VI PRÉFACE
naissance consomme la rupture de l'Angleterre avec rÉglise romaine. Bientôt le sang de sa mère, mise à mort par le roi, rejaillit jusqu'à son berceau, en stigmates de bâtardise. Elle respire à l'avènement de son jeune frère Edouard YI; mais, sur ses quinze ans, elle prête l'oreille aux propos galants de Thomas Seymour, l'un des seigneurs qui se disputaient le pouvoir avec furie. Cette légèreté de jeune fille sert, entre autres prétextes, au propre frère de Thomas, le duc de Somerset, pour faire tomber la tête de celui-ci sous la hache du bourreau. Elle-même voit sa conduite livrée aune enquête aussi dangereuse qu'humiliante. Elle se réfugie alors dans l'étude et la retraite.
Sous le règne de sa sœur Marie Tudor , elle ne fait que changer d'anxiétés et de luttes. Contrainte de passer de la religion protestante, où elle a été élevée, à la religion catholique, restaurée par sa sœur, son nom devient bon gré mal gré le drapeau de tous les mécontents et des conspirateurs. Elle est gravement compromise dans l'insurrection de Thomas Wyatt, où les rebelles ne se proposaient rien moins que de la mettre sur le trône à la place de Marie, dont la vie même était menacée. Alors, on l'arrête, on l'enferme à la Tour de Londres, avec la perspective de l'échafaud, dont sa mère, dont Jane Grey lui ont montré le chemin. Epargnée cependant, grâce à l'absence de preuves matérielles, et transférée au château de Woodstock, elle en sort au bout d'un an, par la protection de Philippe d'Espagne, le mari de la reine. Mais, toujours suspecte, à demi libre, à demi prisonnière, elle mène une existence précaire, à la merci de la moindre alarme de la cour, jusqu'à ce qu'enfin la mort de Marie l'élève de la servitude au rang suprême.
On voit, par cette esquisse très-sommaire, que les événe-