‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 48 sur 133 · INTRIGUES DE NOAILLES. — ELISABETH QUITTE LA COUR · texte numérisé non relu

INTRIGUES DE NOAILLES. — ELISABETH QUITTE LA COUR

La reine était fort troublée, non par la crainte, sentiment qu'elle ne connaissait point, mais par le souci de sa responsabilité si elle venait à mourir sans enfants. Que deviendrait le royaume après elle ? A qui le trône irait-il ? On y prétendrait de trois côtés : la reine d'Ecosse, qui avait le meilleur droit ; la duchesse de Suffolk ^, et la princesse Elisabeth. Elle les excluait toutes trois par divers motifs, surtout Elisabeth, hérétique, illégitime, et, de même que sa mère avait été came de troubler et altérer tout le royaume, capable, elle à son tour, de le ruiner ; particulièrement, à l'exemple de sa mère, elle serait Française *. Marie se faisait conscience de consentir que la succession vint à lui échoir. Quel parti prendre ? Il y avait une quatrième parente, à qui elle donnait de beaucoup la préférence : c'était

1. Mère de Jane Grey. Nous avons indiqué plus haut sur quoi se fondaient ses prétentions, p. 84.

2. Sur cet article, la crainte qu'elle fût Française, Paget répondait que cela ne pourrait être, à moins qu'elle ne voulût perdre le royaume , car il était impossible de faire le cœur du royaume français, sinon par l'ez trême de la force. (Renard, 28 novembre 1553, 1. 1, p. 769,770).

Marguerite Douglas , femme du comte de Lennox, petite- fille de Henri YII*.

D'ailleurs, continuait Marie en présence de Paget et de Renard, Elisabeth n'allait à la messe que par hypocrisie. Elle n'avait chez elle ni un serviteur ni une demoiselle qui ne fussent hérétiques ; elle conversait tous les jours avec des hérétiques : elle prétait l'oreille à toutes les mauvaises suggestions. Enfin il ne serait pas honorable pour le royaume qu'une bâtarde succédât. Cependant, ajoutait Marie, elle y penserait encore ; elle consulterait quelques-uns de son Conseil ; elle attendrait l'avis de l'empereur *.

Les agitations de son âme se manifestaient au dehors par du refroidissement envers Elisabeth. Au lieu que, précédemment, elle la tenait toujours par la main aux grandes assemblées et lui assignait la première place après la sienne, il lui arrivait maintenant de donner le pas sur elle à la comtesse de Lennox et à la •

duchesse de SufTolk. Pas une dame de la cour n'osait lui faire visite, ni lui parler, sans l'aveu de la souveraine. Mais elle, la suspecte de vingt ans, quelle était son attitude dans une situation si délicate ? Elle s'en montrait si peu étonnée^ qu'elle payait de fierté, même de bravade. Son logis ne désemplissait pas des jeunes gentilshommes de la cour, attirés et retenus auprès d'elle par les grâces calculées de son accueil '.

i. Renard à Gharles-Quint, Londres, 28 novembre 1533. Man. Rec. Off,, t. I, p. 766, 767, 772.

Marguerite Tudor, flUe aînée de Henri VII et sœur atnée de Henri VIII, avait épousé, en premières noces (1503), Jacques IV, roi d'Ecosse; en secondes noces (1514), Archibald Douglas, comte d'Angus. De cette union était née Marguerite Douglas (1515), plus tard comtesse de Lennox et mère de Henri Damley, celui qui fut le second époux de Marie Stuart. La reine poussa même l'amitié pour les Lennox jusqu'à songer à faire le comte de Lennox roi d^Écosse , à la place de la jeune Marie Stuart (Renard à Charles-Quint, 3 avril 1554; Man, Rec. Oyf., t. II).

Page 1