NOAILLES ET RENARD
A peine Marie eut-elle conquis sa couronne , qu'un cri universel la supplia de pourvoir à la succession et à la paix intérieure de rÉtat , en prenant un époux. Mais aussitôt se présenta une autre question, grosse d'orages avec le caractère de la nation : si Tépoux serait choisi à l'étranger, ou bien au sein de Taristocratie anglaise.
Déjà le 21 juillet , avant d'être informé de la chute de Jane Grey, qui avait eu lieu la veille , Charles-Quint , outre des conseils sur la conduite à tenir en politique et en religion, avait exhorté sa cousine au mariage''. Mais trop habile, quelle que fût son intention intime, pour rien compromettre par une hâte intempestive, il mandait en même temps à ses ambassadeurs de notifier aux lords du Conseil qu'on se tromperait si l'on supposait qu'il eût affection à un mariage « étranger ' ».
1. Grîffet, p. 5t. On voit de plus par la correspondance de Renard, Londres^ 12 juillet 1533, que l'empereur y pensait du vivant d'Edouard VI. Man. du Record Office, t. I, p. 115.
2. Les ambassadeurs impériaux à Charles-Quint, Londres, 24 juillet 1553. Record Office, t. I, p. 192. On se souvient que, dans ses instructions du 23 juin précédent, il leur avait prescrit de mettre en avant un mariage
Marie cependant reçut Renard en audience secrète à Beaulieu ^ le 29 juillet, dans les^ cinq jours qui précédèrent son entrée à Londres. Elle lui dit qu'avant d'être reine elle n'avait jamais pensé au mariage ; elle prit Dieu à témoin que, comme personne privée, elle avait résolu de finir ses jours dans le célibat. Mais, maintenant, d'autres devoirs lui étaient imposés ^.
Elle comprenait les motifs qui avaient guidé Tempereur ; elle se résolvait à suivre son avis et à choisir tel parti qu'il lui conseillerait; car, après Dieu, elle ne désirait que de lui obéir comme à un père. Seulement, elle le priait de considérer son âge de trente-sept ans et de ne pas la presser de traiter d'alliance, « qu'elle n'ait veu et ouy parler de personnaige. » Enfin, devinant la pensée véritable de Gharles-Quint, lorsqu'il lui recommandait bruyamment devant le Conseil, par l'organe de ses représentants^ et près des ambassadeurs anglais à Bruxelles par Granvelle son ministre, de prendre pour mari un noble d'Angleterre plutôt qu'un étranger, elle montra qu'elle voyait bien que c'était une feinte dont l'objet était de donner une pâture momentanée à l'opinion ^ ; et, loin de le trouver mauvais,
anglais pour bannir de Tesprit de cette nation « la crainte d'avoir pour roy un estrangier tant abhorry d*eulx universellement ». Granvelle, Papiers cTÉtai, t. IV, p. 10.
1. Cbftteau plus connu sous le nom de Newhall, dans le comté d'Essex.
2. Il serait difficile de dénombrer combien de fois, dans ses entretiens avec Renard, la candide princesse se crut obligée de protester « que jamais eUe n'avoit senti esguillon de ce que Ton appelle amor, ni entré en pensement de volupté ; et qu'elle n'avoit jamais pensé à mariaige sinon depuis que a plu à Dieu la promovoir à la couronne ; et que celluy qu'elle fera sera contre sa propre aflTection, pour le respect de la chose publicque... » Ses dames, continue-t-elle, « ne lui preschent d'autre chose, sinon de mariaige. n Renard & Granvelle (8 septembre 1553). Granvelle, Papiers cTÉtat, t. IV, p. 98.
