‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 44 sur 133 · ibid.j p · texte numérisé non relu

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Cependant les communes attendaient depuis huit jours le plaisir de la reine pour lui présenter leur adresse. Elle les laissa se morfondre une semaine encore, sous prétexte d'indisposition. Tout à coup, le 16 novembre, elle manda TOrateur ou président de la Chambre basse, tellement à l'improviste, que les principaux étaient absents. Il vint, accompagné seulement d*une vingtaine de membres du Parlement, et sans avoir eu le loisir de se munir de l'adresse votée. Il y suppléa par l'abondance de sa parole. Il requit la souveraine au nom des communes : 1® de se marier, 2** de choisir dans le royaume un de ses sujets. Son discours prit de telles proportions que Marie, impatientée et fatiguée, s'assit, contrairement à l'usage, pendant qu'il parlait, et, quand il eut fini, au lieu de laisser, selon un autre usage, le chancelier répondre pour elle, elle prit la parole, remercia d'un ton courtois le Parlement du zèle et de l'attachement qu'il montrait en l'exhortant au mariage, mais revendiqua sèchement la liberté dont les princes devaient jouir, aussi bien que les particuliers, dans leur choix ; si elle se mariait contre son gré, elle ne vivrait pas trois mois. Elle prierait Dieu de la conseiller et de l'inspirer, et, selon qu'il lui plairait l'inspirer, elle se marierait ' .

Le comte d'Arundel, l'un des partisans du prince d'Espagne, railla Gardiner de ce qu'il venait de perdre son office de chancelier, que la reine lui avait usurpé. Deux jours après, comme pour achever son ministre, Marie lui dit qu'elle l'avait soupçonné d'avoir fait la leçon à l'Orateur, car elle avait entendu de sa bouche toutes les raisons que celui-ci lui avait exposées. Elle ajouta que pour lui parler franchement et librement, comme à son bon et fidèle conseiller, elle n'épouserait jamais Courtenay. A ces mots, accompagnés de quelques paroles sé-

i. Renard à Charles- Quint, Londres, 17 novembre 1553. Man. Rec, 0/f., t. I, p. 713-718. Noailles au roi, 24 novembre 1553, Vertot, t. II. p. 269-270, et Mémoire de ce que le sieur cTHogius fera efitendre au roi.., (décembre 1553). Id.f ibid,, p. 284.

vères à Tadresse du président des communes^ Gardiner, tout en larmes, protesta qu'il ne s'était pas entendu avec lui. Quant à son affection pour Gourtenay, elle avait commencé dans leur commune prison. Mais, lui demanda- t-elle, parce qu'il avait pris cette amitié en prison, était-ce un motif de la forcer à ce mariage ? Le chancelier reconnut qu'en effet il n'y avait pas de raison de la forcer à l'un plutôt qu'à l'autre, et que celui qu'elle désirerait serait celui auquel il obéirait *. Dès lors, en effet, il cessa toute opposition ouverte, sans être pour cela réconcilié avec l'alliance d'Espagne. Car il lui arriva encore de dire que le point du mariage étranger était aussi dangereux que celui des hérétiques ".

i. Renard à Charles-Quint, Londres, 20 novembre 1553. Mon, Rec, Off'., t. I, p. 735, 736.

2. Du même au même, 3 décembre 1553. Mon, Rec, O/f., t. I, p. 832. Les Impériaux continuèrent de le suspecter. Granvelle écrit & Renard, Bruxelles, 19 novembre 1553 (Papiers d'État^ t. lY, p. 151), qu'il ne doute pas que Tévêque de Winchester n*ait le projet de publier sous main toute la négociation qui se fait « pour veoir si quelque chose se pourroit lever qui rompit nostre deseing, et luy peut donner oportunité de conduyre ce qu'il désire. Mais enfin la royne est royne... »

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