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Toujours retenu en Allemagne par l'Empereur

2. PhiUppe, né en 1527, avait vingt-six ans, juste le même âge que son rival.

3. Il avait eu de sa première femme, Marie de Portugal, don Carlos, né en 1545.

royaume de France. On rassurerait les Anglais en excluant les étrangers des offices et des affaires intérieures. On les gagnerait par des dignités, de l'argent, et en les opposant les uns aux autres dans leurs rivalités particulières. Enfin, Renard devait prier la reine de ne communiquer cette affaire à aucun de ses ministres avant de s'être décidée elle-même. L'empereur protestait aussi être prêt à se désister plutôt que de risquer de la mettre en hasard. Si elle ne jugeait pas la chose praticable, qu'elle le lui dit confidentiellement *.

Les préparatifs et la célébration du couronnement, où, comme nous l'avons vu, Gourtenay tint la place honorable que sa naissance pouvait prétendre, l'ouverture du Parlement, qui suivit à cinq jours de distance (5 octobre 1553), la difQculté d'entretenir la reine en particulier, tant elle était épiée par sa cour, par les créatures des Français et même par les autres ambassadeurs impériaux, jaloux de Renard leur collègue, ces diverses circonstances causèrent du retard. Après avoir tàté adroitement lord William Paget, l'un des secrétaires d*Élat et des membres les plus influents du Conseil privé, le représentant de Charles-Quint fut introduit le soir du 10 octobre à Westminster; il remit furtivement à la reine la lettre de l'empereur qui l'accréditait auprès d'elle, seul des ambassadeurs impériaux, pour traiter la négociation du mariage *, et lui proposa officiellement Philippe, prince d'Espagne. Mais quel ne fut pas son désappointement de ne rencontrer chez Marie, au rebours de ses espérances, que froideur et objections I Que diraient le peuple d'Angleterre, son Conseil? Comment le prince, lorsqu'il succéderait à l'empereur^ abandonnerait-il ses différents royaumes pour venir demeurer en Angleterre? Son caractère? elle ne le connaissait pas. Il

1. Charles-Quint à Renard» Valenciennes» 20 septembre 1553. Manusc, Record Office, 1. 1, p. 387 et suiv. Granvelle, Papiers (fÉtat, t. IV, p. 108-116. — Voir aussi le P. Griffet, § XV, p. 62.

2. Cette lettre, datée du 20 septembre, n'avait donc pas moins de Tingt jours de date, tant les communications confidentielles entre Marie et Tambassadeur étaient difficiles.

n'était pas, disait-on, aussi sage que l'empereur;' il était bien jeune *. Quoiqu'elle fût prête à obéir à son mari, il ne devait pas compter qu'elle le laissât gouverner, encore moins qu'elle donnât des places aux étrangers, car le royaume ne le supporterait pas. Elle avait appris aussi que Maximilien (fils du roi des Romains), ayant eu à gérer les affaires d'Espagne en l'absence du prince Philippe, y avait acquis un grand renom, « et que par le contraire. Son Altesse n'estoit estimé à comparaison de Maximilien '. » Elle affirmait d'ailleurs être aussi libre que le premier jour de sa naissance^ et n'avoir encore pris fantaisie à personne.

Renard déploya toutes les ressources de sa fertile argumentation pour la convaincre. Après l'éloge du prince, il lui dépeignit les dangers qui la menaçaient de toutes parts et contre lesquels il lui fallait le soutien d'un puissant mariage. Elle avait, disait-il, quatre sortes d'ennemis, les hérétiques et schismatiques, les rebelles et adhérents au duc de Northumberland, les royaumes de France et d'Ecosse, et Madame Elisabeth, lesquels ne cesseraient jamais de l'inquiéter et de la troubler, en épiant l'occasion d'attenter contre elle et contre le royaume. Elle répondit qu'elle ne se marierait jamais que l'empereur ne sût son intention avant son confesseur. Elle savait bien les pratiques des Français; mais elle n'ajouterait aucune foi à leurs propos sur le prince d'Espagne; et, trop grande simplicité de confiance, ils ne pratiqueraient rien avec Gourtenay ni avec Elisabeth qu'elle n'en

i. « Que s'il voulait estre volaptueux, ce n*est ce qu'elle désire, pour estre de tel eaige que Votre Majesté scet, et qu'elle n'a jamais eu affection ou pensée d'amour, qu'elle aimera et obéira parfaitement celui a cui elle soit dédiée, suivant le commandement divin et ne fera rien sans son vouloir; que si voulait attempter au gouvernement du rolaulme, elle ne le pouroit comporter... » Renard à Gbarles-Quint, Londres, 12 octobre 1553. Mon, Hec, Off., t. I, p. 485, 486.