3. « Que, entendant ce que nous remontrâmes dudit mariage au Conseil, que Votre Majesté n'entendoit qu'elle print party estrangier, que c'estoit remontrance pour servir à tempz, et estoit dissimulée. » Les ambassadeurs de Charles-Quint à ce prince, Londres, 2 août 1553. Man, Record Office, t. I, p. 231, 232. Le P. Griffet a indiqué la substance de cette pièce, p. 57. On voit dans la même lettre, p. 235, que la reine ne fut pas dupe d'une finesse de ses ambassadeurs à Bruxelles, Morison et Hoby. Granvelle leur aurait dit que son maître « n'entendoit que ladite dame se
elle déclara s*en remettre en toute chose à ce qu'il disposerait, tant au sujet de son mariage que de ses autres affaires, <( puisque lui plaisoit prendre ceste peyne. »
Cette dépèche de Renard est très-importante , parce qu'elle prouve que Marie n'avait aucun choix particulier en vue; qu'elle s'en fiait à son cousin, avec cette simple réserve, fort naturelle, de la consulter avant de prendre une résolution ; qu'elle penchait plutôt pour un prince étranger, et cela dès les premiers instants de son règne, avant qu'elle eût pris possession de sa capitale.
Ces indications serviront très-utilement à démêler le vrai et le faux dans les récits que l'on répandra par la suite sur Fhistoire respective des deux sœurs.
Quelques jours après, au moment de quitter la Tour pour se rendre à Richmond S elle répétait à Renard, d'une manière plus formelle, que, décidée à se marier par raison d*État, elle ne voyait personne de convenable à son rang dans le royaume, et qu'elle prendrait un parti étranger , comptant que l'empereur lui proposerait un catholique, qu'elle pourrait le voir, lui parler, et qu'il ne serait pas trop jeune '. C'était son propre fils, Philippe d'Espagne, âgé seulement de vingt-six ans, que Charles destinait à ce mariage ; mais il jugea utile de dissimuler et de temporiser, pour ne pas donner <c une arène aux méchants ' » ;
mariast à un estrangier, ains avec quelque noble du royaulme, et que le ^^ttulme demeurast en bonne administration^ police et religion, selon qu'il est maintenant. » Marie dit à Renard qu'elle les soupçonnait d*avoir ajouté de leur propre fonds cette dernière phrase. Charles-Quint lui répondit le 9 août (p. 251) qu'en effet elle ne se trompait pas dans sa conjecture. L'empereur écrivit le même jour à ses ambassadeurs que la reine, en interprétant comme un moyen de s'accommoder au temps le conseil qu'il lui avait donné de ne pas prendre parti hors du royaume, montrait qu'elle inclinait de préférence à un mariage étranger (p. 259). V. aussi Granvelle, Papiers d'État, t. IV, p. 74.
1. D'après Noailles, ce départ eut lieu le 12 août. Lettre au Connét. Vertot, t. II, p. 110.
2. Les ambassadeurs à Charles-Quint, Londres, 16 août 1553. Mari, Rec, Off.y t. I, p. 284-286.
3. Il trouvait un peu difficiles les conditions de la reine, pour l'Age,
il borna son art à déjouer les prétentions de ses compétiteurs, réels ou supposés, tels que Christiern III, roi de Danemark ; don Louis, infant de Portugal, frère du roi Jean III ; Emmanuel Philibert, duc de Savoie; et jusque dans sa famille , son neveu, rarchiduc Charles, fils de son frère Ferdinand , le roi des Romains. Il défendit nettement à l'envoyé de celui-ci de faire autre chose que de visiter et de féliciter la reine sur son avènement; et il enjoignit à ses ambassadeurs de faire entendre à cette princesse qu'il ne convenait pas qu'elle entrât en cette négociation ^
Mais le rival le plus dangereux, du moins en apparence, s'éleva au cœur même du royaume, parmi la noblesse anglaise, chez le petit nombre de personnages que Marie avait honorés tout de suite d'une bienveillance marquée : ce fut Edouard Courtenay.
Il appartenait à la vieille maison française des Courtenay, près
les entrevues préalables. Nul prince ne voudrait s^exposer publiquement à un refus, « qui est la cause, continuait-il, pour laquelle non-seulement les princes, mais encores les seigneurs et particuliers, se marient sans que les parties se voyent Tung Tautre. » Bruxelles, 23 août i553, Man, Bec. Off,, t. I, p. 299-301.
