‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 30 sur 133 · rf., 16., liv. I, p. H · texte numérisé non relu

rf., 16., liv. I, p. H

3. Cicéron, De claris Oratoribus, ch. 72 : Verborum delectum esse ori- (finem eloquentix.

avoir laissé passer un intervalle d'une heure au moins, il traduit sur un autre cahier son anglais en latin. Chaque morceau lui fournit ainsi la matière d'une double traduction; chaque fois, le maître compare Tune et l'autre avec le texte. Il loue aux endroits réussis. Quant aux fautes, s'il y a eu de la bonne volonté chez l'élève, il ne fronce pas le sourcil, ni ne gronde : et, « sachant par expérience que l'enfant profite plus de deux fautes relevées amicalement que de quatre choses bien trouvées », il lui dit : « Gicéron se serait servi de telle expression de préférence à celle-ci; il aurait placé tel mot ici et non là; il aurait employé tel cas, tel nombre, telle personne, tel mode, tel temps, le simple plutôt que le composé, etc. « Au moyen de ces observations, il enseigne le fond de presque toutes les règles et sauve à son élève la partie la plus fastidieuse de la grammaire. Certain lui-même de ne pas errer en fait de latinité, avec un guide tel que Cicéron, ils avancent ensemble sur une route unie et facile. Non pas, ajoute-t-il, qu'il méprise les règles ; mais il en rend l'étude agréable. En comparant le texte avec la traduction de l'écolier, il ajuste aux règles de la grammaire des exemples tirés de la leçon du jour, et il met l'écolier à même de tirer de sa grammaire chaque règle pour chaque exemple, de telle sorte qu'il ait toujours la grammaire en main et qu'elle lui fasse à tout moment l'ofûce d'un dictionnaire.

Alors, quand il s'est familiarisé par l'explication du premier livre des lettres de Cicéron dans Sturmius, et de telle ou telle pièce de Térence, avec le mécanisme de la syntaxe, il est temps de lui faire franchir un degré de plus et de l'initier à Fart de se rendre compte de la valeur des expressions. Qu'on lui apprenne à distinguer le sens propre et le sens figuré {proprium, trans^ latum) , les synonymes [synonyma) , les expressions diverses et les contrastes {diversa , contraria) , les phrases (phrases) ou manières de parler remarquables : en tout six catégories K C'est

l. Voici les exemples explicatifs donnés par l'auteur : Proprium : Rex Sepiilins est magnifice. — Trakslatum : Cum illo principe, sepulta est et gloria

le moment de se pourvoir d*uiî troisième cahier. Les deux premiers continueront à recevoir ses doubles traductions du latin en anglais, de l'anglais en latin. Il inscrira sur le nouveau, dans leur ordre, les expressions susceptibles d'appartenir à Tune ou l'autre des six catégories. Aux lettres de Gicéron il joindra quelques-uns des discours du grand orateur. Ils lui offriront favantage de travailler sur un choix si juste d'expressions, sur des phrases construites si correctement, sur un goût si sûr, qu'il se rendra capable d'écrire avec habileté et de parler selon le génie de la langue, de façon à mériter l'éloge et l'admiration des hommes instruits * .

Ce nouveau progrès acquis, le cercle de ses études s'étend. Outre Gicéron (lettres, discours, traités philosophiques), il lit Térence, même Plante, César, dont les Commentaires représentent la pureté suprême de la latinité, les discours de Tite- Live. Il les lit par longs morceaux à chaque leçon, sans s'astreindre à la traduction quotidienne, et en s'arrètant seulement pour construire et analyser, là où le maître le juge nécessaire ; mais, dans aucun cas, on ne devra négliger de marquer exactement et d'écrire dans leur ordre les six points. Quant à l'art d'écrire en latin, Ascham conseille au professeur de mettre en anglais, deux ou trois jours après l'explication, une lettre à Atticus ou quelque autre endroit de Gicéron, et de donner cette traduction à l'élève, pour qu'il la remette en latin, en lui laissant le temps de s'y appliquer avec soin et réflexion.

« C'est là que son esprit entrera de nouveau en travail ; que son jugement sera mis à bonne épreuve sur le juste choix des mots, sa mémoire mieux exercée pour retenir sûrement, qu'en apprenant par cœur; là, qu'on verra clairement ses progrès.

et salus reipublicx, — Stxonyma : Ensis, gladius; laudare, prsdicare, — DiTBBSA : Diiigere , amare; calere, exardescere; inimicus, hostis. — Contraria : Acerbum et luctuosum bellum; Dulcis et Ueta pax, — Phrases: Dare verba; Abj'icere obedientiam. The Sckolemaster, liv. I, p. 94, 95. 1. The Scholenuuter, liv. I, p. 96.

Vous apporte-l-il sa traduction, ouvrez Gicéron, et, les deux textes en regard , comparez-les. Louez chez votre élève les expressions bien choisies et bien placées; montrez-lui ses fautes gentiment, et ne soyez pas trop sévère à les blÀmer, car de tels manquements, si vous les reprenez avec douceur, produisent une joyeuse et bonne disposition d'esprit; et de cette bonne disposition jaillit plus particulièrement la science, qui parvient ensuite à la perfection, pourvu que l'élève s'applique à suivre cette méthode et que le maître le traite bien. Il arrivera ainsi sans peine et avec certitude à posséder toutes les difficultés de la grammaire *. »

Ici, à l'écolier dégoûté par les aspérités et la stérilité du vieux système, le grammairien philosophe oppose son élève, devant lequel il a ouvert un chemin droit, uni et commode, et qui toujours travaille avec plaisir et profit. « Toujours il travaille, dis-je ; car, pour construire et analyser, pour opérer la double traduction et marquer les six points, il devra nécessairement lire chaque morceau une douzaine de fois au moins. Et comme il le fera toujours avec méthode, ce sera toujours aussi avec plaisir. Or le plaisir est l'amorce de l'amour; l'amour court au-devant du travail, et le travail ne manque jamais son but. » Au fond, poursuit-il, son idée est la mise en pratique du conseil de Pline (le jeune) à Fuscus : se concentrer sur certains points choisis , au lieu d'éparpiller son effort : « multum , non multa ^. »

Le jeune humaniste ainsi aguerri, on pourra essayer une troisième sorte de traduction. Le maître composera en anglais

1. The Scholemaster, liv. II, p. 169. Il serait difficile de compter combien de fois revient sous la plume d'Ascham la recommandation au maître d*agir gentil/ avec Télève et de ne pas le battre.

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