Lettre à Charles-Quint, 4 novembre, p
5. « Cortenai est en disgrâce de Madame Elisabeth pour avoit parlé d'elle autrement qu'elle n'espérait des amourettes qu'on semoit entre eulx. » Renard à Charles - Quint , Londres, 19 octobre 1553. Mon, Rec, Off,^ t. I, p. 538.
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surtout pour organiser au sein du Parlement une résistance et une pression capables de forcer la main à la souveraine. En quête des mécontents de toute sorte, il s'évertuait à rassembler à tout hasard des éléments de complot et de rébellion. Des Écossais bannis de leur pays, pour y rentrer, proposaient d'entreprendre quelque chose en Angleterre, sur la querelle que leur reine pouvait y avoir. Bientôt ce n'étaient plus des exilés, gens sujets aux illusions et aux vaines intrigues, mais un membre du Parlement, venant offrir de faire valoir les droits de Marie Stuart et assurant qu'il en amènerait d'autres ^ Mais Henri II refusait de croire, malgré les afQrmations réitérées de son représentant, que l'on agitât sérieusement le mariage espagnol Dans sa pensée, c'étïtit plutôt une feinte de l'empereur, avec lequel il était alors en guerre, pour Tinquiéter. Pourtant si, en parlant de cette manière, il montrait peu de clairvoyance, il avait la sagesse de recommander que le nom de la reine dlÊcosse ne fût prononcé de près ni de loin '. NoaiDes alors se tempéra; il écouta très-froidement quelques-uns de la noblesse qui vinrent le presser de fomenter des séditions en Angleterre et en Irlande '. La réhabilitation des Courtenay lui laissait sans doute quelque Ulusion. Mais il notait soigneusement les éventualités et les ressources.
Le Parlement, dont la session avait été suspendue le 21 oc-
1. NoaiUes au roi, 4, 22 septembre 1553. Vertoi, t. II, p. 136, 161. Noailles à la régente d'Ecosse, 14 octobre 1553. /cf., ibid., p. 211.
2. Le roi à Noailles, Saint-Quentin, 28 septembre 1553. Vertot, t. II,
3. NoaiUes au roi, 17 octobre 1553. Vertot, t. II, p. 221. Renard écrit à Charles-Quint, Londres, 23 octobre, que deux serviteurs de Courtenay sont venus raconter que plusieurs hérétiques ont offert leur concours pour des troubles & Tambassadeur français, qui s'est contenté de les engager à passer en France auprès du roi. Mon. Hec, Off,y t. I, p. 552.
NoaUles, malgré l'injonction de son maître, ne put pas s'empêcher d'avoir toigours l'œil du côté de l'Ecosse et de mander à la reine douairère, Marie de Lorraine, que les mécontents d'Angleterre s'affectionnaient tou jours plus à sa fille, et même avec plus de zèle qu'il ne l'aurait souhaité pour le moment. Lettre du 14 octobre 1553. Vertot, t. II, p. 211.
tobre (1553), ayant repris ses séances quelques jours après, les affidés de l'ambassadeur français à la Chambre basse firent voter par celle-ci une adresse de supplication à la reine de ne pas choisir d'autre époux qu'un noble anglais et de ne pas imposer au royaume l'autorité d'un prince de nation étrangère (31 octobre*).
Mais ils arrivaient trop tard. Marie , rassurée peu à peu sur le prince d'Espagne, venait de s'engager définitivement de ce côté. Comme première démarche publique, elle autorisa Henard à lui remettre , le 27 octobre , en présence du Conseil privé, les lettres de créance par lesquelles l'empereur l'instituait son représentant auprès d'elle. Après quoi, elle se retira. Alors il fit part au Conseil de la pensée de son maître, qu'elle devait se marier dans l'intérêt de l'État. Le Conseil remercia l'empereur d'avoir pris les devants sur une question où personne n'aurait eu la hardiesse de s'avancer si loin, et promit de chercher à connaître l'inclination de la souveraine. De part et d'autre, on savait fort bien qu'il s'en fallait qu'elle penchât vers Courtenay '.
Le surlendemain, dimanche (29 octobre), elle fit le pas décisif. On sait avec quelle solennité mystique et romanesque elle reçut de nuit, en compagnie d'une seule de ses dames, lady Clarence, l'ambassadeur impérial mandé en grand secret.
A genoux devant le saint sacrement exposé dans sa chambre, «elle récita le Vent Creator, que les deux jissistants répétaient
1. Noailles au roi» 4 novembre 1553. Vertot, t. II, p. 233, 234.
2. Renard à Charles-Quint, Londres, 28 octobre 1553. Man. Rec. Off,, t. I, p. 567-576. Dans la même lettre. Renard demande que l'Empereur continue de retenir en Allemagne le cardinal Pôle, parce que, étant cousin de Courtenay, il pourrait nuire au mariage (du prince d'Espagne). Cependant une lettre du cardinal à Courtenay ayant été ouverte, on n'y trouva que le conseil d'être fidèle à reine et reconnaissant du bien qu'il avait reçu d'elle. Renard à Charles - Quint , 31 octobre. Id , ibid.^ p. 603. Cette lettre est sans doute celle datée de Trente, 3 octobre, qui existe dans le Calendar Venetian de M. Rawdon Brown. Le cardinal félicite son jeune parent de son élargissement de la Tour, de Tacte de bonté de la reine, qui lui a restitué ses biens et son rang ; il l'exhorte à bien servir Dieu, l'Église et sa souveraine.
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avec elle, au moins des lèvres ; et, en se relevant , elle exprima devant Dieu, dont elle croyait sentir Tinspiration , la promesse irrévocable d'épouser le prince d'Espagne*.
