‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 47 sur 133 · NoaQles au roi, 17 novembre 1553. Vertot, tU, p · texte numérisé non relu

NoaQles au roi, 17 novembre 1553. Vertot, tU, p

nous venons de voir que les conjurés étaient si peu décidés sur réponse à lui donner, qu*au milieu de novembre ils hésitaient entre les deux sœurs. Gourtenay affecta de prendre avec résignation le congé que Marie avait signifié pour lui au chancelier. Il cessa ses démonstrations de poursuites et dit à Paget qu*en effet il ne méritait pas une telle élévation. Dépourvu de cœur, comme d'intelligence, il ne rougît pas de rejeter les torts sur Gardiner, son bienfaiteur, que Paget battait en brèche de toutes ses forces au Conseil. Il raconta que le chancelier, Walgrave, Southwell et Inglefîeld, Tavaient mis en fantaisie qu'il pourrait parvenir à cette alliance et incité à y prétendre, lui qui n'y pensait pas auparavant. Il promettait une entière fidélité à la reine, puisqu'il tenait d'elle la vie et les honneurs, les biens et la liberté i. Ainsi le malheureux trahissait tout le monde à la fois. Et néanmoins, pendant qu'il risquait ainsi sa tète ou au moins sa liberté, il différait de jour en jour le complot, pour voir si lopposition obstinée du peuple au mariage avec le prince étranger n'induirait pas Marie à changer de sentiment'.

Il ne se doutait pas qu'il était trahi lui-même par deux de ses serviteurs. Vers le milieu d'octobre, ils avaient révélé que leur maître savait qu'on voulait débaucher quelques-uns des capitaines anglais destinés pour l'Irlande ; que plusieurs hérétiques avaient demandé à l'ambassadeur français si le roi ne voudrait pas les soutenir; qu'ils lui feraient bon service; que l'ambassadeur, sans promettre d'argent pour le moment, leur avait conseillé de passer à la cour de France, avec promesse d'y être écoutés, bien reçus et bien récompensés; qu'enfin l'ambassadeur ne négligeait rien pour circonvenir leur maître '.

1. Renard à Charles-Quint, Londres, 28, 29 novembre 1553. Mon, Rec. Off,, t. I, p. 774, 803, 804.

2. Noailles : Mémoire de ce que le sieur cTHogitis fera entendre au roi.,,, premiers jours de décembre 1553. Vertot, t. II, p. 286, 287.

3. Renard à Charles-Quint, Londres, 23 octobre 1553. Man. Rec, Off,, 1. 1, p. 552, 553. De Fautre côté, la correspondance de Noailles confirme ces révélations.

Complément du tableau : l'ambassadeur français, lui aussi, jouait double jeu des deux côtés à la fois. Avec la reine, il demanda bruyamment une audience, où il lui éclairctt tous les doutes qu'elle pouvait avoir et protesta des sentiments d'amitié du roi pour elle. Sur quoi elle répondît avec beaucoup d'Aonnêtes paroles et affirma qu'elle ne lui donnerait jamais occasion de la diminuer, ni d'aliéner la bonne volonté et l'affection dont elle le savait animé à son égard (19 novembre) ^ Peut-être aurait-elle été dupe du stratagème, si Renard, aussi fin que son ennemi, ne l'avait pas avertie de se tenir sur ses gardes. Quand les Français, lui dit-il, ont quelque pratique sous main, ils font volontiers des négociations de cette espèce pour la couvrir *. Avec ses clients, les mécontents, Noailles n'était pas plus sincère. Car, s'il tendait à détrôner Marie Tudor, il ne songeait pas à lui substituer Elisabeth et Courte nay. Opiniâtre dans ses desseins en faveur de Marie Stuart, quoique Henri II les eût désapprouvés naguère, il considérait que, Marie renversée par la rébellion, Elisabeth écartée par le vice de sa naissance, le chemin était frayé à la jeune reine d'Ecosse, élevée alors en France, comme future épouse du dauphin François. Elle régnerait sur l'Angleterre, de plein droit, en qualité de petite-fille de Marguerite Tudor, l'aînée des deux sœurs de Henri VIII *.

Elisabeth se trouvait donc en péril de tous les côtés. Car, de même qu'il avait transpiré quelque chose des négociations mystérieuses de la reine avec Renard, de même aussi des rumeurs, d'abord sourdes et indistinctes, bientôt plus précises, parties du camp où l'on conspirait, étaient parvenues aux oreilles de Marie et des Impériaux. Deux des plus anciens serviteurs d'Elisabeth vinrent rapporter à Paget que leur maîtresse, qui jusque-là les

1. Noailles au roi» 24 novembre 1553, et Mémoire de ce que le sieur cTHogius fera entendre au roi.,, Vertot, t. II, p. 267, 268, 281^ 282.

2. Renard à Charles-Quint, Londres, 20 novembre 1553* Mon. Rec, Off,, t. I, p. 733.

3. Marguerite avait épousé Jacques IV, roi d'Ecosse. Jacques V, leur fils, avait eu, de Marie de Lorraine, Marie Stuart.

consultait dans toutes ses affaires, ne leur communiquait plus rien et se cachait d'eux depuis un mois. Elle recevait un inconnu, que Ton disait Français et ministre de la religion réformée. Pourquoi? Ils ne le savaient pas ; mais ils ne voulaient pas être inculpés, si elle faisait quelque chose contre son devoir. Paget, ami d'Elisabeth en tant que sœur de la reine, mais toujours du côté du pouvoir, se récria qu'elle était « enfarinée de pratiques françaises et hérétiques », et qu'elle était l'instigatrice des menées qu'on avait découvertes les jours précédents (celles des ambassadeurs de France et de Venise). Renard en revint alors à sa conclusion ordinaire d'observer de près Elisabeth et de tensen*er dans la Tour, plutôt que d'attendre l'issue de ces pratiques. Il dénonçait aussi des assemblées nocturnes d'hérétiques et de Français *

1. Renard à Charles-Quint, Londres, 29 novembre 1553. M<m, Rec, Off., t. I, p. 805-807.

Page 1