2. Maximilien, cousin de Philippe, était aussi depuis l'an 1548 son beaufrère, ayant épousé Marie, fille de Charles-Quint. La reine d'Angleterre ne le nommait ici que pour constater que Philippe jouissait d'une moindre considération. Maximilien, comme son cousin, comme Ck)urtenay, était né en 1527.

134 MARIE CHOISIT PHILIPPE D'ESPàGNE

fût avertie, car la mère de Gourtenay lai avait promis expressément de lui dire tout. Et puis, trois jours auparavant *, elle avait parlé à Gourtenay plus qu'elle n'avait jamais fait. Il lui avait raconté qu'un seigneur anglais, dont il n'avait pas su taire le nom, lui avait dit qu'il devait se marier avec Elisabeth, car il ne pouvait pas s'attendre de parvenir à l'alliance de la reine. En prenant Elisabeth, il aurait, lui ou ses enfants, l'espoir de succéder au trône, puisque la reine était vieille et âgée '. Gourtenay avait répondu qu'il n'avait jamais pensé ni à une si haute alliance, ni à celle d'Elisabeth ; il avait supplié la reine de considérer qu'il se reconnaissait toujours son serviteur; qu'il ne voulait pas prétendre d'autre liberté que celle que « de sa grâce elle lui eslargiroit », encore moins être ingrat du bien et de l'honneur qu'il avait reçus d'elle. Quand elle voudrait le marier, que ce fût à une simp/et/emoûe/Ze plutôt qu'à Elisabeth, hérétique^ trop superbe^ et de race suspecte quant à la mère. Pour les Français» ils lui avaient fait tenir seulement des propos généraux et non particuliers. La reine avait clos l'entretien en lui disant que quand elle serait mariée, si elle faisait tant que de s'y résoudre, elle aviserait à lui choisir une femme catholique et honnête, et qu'elle procurerait son avancement selon sa conduite '.

1. On voit, par la correspondance de Noailles, que c'était le 6 octobre.

2. Renversons les situations, et demandons-nous en passant quel accueil Elisabeth aurait fait à cet étrange compliment, que sa sœur subissait de la part de Gourtenay et répétait à Renard en toute humilité. Le lord qui avait parlé à Gourtenay de la marier avec Elisabeth était probablement Will. Paget, que nous verrons bientôt soutenir hautement cette combinaison.

3. Ces détails sont tirés de la longae narration de Renard à Gharles- Quint. Londres, 12 octobre 1553. Manu, Rec, 0/f., t. I, p. 481-495. Noailles n*iguora pas que la reine avait entretenu Gourtenay et sa mère, le 6 octobre. Il écrivit d'abord au roi qu'ils étaient restés ensemble depuis une heure de l'après-midi jusqu'à six heures du soir (lettre du 8 octobre 1553). Mais, le 17, il se rectifia et réduisit ce long espace de temps à une simple demi-heure. Vertot, t. II, p. 217, 219. Il ajoute qu'il n'y a été question que de la réintégration dans leurs biens, que les Gourtenay sollicitaient alors. Ainsi le jeune homme avait menti, et à la reine, sur ses dispositions personnelles, et à Noailles, en lui faisant croire qu'il avait parlé uniquement de sa réintégration.

Le lendemain, Marie pria Renard de lui mettre par écrit les raisons qu'il lui avait exposées. Il s'empressa de rédiger un mémoire sur les inconvénients d'un mariage avec l'un de ses sujets, les avantages avec un étranger; combien il importait que celui-ci eût de la puissance * ; quel âge serait le plus convenable ; le tout, sans proposer ni même nommer le prince d'Espagne; et quant à Gourtenay, avec une allusion méprisante» sans le nommer non plus *. Dans une nouvelle entrevue, le 14 octobre au soir, avec le même mystère, Marie, en parlant d'Edouard, dit qu'elle songeait à le marier à l'étranger; et Renard, pris de générosité, parlait d'ajouter le duché d'York au comté de Devon, qu'Edouard avait reçu naguère de la bonté royale, afin de lui trouver un plus beau parti au dehors, avec la protection et l'amitié du prince d'Espagne '. Sincère ou non, l'ambassadeur suivait les instructions que Granvelle lui réitéra encore : observer de grands ménagements à l'égard de Gourtenay, s'U voyait que la reine y inclinât de préférence, parce que, le mariage de leur prince venant à manquer, peut-être n'y aurait-il aucun autre prétendant pour qui l'empereur voulût faire davantage *. En effet, Gharles-Quint repoussait absolument, et ses neveux d'Autriche, et les Portugais, dont la recherche obstinée l'inquiétait.