1. Bruxelles, 14 août 1553. Man. Rec. Off., t. I, p. 267, 268. Nous ne parlons pas, comme prétendant, du cardinal Pôle, que plusieurs historiens ont inscrit mal & propos dans le nombre. Il est parfaitement démontré aujourd'hui que ni le cardinal ni la reine n'y pensèrent jamais. Réginald Pôle, né en 1500, fils de Marguerite, comtesse de Salisbury, qui descendait du duc de Clarence, frère d'Edouard IV, avait refusé d*approuver le divorce de Henri VIII avec Catherine d'Aragon et avait dû fuir sur le continent. Là, il fut, malgré lui, nommé cardinal par le pape Paul III (1536). Henri VIII, furieux de ne pas pouvoir l'atteindre, se vengea du fils sur la mère. Il fit traîner à l'échafaud l'infortunée comtesse de Salis* bury, avec qui s'éteignit la famille des Plantagenets (1541) ; à l'avènement de Marie, Pôle reprit le chemin de l'Angleterre. Mais Charles-Quint lui interdit de dépasser les Pays-Bas. Il craignait qu'il ne compromit par un zèle inconsidéré la restauration du catholicisme, que l'empereur ne voulait opérer que par degrés, et qu'il ne fit opposition au mariage avec le prince d'Espagne, dans l'intérêt de quelque autre candidat, tel qu'Edouard Courtenay. Pôle n'obtint l'autorisation de rentrer en Angleterre qu'en novembre 1554, cinq mois après le mariage, et lorsqu'il s'agissait de donner la dernière main à la réconciliation du royaume avec l'Église romaine.
de Montargis, dont une branche s'était établie en Angleterre S^ la suite des rois normands *. Vers la fin du xv* siècle, le chef de cette famille, William Courtenay, avait épousé Catherine, fille d'Edouard IV, et acquis par cette alliance le droit de porter dans ses armes la Rose blanche, emblème de la maison dTork, dont Edouard avait été le héros dans la furieuse guerre civile des deux Roses *. Henri, fils de William et de Catherine, joignit au comté de Devon, qu'il tenait de son père, le marquisat d*Exeter, qu'il reçut de la munificence de Henri VIII, pour son malheur. Car ce tyran finit par prendre ombrage d'une famille qu'il avait comblée d'abord, mais à qui le sang royal d'York donnait encore un certain prestige. Il fit décapiter le marquis d'Exeter pour crime, semble-t-il, de catholicisme (1539), et retint prisonniers à la Tour Gertrude, la veuve, ainsi que leur fils Edouard Courtenay, déchu de sa noblesse et de ses biens par les effets du ùill d'attainder fulminé contre le père. L'orphelin, âgé alors de douze ans, vécut et grandit captif. Les tuteurs d'Edouard VI ne se départirent point à son égard de la soupçonneuse rigueur de Henri VIII. Cependant les verrous de l'austère demeure s'ouvrirent pour laisser parvenir jusqu'à lui l'enseignement étendu et varié de la Renaissance. Outre ses études dans les langues classiques, il parlait le français.
1. Plus tard seulement, vers le milieu du xuo siècle, Ysabeau, héritière de la ligne directe demeurée en France, apporta en dot le titre et la seigneurie de Courtenay au prince capétien, Pierre, cinquième fils de Louis le Gros, et confondit par cette union la maison de Courtenay avec notre troisième dynastie.
2. On se rappelle que les deux branches des Plantagenets, York (Rose blanche) et Lancastre (Rose rouge), se disputèrent la couronne par trente années de combats (1455-1185) ; que la maison d*York, victorieuse avec Edouard IV, s'éteignit avec l'odieux Richard III, tué à la bataille de Bos- -worth ; et que le vainqueur, Henri Tudor, fonda sous le nom de Henri VII la dynastie des Tudors, dont la durée fut de cent dix-huit ans (1485-1603). Le nouveau roi, représentant des Lancastre par le sang, épousa Elisabeth d'York, fille aînée d'Edouard IV. Leur fils, Henri VIII, confondit donc dans sa personne les droits des deux branches; mais, comme son père, il garda un fonds d'hostilité contre la Rose blanche.
