‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 59 sur 133 · Man, Rec, Off., t. I, p · texte numérisé non relu

Man, Rec, Off., t. I, p

4. Voici le texte de ses instructions : « Le comte dira à la reine d'An>

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Du reste , il faut convenir que Marie avait des raisons suffisantes de s'assurer de la personne de sa sœur et de changer en un ordre péremptoire de Tamener à la cour l'invitation courtoise encore qu'elle lui avait adressée le 26 janvier. Elle chargea de l'aller chercher lord William Howard, sir Edward Hastings et sir Thomas Cornwallis. Le personnage principal, William Howard, amiral d'Angleterre, était frère de la mère d'Anne

gleterre que nous espérons, puisqu'il a pieu à Dieu, comme dessus est dit| lui donner telle assistence que non-seulement lesdits rebeUes soient esté vaincuz, mais que les chiefs en soient mortz ou prins et reduictz entre ses mains, que se serve bien, comme espérons que par sa prudence elle sçaura faire, de ceste occeision que Dieu luy donne et mect en main , et sera la yraye ressource et establissement de ses affaires, usant envers les culpables de la sévérité requise, puisque ilz ont si grandement mésusé de sa clémence ; et en cas que Texecution ne fut encores faicte des culpables, vous luy persuaderez qu'eUe le face, et que le chastoy soit prompt et tost, pour, avec la faveur que lui donne la victoire, se faire quicte de ceulx qu'ont déclairé leur si malheureuse volonté en son endroict, et donner terreur aux autres, et que, pardonnant aussi promptement au surplus, elle asseure la bonne volonté de ceulx qui suyvans les chiefz pourroient avoir erré, afin que par la clémence, leur ostant le scrupule et doubte en quoy ilz pourroient estre, eUe leur face perdre la volonté que la crainte leur pourroit donner pour mouvoir chose nouvelle afin de s'asbeurer.

« Davantaige, que tenant regard et consideracion à ce que par les advertissements qu'eUe a de plusieurs lieux, du peu de sincérité dont Madame Ëlisabet et Cortenay usent à son endroict, et que, à ce que Ton congnoit par les lettres interceptées de l'ambassadeur de France, le but des conspirateurs tendoit à leur faveur, elle regarde de, s'il est possible, s'attacher à leurs personnes, sans dissimuler en leur endroict chose que la justice puisse comporter, et si avant qu'elle puisse persuader à ceulx de son Conseil qu'ilz le trouvent bon, et s'ilz ont délinqué procéder sévèrement à leur cbastoy, et s'en faire quicte avec l'occasion qu'elle peut avoir sur la mémoire si frescbe de ce derrenier trouble de procurer tout ce que convient pour son asseurance, et que, pour Dieu, elle veulle considérer que en choses d'estat, et mesmes en ceste qualité ou conspirations se descouvrent si manifestes contre sa personne, peu de cause doit souffire pour du moins s'asseurer des personnes et les mettre en lieu où l'on soit certain d'eulx qu'ilz ne pussent nuire. »

L'empereur, toujours prudent, recommande à son envoyé de donner ces conseils en secret à la reine d'Angleterre ; il faut qu'elle paraisse agbr d'elle-même, de peur que ses ministres ne prennent jalousie, comme si l'on voulait entreprendre de gouverner les affaires de leur pays sans eux.

(Instructions au comte d'Ëgmont sur ce qu'il aura à faire en Angleterre..., Brusselles, 18 février 1553-4. Man, Rec. Off,^ t. II, vers la fin.)

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Boleyn et conséquemment grand-oncle d'Elisabeth. Ainsi Marie Tudor chobissaît dans cette circonstance Thomme qui devait être le plus incliné à user d égards et de bons procédés envers la jeune princesse. Une escorte respectable les accompagnait ^ Elle leur adjoignit aussi ses deux médecins, dont Tun, le docteur Wendy, avait connu Elisabeth dès l'enfance, dans la maison de Catherine Parr *.

