‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 16 sur 133 · Haynes, Ujid,^ p · texte numérisé non relu

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ne travaillait qu'à perdre son frère, de faire la cour à la duchesse de Somerset. La lionne Tudor bondit. « J'ose dire, s'écria-t-elle devant Parr}^ porteur du conseil, qu'il n'a pas dit cela, et ne le dirait jamais! — Mais si, par ma foi, répondit l'intendant. — Eh bien, répliqua-t-elle, je ne le ferai pas; dites-lui! Par ma foi, je n'y veux pas aller, ni commencer aujourd'hui à flatter *. »

Cependant le jeu était dangereux : songer à un mariage sans l'autorisation du roi, c'est-à-dire du Protecteur et du Conseil, c'était tomber dans l'un des très-nombreux cas de haute trahison, édictés par les lois ; mais d'espérer leur consentement, c'était s'attaquer à l'impossible. L'intrigue s'ébruitait. On disait dans le public que l'amiral aspirait à la main de l'une des filles du feu roi, Marie ou Elisabeth. Le prétendant, à mesure que le moment où il faudrait sortir du vague des coquetteries semblait approcher, sentait faiblir son assurance. Un jour que Parry lui exprimait de la part de Mrs. Ashley combien elle désirait cette union : 4( Oh ! répondit-il, cela ne sera pas. Mon frère n'y consentira jamais. » Et il murmura, comme se parlant à lui-même : « On me tient de près *. » Effectivement, la défiance du Protecteur était en éveil. Le vieux Russell, lord du sceau privé, avertit Seymour des rumeurs qui couraient et de sa perte certaine, s'il entreprenait d'épouser l'une des filles de Henri VIIL Seymour fit l'ignorant et traita tout cela de contes. Mais quelques jours après , allant ensemble au Parlement : « Père Russell , dit-il familièrement, vous êtes bien défiant à mon égard ; dites-moi donc qui vous a parlé du mariage auquel je penserais et dont vous m'avez entretenu l'autre jour? m Le lord du sceau privé refusa de nommer personne. L'amiral, qui sans doute aurait voulu savoir si ces avis inquiétants n'émanaient pas du Protecteur, se découvrit un peu plus, en disant « que les deux princesses étaient en âge, que mieux valait qu'elles se mariassent à l'inté-

t . llaynes, Confession de Thomas Parry, p. 95. 2. Haynes, ibid.^ p. 98

l'intrigue de THOMAS SEYMOUR 2^

rieur du royaume plutôt qu'à Tétranger; pourquoi donc ne pourrait-il pas, lui ou un autre de ceux à qui songeait le roi leur père, épouser Tune d'elles * ?» Le lord du sceau privé lui réitéra la déclaration que quiconque y prétendrait ne parviendrait qu'à se perdre sans ressource. Un bizarre débat s'éleva ensuite entre les deux interlocuteurs sur la question d'argent. « Je vous prie, milord, dit Russell, qu'aurez-vous avec l'une ou l'autre? — Celui qui épousera l'une des deux aura un revenu de trois mille livres. — Non pas, milord, répondit Russell. Soyez sûr qu'il n'aura pas plus de dix mille livres en argent comptant, vaisselle, meubles, et pas de terres. Et qu'est-ce que cela pour soutenir les charges et le rang d'un tel mariage? — Elles auront de plus un revenu annuel de trois mille livres, repartit Seymour. — Par Dieu, cela ne se peut pas, dit l'autre en s'animant. — Par Dieu, s'écria Seymour, piqué au jeu, pas un de vous n'osera s'y opposer. — Par Dieu, ce sera moi, car c'est tout à fait contre le testament du roi. » Une autre fois, en se rendant encore ensemble au Parlement, l'amiral ne put s'empêcher de le braver : « Que diriez- vous, milord du sceau privé, si je montais au-dessus de vous, bientôt ? » Russell répondit qu'il serait enchanté de son élévation ; mais que de le voir monter au-dessus de lui, cela ne l'inquiétait guère ^.

Ce singulier conspirateur aimait trop à se vanter de ce qu'il allait faire. Rencontrant sir George Blagge, ancien gentilhomme de la chambre de Henri VIII : « Voici, s'écria-t-il, une affaire qui va vous venir, mes maîtres de la Chambre basse, et bientôt. » En même temps, il agitait un papier qu'il avait à la main ; et il expliqua que c'était une requête pour qu'il fût mieux pourvu à la personne du roi, tenu de si près par le Protecteur, que nul ne pouvait le voir, etc. « Mais, demanda sir Blagge, qui intro-

1. Plusieurs témoignages portent que Henri VIII aurait eu en effet desvues sur Thomas Seymour. Joseph Stevenson, Calendar for,, 1558-1559^ p. zxxn, xxxin, note ; Haynes, Confession de Thomas Parry, p. 96.

2. Tytler, England, etc., t. I, p. {42-143, dépositions de lord Russell.

duira cela à la Chambre? — Moi, dit Tamiral. — Alors, vous ne comptez pas conserver plus longtemps Tamitié de votre frère, si vous y allez par ce chemin. — Bon, cela m'est égal ; je ne ferai rien que je ne sois en état de soutenir. » Aux objections sur les dangers auxquels il s'exposerait, à l'éventualité d'une arrestation par ordre du Protecteur, il répondit : « Non ; par la précieuse âme de Dieu, il ne me fera pas arrêter. Non, non ; je vous le garantis. — Mais s'il le fait, dit Blagge, comment vous en tirerez-vous? — Bon ; quant à cela, je ne m'en inquiète pas. Qui donc me mettrait en prison? — Mais votre frère. — Et par quel moyen ? — ^Mais très-facilement : vous mander et vous retenir; et, je vous prie, qui l'en empêchera? » Seymour, impatienté de la persistance de son interlocuteur à lui réitérer cette question, répétait à satiété : « Ne vous en inquiétez pas *. » Langage de l'homme irréfléchi et aveuglé, qui court au-devant de son mauvais destin. Gela ne tarda guère.

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