Tespagnol et Titalien. On a vanté ses connaissances en mathématiques, son talent pour la musique et la peinture ^ . Même les ambassadeurs impériaux, poussant Thyperbole un peu loin, certifient, dans ces premiers moments, « que sa prison et servitude ne lui a esté grefve, pour avoir esté convertie en liberté par Testude et goust de lettres et sciences * » , paroles que le jeune lettré n*allait pas tarder à faire mentir. Extérieurement, doué de toutes les grâces, les traits réguliers, la taille élevée et bien prise, les manières élégantes et courtoises, il mérita d'être réputé, à peine rendu au monde, « le plus beau et lé plus agréable gentilhomme d'Angleterre •. » Il avait alors vingtsix ans et venait de passer quatorze années en prison.
L'infortune imméritée de ce dernier rejeton de la Rose blanche le rendait deux fois populaire ; son origine, royale par sa grand'mère, le mettant à part du reste de la noblesse, le désignait aux vaines rumeurs des uns, à l'inquiète jalousie des autres. Dès les derniers mois de l'existence d'Edouard Yl, il y avait des gens qui parlaient de le marier avec la princesse Marie ; et, d'un autre côté, le duc de Northumberland, en arrangeant ses plans d'usurpation, que sa présence pouvait gêner, songeait, dit-on, à le dépêcher*. Quanta l'ambassadeur français, Antoine de Noailles, dont le regard portait loin, il allait visiter le prisonnier ; il se flattait de l'avoir affectionné au roi et à la France, et se réjouissait de la perspective d'un mariage entre Gourtenay et Marie ^.
Ce consentement général de l'opinion, formé de soi-même et à l'avance parmi le peuple, se changea en une sorte d'acclamation
1. Strype, t. III, ch. xlh, p. 338 ; et Catalogue of OrigmaU^ n» LVII, p. 191 et suiy.
2. Lettre à Charles-Quint, Londres, 22 juillet 1553. Kec, Off., t. I, p. 178.
3. Vertot, t. II, p. 247. Mémoire (par Ant. de Noailles) de ce que La Marque aura à dire au roi, 9 novembre 1553.
4. Scheyfve à Charles-Quint, Londres, 11 juin, 10 juillet 1553. Ktc. Off., t. I, p. 39, 84.
5. Ant. de Noailles au roi, Londres, 20 juillet, 16 octobre 1553. Vertot t. II, p. 8J, 215.
LA QUESTION DU MARIAGE DE MARIE TUDOR 12i
après le triomphe de la légitime héritière, surtout lorsque, ayant délivré de leur captivité la mère et le fils à son entrée à la Tour, la reine fit de la marquise d'Exeter une de ses dames d'honneur et ladmit, suivant la coutume, à partager son lit. On répétait joyeusement une prétendue prophétie : qu'elle épouserait un natif et prùonnier ^ . Un natif : on ne verrait donc pas l'étranger, odieux, quel qu'il fût, s'immiscer dans la vie de l'Angleterre, y introduire le dangereux alliage de ses passions, de ses intérêts particuliers, de ses mœurs. L'ardeur patriotique des masses, qui saluait chez la nouvelle reine la représentante la plus directe de la dynastie nationale et lui désignait un époux issu de la plus pure noblesse du pays, venait de lui donner Tappui d'une force invincible ; mais ce même patriotisme, étroit et emporté, était capable, en cas de déception, si on l'inquiétait, si l'époux était choisi hors du royaume, de se rejeter dans le sens contraire et de produire la crise la plus effrayante.
Personne ne "se rendit mieux compte d*une situation si glissante que l'ambassadeur français. Antoine de Noailles, successeur, comme nous l'avons vu, de M. de Bois-Dauphin près Edouard VI, lorsque déjà le jeune prince se mourait, possédait une remarquable vigueur d'esprit et de caractère. Fin et pénétrant, sachant embrasser dans ses vues l'ensemble et le détail des affaires, adroit à manier les hommes comme à tenter les passions, il réunissait la sagacité qui comprend et l'audace qui agit. La mission qu'il remplissait alors était pacifique et même amicale. Mais, imbu de l'animosité réciproque qu'avaient nourrie quatre siècles de guerre entre les deux nations, il redoutait ce qui pouvait accroître et souhaitait ce qui pouvait diminuer la force du pays rival du sien. Dans cette disposition, le triomphe de Marie Tudor devait lui inspirer l'inquiétude que, si proche parente de l'empereur, elle ne lançât l'Angleterre dans l'orbite de la politique autrichienne, aggravation considérable d'em-
i. Les ambassadeurs impériaux à Charles-Quint, Londres, 22 juillet 1553. Ktc. Off,, t. I, p. 178.