Ici les Actes et Monuments de Foxe ouvrent une belle page en l'honneur d'Elisabeth. Le célèbre auteur du Martyrologe^ inspiré trop souvent par l'imagination et par l'enthousiasme voulu, a fait autorité jusqu'à nos jours, où l'étude des sources authentiques a démontré ses flagrantes inexactitudes *. U dépeint sous de noires couleurs la conduite de Marie envers sa sœur. Elle ne connaît ni ménagements ni humanité envers celle dont l'innocence et la solide vertu l'exaspèrent. En effet, raconte Foxe, aussitôt le soulèvement de Wyatt, dès le lendemain, la reine, soit sur le faux soupçon qu'Elisabeth et lord Gourtenay y avaient part , soit animosité particulière contre elle, ordonne à sir Richard Southwell, sir John Williams, sir Edward Hastings et sir Thomas Cornwallis ^ d'aller en force la chercher à Ashridge. Arrivés à

\, Noailles au Connétable, 11 février 1553 (4). Vertot, t. III, p. 63.

2. Renard à Charles-Quint, Londres, 12 février 1553 (4). Man. Rec. Off.^ t. I, p. 1201. Miss Agnès Strickland, Elizabeth, p. 73. M. Fronde, t. VI, p. 190, suppose tout à fait gratuitement que les sentiments du peuple en faveur d'Elisabeth imposèrent l'observation des formes de la justice et de la décence à son égard et qu'on dut envoyer des médecins de la cour pour la soigner. Le satirique historien ne réfléchit pas que les médecins ayant été envoyés dès le 10, en môme temps que les commissaires, le peuple n'avait certainement pas eu le loisir de se prononcer assez haut pour peser dans la balance contre la reine, et cela moins de trois jours après la défaite de Wyatt. L'envoi des médecins fut, sans aucun doute, spontané de la part de Marie, sur la demande qu'elle avait reçue antérieurement d'Elisabeth.

3. Le mérite en revient ici à Patrick Fraser Tytler, England itnder the reigns of Edward VI aiid Mary, t. II, p. 422-429. Foxe, réfugié à Bâle pendant le règne de Marie, fut d'autant plus exposé à prendre les histoires courantes pour la vérité. Il admit tout sans critique, son zèle ne lui permettant pas de rien analyser de ce qui concernait la gloire d'Elisabeth et de la Réforme.

4. Foxe se trompe sur le nombre et les noms des commissaires.

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lïmproviste sur les dix heures du soir , les lords apprennent qu'Elisabeth est au lit, fort malade. Néanmoins, séance tenante, ils lui mandent qu'ils sont porteurs d'un message de la reine. Elle répond qu'elle souffre beaucoup , que la soirée est trèsavancée , qu'elle les prie d'attendre au lendemain matin. Mais eux : il faut absolument qu'ils la voient, répliquent-ils ; et ils la verront, quel que soit son état. Sans même laisser à la dame d'honneur (Catherine Ashley) le temps de porter leur réponse à sa maîtresse, les voilà qui s'élancent sur ses pas et font irruption dans la chambre. « Milords, s'écrie Elisabeth avec sur* prise, étes-vous donc si pressés que vous n'ayez pas pu différer jusqu'à demain matin? » Ils sont peines, disent-ils, de la voir dans cet état. « Et moi, je ne suis pas contente de vous voir ici à cette heure de la nuit. » Mais , poursuivent les commissaires, ils viennent de la part de la reine , dont le bon plaisir est qu'elle se rende à la cour. Elle proteste que , plus que personne au monde, elle serait heureuse d'être auprès de Sa Majesté; seulement la maladie l'en empêche ; ils le voient bien. « Oui, cela est vrai, nous le voyons, répondent-ils, et nous en sommes très-chagrins. Mais il faut que vous sachiez que notre mandat est tel et si absolu, que nous devons sans rémission vous ramener avec nous, morte ou vive. » Sur quoi, ils appellent les deux médecins , et , d'après leur déclaration qu'elle peut supporter le voyage , ils l'emmènent dès le lendemain matin à neuf heures, dans la litière de la reine, dont ils avaient été pourvus à cet effet. « A l'heure fixée, ils la firent sortir comme elle était, faible et abattue, et dans un tel état, qu'elle faillit s'évanouir trois ou quatre fois au milieu d'eux. Je voudrais dire , conclut Foxe, mais je ne saurais l'exprimer, quelle tristesse régnait dans sa maison à la vue de l'irrespectueuse et déplorable conduite des lords, à la vue surtout de l'anxiété et de la captivité de leur innocente dame et maîtresse ^ »

1. Foxe, t. VIII, p. 606, 607. Heywood a répété le récit de Foxe, qui a inspiré aussi Holiushed.

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