Gruelle était l'agitation de la pauvre reine l Dans son incerti-

1. Tant pour la défendre contre ses (juatre espèces d'ennemis que pour être respecté du peuple, lequel sans cela s'en moquerait et dirait que solum serviret conjugio, non reipublicx.

2. Ce Mémoire, du 11 octobre 1553, se trouve dans les Papief*s d'État de Granvelle, t. IV, p. 12^131, et dans le Manuscrit du Record Office, t. I, p. 513-519. On voit, par ce dernier recueil, que l'éditeur des Papiers (fÉtat s'est trompé en donnant le Mémoire comme un fragment. Il est complet. A Tendroit de Courtenay, Renard engage la reine à considérer s'il convient qu'elle se marie à un sien vassal, sans crédit, pouvoir^ assistance, « qui n'a veu ni sceu que s'est du monde, pour avoir esté norrie en servitude et n'estre jamais sortie d'Angleterre. »

3. Renard à Charles-Quint, Londres, 15 octobre 1553. Man. Rec. Off,,

4. Granvelle à Renard, Gand, 15 octobre 1553. Papiers d'État, t. IV,

lude sur le caractère de Philippe, |elle interrogea de nouveau Renard; et lui prenant les mains, le choisissant, disait-elle, pour spirituel confesseur en ceci *, elle le conjura à plusieurs reprises de lui déclarer s'il était bien vrai que le prince fût tel qu'il le lui avait dépeint ^. Les protestations chaleureuses de rambàssadeur, qui s'engageait sur son honneur et sa vie, ne la rassuraient qu'à moitié. Si du moins elle pouvait le voir ' 1 A défaut de l'original que Charles-Quint ne voulait point exposer à l'affront de ne pas plaire, on lui présenta, quelques semaines plus tard, un portrait du prince, de la main du Titien *.

Ces négociations, conduites avec le secret d'un complot, étaient jusque-là concentrées entre quatre personnes ^, Seul des seigneurs anglais, lord Pagety avait été initié. Variable et fantasque (mais qui donc n'avait pas varié dans ces temps tragiques?), ardent, capable d'aller très-loin, une fois lancé, sensible aux caresses et aux promesses que les Impériaux n'épargnèrent pas *, d'ailleurs

1. Renard à Charles-Quint, Londres, 15 octobre 1563. Man Rec. Off,, t. I, p. 505.

2. tt S'il estoit modéré, rassis et bien conditionné » (de bon caractère). Id.y ibid,y p. 502.

3. Renard à Charles-Quint, Londres, 15 octobre 1553. Mcm. Bec. Off,, t. I, p. 497-505.

4. Marie, reine de Hongrie, sœur de l'Empereur, en envoyant le portrait, qui datait déjà de trois ans, mande à Renard que la peinture a été un peu gâtée par le temps et les voyages : « Si est-ce qu'elle (la reine d'Angleterre) verra assez par icelle sa ressemblance, la voyant à son jour et de loin, comme sont toutes poinctures (peintures) dudict Titian que de près ne se recongnoissent ; et jugera assez que ce n'est chose faicte à la main (pour la circonstance), pour être la poincture faicte de si longtemps. » Bruxelles, 19 novembre 1553. Man, Hec. Off.y t. I, p. 150. Granvelle faisait remarquer que, depuis le portrait, le prince avait encore gagné ; qu'il était plus formé et plus barbu. Man, Rec. Off,^ t. I, p. 145.