barras et de périls pour la France. Aussi avait-il favorisé, en secret, nous le savons, le duc de Northumberland, et s'étaît-il réjoui du succès de Jane Grey, simplement parce qu'il attendait de cette révolution un règne contesté, par conséquent faible et sans action à Textérieur. La crise terminée à rencontre de ses espérances, il fit volte-face. Ce fut à Marie victorieuse qu'il porta ses félicitations et celles de son maître, avec des offres de service ; près d'elle, qu'il s'applaudit en bon voisin et en trèsbon catholique de l'événement qui, disait-il, procurait à la fois le succès de la vraie et légitime héritière et le bien de la religion. Mais, en exprimant dans ses dépèches l'opinion que le roi en serait aise assurément encore plus que de l'autre (Jane Grey), il mandait que l'heureux retour de la messe, quoique désiré par une grande partie du royaume, ne s'effectuerait pas sans troubles. En outre, ajoutait-il, la reine, avec les mesures à prendre pour rétablir sa situation légale et pour s'affermir, avec son trésor vide, les récompenses à distribuer, les châtiments à infliger, l'arriéré à délivrer sur les pensions et les gages des serviteurs de la couronne, que le duc de Northumberland avait systématiquement négligé de payer, par le faux calcul de les lier plus sûrement à sa fortune , la reine aurait assez à faire chez elle, sans aller troubler autrui, au dehors ^ Pour plus de sûreté cependant, il se tint prêt à profiter des circonstances susceptibles de réaliser son augure, bientôt à les faire naître.
Il demeura ainsi en démonstrations d'amitié apparente et en hostilité sourde, pendant qu'il obsei'vait et sondait le terrain; puis, s'enhardissant à mesure, il agit en vrai boute-feu.
Le 3 septembre (1553), Marie, pour commencer la réparation envers les Courtenay, restitua solennellement au bel Edouard le titre de comte de Devon *. Nous avons déjà rapporté qu'Élisa-
1. Vertot, t. II. Noailles au roi, 23, 29 juillet 1533, p. 84, 91, 92 ; le connétable de Montmorency à Noailles, 31 juillet, p. 98.
2. Ou Devonsliire. Noailles dit ordinairement Dampchier (pour Hampshire), bien gue ce ne fût pas le même comté. Mais, pour lui, c'est en
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beth refusa d'assister et à la cérémonie et à la messe que l'on célébra en cette occasion *. Peut-être, outre ses répugnances religieuses, cette fête, considérée généralement comme le prélude du mariage de sa sœur, lui causait-elle quelque maussaderie plus marquée. Courtenay n'avait point de demeure convenable au rang où il remontait ; sa libératrice lui offrit à choisir la maison qui lui plairait le plus à Londres. Elle chargea l'un de ses gentilshommes de le guider parmi le monde, qu'il connaissait si peu jusque-là, et de le préserver des séductions de toute sorte, contre lesquelles sa triste geôle ne l'avait guère prémuni. Sollicitude excessive, elle prescrivit de ne pas le laisser seul un moment. Il ne pouvait pas sortir hors de sa maison, et à peine hors de sa chambre, sans permission. Affaire d'État, si l'ambassadeur de France l'invitait à diner; encore ne pouvait-il s'y rendre, sinon accompagné 2. Il est bon de dire ici que les Impériaux, surtout Simon Renard, poursuivant l'exécution du plan très-profond conçu par Gharles-Quint et Granvelle, travaillaient sans relâche à éveiller la suspicion de Marie à l'égard de Courtenay, toutefois sans hasarder aucune attaque directe contre lui : « car, «leur avait écrit le prudent Granvelle, si elle (la reine) a y avait fantaisie , elle ne layroit (si elle est du naturel (( des autres femmes) de passer oultre, et si se ressentiroit à
quelque sorte la dénomination typique de la région de Touest, dont les Ck)urtenay étaient les seigneurs principaux.