Le chancelier, tenu comme tout le monde dans Tignorance de l'engagement contracté par la souveraine, continua de lutter pied à pied sur le terrain d'un mariage national. Outre les inconvénients et les dangers qu'il voyait dans l'autre parti, il représentait que, tant que la question religieuse serait en suspens au Parlement, on devait s'abstenir de mettre difficulté sur difficulté, et qu'il fallait d'abord voir comment elle se déciderait» Marie, quoiqu'elle suspectât son conseiller de chercher des délais, déféra néanmoins à son avis, tout en lui signifiant que,
1. Cette scène dramatique, que le P. Griffet a indiquée le premier {NouveatLX Éclaircissements.,. t § XXI, p. 83), se trouve au long dans une dépêche de Renard à l'Empereur, Londres, 31 octobre 1553. Man. Rec. Off., 1. 1^ p. 600-602. Jusqu'ici, elle n'a pas été reproduite intégralement, quoiqu'elle le mérite par sa singularité. La voici : « Dimanche au soir, ladite dame me manda pour venir devers elle, ce que je feis, et en la chambre où elle me parlit, le Saint-Sacrement y estoit, et me d éclaira comme, depuis que lui avois présenté les lettres de Votre Majesté, elle n'avoit dormi, ains avoit tousjours ploré et prié Dieu qu'il la voulsist inspirer et conseiller, pour lui respondre sur le point de mariage dont lui avois entamé le propos à Beaulieu *, et que lors le Saint-Sacrement estoit ausi en sa chambre, qu'elle l'avoit tousjours invocqué comme son protecteur,, conducteur et conseiller, qu'elle le prioit encore de bon cueur lui estre en aide en cecy, se mectant à deux genoulx, disant : Veni Creator spiritus; et n'y avoit en ladicte chambre sinon maîtresse Clarence et moi ; qui feismes le semblable ; mais quand à ladite Clarence, je ne sçais si elle entendit ladite oraison, ce que je crois, par la caresse ** qu'elle me feit ; et après que ladite dame (la reine) fut relevée, elle me dit que comme Votre Majesté m'avoit choisi pour traicter ceste négociation avec elle, elle m'avoit choisi pour son premier père confesseur et Votre Majesté pour le second, et, que, comme elle avoit pesée toutes choses, et ramentué les divises que lui avois tenu, aussi aiant parlé avec lesdits d'Arondel, Paget et Piètre ***,. confiant sur ce que lui assure des qualitez et conditions de Son Alteze, que Votre Majesté l'aura en bonne recommandation et souvenance, qu'elle (l'Empereur) s'accommodera à toutes conditions servans au publicque du rolaulme ; qu'elle lui demeurera bon père comme il a esté, et d'austant plus qu'elle sera deux fois père; qu'elle procurera devers Son Alteze
* Le 29 juillet précédent.
** Signe d'inielligenoe. Les deux assistants voyaient les choses à un point de me pla» terrestre.
*** Membre da Cooseil priré, qui s*était joint aux deux précédents.
plutôt que de faire un choix dans le royaume, elle ne se marierait jamais ^ Enfin, le 8 novembre, le jour même du vote parlementaire qui supprima le calvinisme d'Edouard VI pour restaurer la liturgie catholique de Henri VIII *, sans perdre un instant, elle permit à Renard de lui présenter la demande de mariage officiellement, en présence du Conseil privé. Alors, saisie d'une émotion profonde à cette première confidence devant témoins, elle écouta l'ambassadeur « avec contenance roiale, modestie convenante, visage intimidé et gestes tremblants ; » puis elle remercia l'empereur et se retira suivie de son Conseil pour délibérer. Elle prolongea la délibération, ruse féminine, comme si jamais elle n'avait entendu parler de rien '. Elle reparut enfin rassérénée et souriante, et annonça que, pleine de confiance dans l'empereur, elle était prête à écouter les propositions qu'il voudrait bien lui faire *.
qu'elle lui soit bon mari et époux ; se sentant conseillée de Dieu qui lui a déjà fait tant de miracles en son endroit, elle me donnoit le mot de princesse de mariage pour Son Alteze devant ledit Saint-Sacrement, sentant absolutemcnt son inclination tendre là ; qu'elle ne changera jamais, ains Taimera parfaitement, et ne lui donnera occasion d'estre jaloux; qu'elle avoit fainct d'estre malade ces deux jours passés, mais que la maladie despendoit du travail qu'elle a heu pour prendre cette résolution. Sire, la joye que je receu de ceste déclaration fust telle que Votre Majesté peult penser ; 'et si elle avoit invocquée le Saint-Esprit, j'avois invocqué la Trinité pour l'inspirer à cette désirée responce. »
M. Froude {Histoire d* Angleterre ^ t. VI, p. 109), avec son goût de l'enluminure, ne trouvant pas le tableau suffisamment coloré, ajoute quelques coups de pinceau : « Lorsque le chant {du Veni Creator) s'éteignit dam le silence ^ Marie se releva comme inspirée et annonça le divin message. Le prince d'Espagne était l'élu du Ciel pour la reine vierge ; si des miracles étaient nécessaires pour qu'il lui appartint ^ il y avait quelqu'un de plus fort que quiconque prétendrait se jeter à la traverse ; la malice du monde serait impuissante à le détourner d'elle; eUe le chérirait, eUe l'aimerait uniquement ; et, dès ce moment, jamais, par aucune inconstance de sa part, eUe ne lui donnerait sujet de jalousie. »
i. Renard à Charles-Quint, Londres, 6 novembre 1553. Man. Rec, 0/f., t. I, p. 656, 657.