V. plus haut, p
2. Vertot, t. II, p. 147. Noailles au roi, 7 septembre 1553. Noailles rapporte aussi au roi, 22 septembre, que le jeune homme s^étant fait faire pour le couronnement un magnifique habit de velours bleu, couvert d'orfèvrerie, reçut défense de le porter ; et il suppose que la reine avait quelque jalousie de sa grandeur et se repentait de Tavoir jusque-là tant favorisé (Vertot, t. II, p. 163). Il y a peut-être une autre explication plus juste : c'est que la reine devait, dans sa marche triomphale à travers Londres, porter un manteau de velours bleu, tandis que les princesses et les dames seraient vêtues de cramoisi. Courtenay se serait donc trouvé porter la couleur de la reine, ce qui Taurait en quelque sorte désigné publiquement comme Tépoux choisi. Or la reine ne voulait pas de lui.
(( jamais de ce que vous luy en pourries avoir dit ^ » C'était donc par les voies obliques que Ton menait la sape, et ce que Ton incriminait le plus, c'étaient ses relations avec les envoyés français '. Ceux-ci, disait Renard dans un long mémoire qu'il remit à la reine, étaient venus porteurs de lettres de créance pour Courtenay et plusieurs du Conseil, manière d'agir, ajoutaitil, bien étrange et non permise; on voulait l'accréditer, l'élever et « lui faire sentir le goust du règne ». Puisqu'il n'avait, au sortir de la captivité, ni crédit ni ressources dont on se pût appuyer, il fallait que, sous prétexte d'amitié et de voisinage. Ton tendit à une autre fin ; la reine devait se souvenir que la défiance envers les Français était le seul remède qu'elle pût choisir contre leurs pratiques 3. Et sa religion? Savait-on ce qu'il serait? Catholique d'origine, sa foi semblait n'être pas demeurée pure durant sa prison; Charles-Quint croyait savoir qu'il avait été « ung petit séduyl » *.
Ou bien, on la prenait par Tamour-propre ; et, en encourageant chez elle la préférence instinctive qui la portait à un mariage étranger. Renard lui répétait qu'elle avait le cœur trop grand pour épouser un sujet. Il était difQcile à la reine et à l'ambassadeur de se voir en particulier, tant les yeux étaient ouverts sur leurs moindres démarches. Enfin, dans les premiers jours de septembre *, une audience secrète eut lieu à Richmond. L'habile envoyé de Charles-Quint fit d'abord tomber la conver-
1. Papiers ctÉtat de Granvelle, t. IV, p. 76. Granvelle à Renard, Bruxelles, 14 août 4553.
2. Outre Noailles, l'évoque d'Orléans et M. de Gyé, envoyés extraordinaires, que nous avons mentionnés un peu plus haut, p. 83.
3. Papiers cTÉtat de Granvelle, t. IV, p. 66, 67. Mémoire adressé par les ambassadeurs impériaux à la reine, sans date. L'éminent éditeur des Papiers (TÉtat Ta daté des premiers d'août (1553). Mais il ne peut être que de la seconde moitié du mois, puisque les ambassadeurs extraordinaires de France, coupables d'avoir donné à diner à Courtenay, n'étaient arrivés à Londres que le 15 août.
4. Man, du Record Office, t. T, p. 390, 391. Charles-Quint à Renard, Valenciennes, 20 septembre 1553.