5. « La négociation a été jusqu'ici démêlée entre nous quatre, >» écrit Granvelle à Renard, Bruxelles, 13 novembre 1553. Papiers d'État, t. IV, p. 144. Les quatre, qu'il ne nomme pas, étaient sans doute Granvelle et Renard, Marie et Paget, l'Empereur et le Prince ne pouvant guère être compris dans les nous quatre,

6. Renard à Charles-Quint, Londres, 28 novembre 1553. Man. Rec. Off,, t. I, p. 778. Paget avait promis d'abord à Noailles de s'opposer au mariage espagnol (Noailles au roi, Londres, 7 octobre 1553; Arch, aff. étr.^ t I et II, p. 137). Mais il se ravisa, quand il sut que Courtenay avait dit

grand ennemi de la France et de l'Ecosse, ce personnage allait tenir le rôle principal au moment critique. Avec lui au sein du Conseil, mais d'ailleurs aussi peu instruits que le public sur le fond et le manège des choses, le duc de Norfolk et le comte d'Arundel voulaient le mariage étranger. On ne s'explique pas sur les motifs du premier; pour le second, Noailles nous apprend qu'il se flattait, en captant la faveur de la reine, de marier son propre fils à Elisabeth et de ménager ainsi à sa maison la succession éventuelle i. Un autre, sir John Masone, de Bruxelles, où il était ambassadeur près de Charles-Quint, écrivait que Courtenay était plus Français qu'Anglais '.

Malgré leurs efforts, tout le bruit, toute la force apparente étaient du côté opposé, par aversion patriotique contre l'étranger et défiance de l'ambition autrichienne. Aussi Gardiner, malgré l'infructueuse démarche qu'il avait tentée une première fois indirectement en faveur du prétendant indigène, fit-il un second effort six semaines après, vers le 20 octobre, mais alors en personne et accompagné de sir Robert Rochester, contrôleur de la maison de la reine, des lords Walgrave, Inglefield et Southwell. Us vantèrent la naissance, l'éducation, les qualités de leur candidat ', et représentèrent à la reine que de son côté l'âge passait; il était plus que nécessaire, ajoutaient-ils, qu'elle se résolût au mariage, dans l'intérêt du royaume. Elle leur donna clairement à entendre par sa réponse qu'elle préférait un étranger. Toutefois cette détermination, où elle se fixait de plus en plus, ne Tempèchait pas d'être équitable et généreuse envers celui dont elle ne voulait pas comme époux. Car, à l'heure même j elle faisait relever

que, s'il devenait jamais le mari de la reine, il se souviendrait que, sous Henri VIII, Paget avait proposé de le mettre à mort. Les Impériaux Tattirèrent alors de leur côté (Rapport de Soranzo, 18 août 1554; Calendar Venetian, t. IV, p. 560).

1. Lettre au roi, 16 octobre 1553. Vertot, t. II, p. 214, 215.

2. Mémoire de ce que La Marque aura à dire au roi (de la part de Noailles), 9 novembre 1553. Vertot, t. II, p. 244, 245.

3. u Cortenai, bien né, bien morigéné, vertueux. » Renard à Charles- Quint, Londres, 21 octobre 1553. Mon. Hec, Off,, 1. 1, p. 543.

par deux actes du Parlement lui et sa mère Gertrude, marquise d'Exeter, du bill d'attainder lancé contre eux sous Henri VIII, et les réintégrait dans leur noblesse et leurs biens. Le 20 octobre, elle sanctionna solennellement cette mesure devant les deux chambres réunies à Westminster. Renard trouva qu'elle avait été bien prompte; elle répondit qu'ils Ten avaient sollicitée parTavis du chancelier, et qu'elle ne savait pas que cela eût été fait en vue du mariage ^ Elle avait donc suivi naïvement l'inspiration de la justice et réparé au mieux l'un des crimes de son père. Mais le bruit de son mariage avec Gourtenay en était devenu si grand, qu'elle n'oscdt plus parler au jeune homme qu'en présence de sa mère ".

Alors celui-ci, inquiet des visites secrètes de l'ambassadeur impérial à la souveraine, regretta ses folies et revint à une vie plus régulière '. Mais, aussi peu sensé d'une façon que de l'autre, il joua ridiculement l'amoureux, affichant jusque dans la rue ses prétentions, sa jalousie contre ses rivaux. Chacun juge bien, continue Renard en rapportant ce trait, qu'il est plus jaloux du royaume que de la personne *. Il tenait des discours désobligeants sur Elisabeth, affectait de la dédaigner, sans doute comme dans son entretien précédent avec la reine. Elisabeth se fâcha ^.

Son protecteur le plus actif, outre le chancelier Gardiner, mais dans un esprit bien différent, était Tambassadeur de France, Noailles ; tant par lui-même que par l'ambassadeur vénitien, Giacomo Soranzo, dont il disposait pleinement, il frappait à toutes les portes pour trouver des opposants au mariage espagnol.

i. Renard à Charles-Quint, Londres, 23 octobre 1553. Man. Rec, 0/f., t. I, p. 554, 555.

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