In a fancy dress
Cette jeune femme, égarée ainsi dans la campagne sous un attirail bizarre, penchée aux écoutes, Toeil fixe et brillant, avisé et inquiet, fouille l'espace devant elle, comme si elle interrogeait le mystère de Tavenir. Sa main droite s'abaisse doucement sur un cerf qu'elle couronne de fleurs; l'animal, docile à ses caresses, baisse la tète en pleurant. Des devises, respirant la tristesse et la plainte contre l'injustice , se lisent sur le tronc de l'arbre *. Mais ce qui achève de fixer le sens du tableau, c'est une élégie inscrite sur une sorte d'écusson qui en occupe la partie inférieure. Elle a été attribuée à Spenser; toutefois on s'accorde à la regarder comme l'œuvre d'Elisabeth elle-même. Sans doute cette princesse n'en aurait pas désavoué le style prétentieux et obscur :
« L'inquiète hirondelle est l'image de mon inquiet esprit, en butte à 1 injustice toujours renaissante, toujours renouvelée; sa juste plainte sur l'inhumaine cruauté est toute la musique qui accompagne ma vie. Morne est ma pensée en couronnant mon cerf qui pleure, lui dont les tristes larmes expriment mon souci. Ses pleurs silencieux et mes soupirs inconnus, voilà les seuls remèdes qui soulagent mes maux. Tout mon espoir était dans ce bel arbre; je le plantai avec amour; je l'élevai avec sollicitude : vains efforts, car maintenant, je le vois trop tard, les coques seront pour moi, les amandes pour autrui. Que ma musique soit donc la plainte; mon remède, les larmes; si c'est là tout le fruit que doit porter l'arbre que j'aime *I »
i. Ces devises ou mottoes^ dont le goût était très-répanda alors, soDt de haut en bas : Injusti justa querela. — Mea sic mihi, — Dolor est medicina ad tori, — Jusqu'ici, elles sont restées inexpliquées.