr., Angleterre, 1559-1560, t. IV, fol. 5, v». Originaux. Pôle mourut le même jour que Marie, douze heures après elle.

Hatfield, jusque-là demi-prison, sous la surveillance d'un pouvoir adouci maintenant , mais toujours prêt à s'alarmer , avait pris en quelques heures Taspect du palais et regorgeait de courtisans *. C'étaient les premières clartés de ce jour tant désiré, jour d'affranchissement et de revanche, où, gravissant en sûreté les marches du trône, dont Tappàt avait failli lui coûter si cher, elle allait s'épanouir enfin dans la possession magnifique du rang suprême. Pourtant elle ne put se défendre de penser à celle qui, reine encore, déjà ne comptait plus aux yeux des hommes, parce qu'elle se mourait; elle entrevit ce lit solitaire, cette chamhre où quelques rares serviteurs, subissant peut-être à regret les devoirs d'une fidélité importune, assistaient la souveraine expirante. Elle frémit; car, avec la force et la portée de son esprit, elle sentit la profondeur d'une telle leçon. Le même tableau d'isolement à son heure suprême, d'hypocrisie chez de faux amis épiant son dernier soufSe, d'empressement joyeux autour de l'héritier impatient , se déroula

1. Les mêmes Advis dea NoaiUes parlent de cinq à six mille personnes, fol. 6, V».

devant ses yeux. Dans la suite, il revint plus d'une fois l'épouvanter au milieu de sa gloire comme un fantôme ^

L'art semble avoir résumé en une page ce prologue d'un règne éclatant, cette Jeunesse cfÉUsabeth, dont nous achevons ici Thistoire. Parmi les portraits des personnages historiques qui jettent un vif intérêt sur les galeries de Hampton Court, lien est un dans lequel un peintre du xvi" siècle, Lucas de Heere, parait avoir voulu exprimer les émotions poignantes où se consumèrent les vingt-cinq premières années d'Elisabeth ^. Au sein d'une forêt solitaire, sous un arbre chargé de fruits, autour duquel voltigent des oiseaux d'un riche plumage, une grande jeune fille s'avance de face, par un mouvement à la fois \if et retenu. Elle porte une robe de soie blanche, dont les dessins représentent des fleurs et des oiseaux. Sa coifi'ure consiste en un haut bonnet blanc, de forme conique à la mode persane, orné d'œils de paon, et d'où tombe à gauche un long voile noir. Des rangs

de perles (à ce bijou, reconnaissons Elisabeth) s'enroulent au poignet droit; une chaussure bleu de ciel, ruisselante de perles, vient coquettement provoquer le regard (Elisabeth aimait qu'on admirât la finesse de son pied, comme celle de sa main) : le tout, dit costume de fantaisie ', très-singulier en effet pour la scène agreste où il figure.

1. Lorsqu'à son tour yint le moment où on la pressa de désigner son héritier, elle dit qu'eUe ne voulait pas suivre l'exemple de sa sœur, et envoyer à son successeur tout ce monde qui était venu lui faire visite à Hatfleld. (Miss Agnès Strickland, EUzabeth,)

2. Ce tableau, attribué précédemment à Tltalien Federigo Zucchero (1543-1616), qui vint en Angleterre en 1574 et y séjourna peu de temps, est considéré, dans le Catalogue actuel, comme Toeuvre certaine de Lucas de Heere, de Técole ûamande. Cet artiste, natif de Gand (1534-158i), fit en Angleterre le portrait d'un grand nombre de personnages, parmi lesquels on cite Jane Grey, Henri Damley, qui fut Tépoux de Marie Stuart, etc. Rangé d'abord sous le n« 299, le portrait d'Elisabeth a reçu le n** 349 dans le dernier classement du musée de Hampton Court. Il est à remarquer que cette œuvre très-originale est en quelque sorte inédite, n'ayant été reproduite ni par la gravure ni par la photographie.

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