The Chronicle of Queen Jane,.,^ P- 71, not. a
descendit à son désespoir. 11 lui permit d'écrire, et, le genou en terre, il lui jura sur l'honneur de remettre lui-même sa lettre à la reine éï de lui rapporter la réponse, quoi qu'il dût arriver K
Elisabeth n'eut pas ici le loisir d'étaler son talent et son goût de belle rhétorique, savamment équilibrée. Elle défendit sa vie, selon l'inspiration du moment, .dans un style tendu et heurté.
« Si jamais, disait -elle, quelqu'un eut à faire l'épreuve de cette vieille sentence, que la parole d'un roi vaut plus que le serment d'un autre homme, je supplie très-humblement Votre Majesté d'en faire encore une vérité à mon égard, et de vous souvenir de votre dernière promesse et de ma dernière demande ' : c'est-à-dire que je ne serais pas condamnée sans être entendue et sans preuve acquise. Et voilà pourtant où j'en suis, à ce qu'il me semble, puisque, sans qu'il y ait rien de prouvé, je reçois de votre Conseil, en votre nom, l'ordre de me rendre à la Tour, ce lieu fait pour un faux traître et non pour un loyal sujet. Que je ne l'ai pas mérité, je le sais bien ; mais, devant la face de tout ce royaume, mon crime semble démontré. Et moi, je demande à Dieu de me faire mourir de la mort la plus honteuse dont on soit jamais mort, plutôt que j'en vienne à concevoir de tels desseins.
« A cette heure, je proteste devant Dieu (qui jugera ma véracité, quelles que soient les inventions de la malice) que jamais je n ai fait, conseillé ou approuvé aucune chose capable de préjudicier à votre personne en quoi que ce fût, ou de mettre l'État en péril. Voilà pourquoi je supplie humblement Votre Majesté de me permettre de répondre en sa présence, au lieu de m'abandonner à la discrétion de ses conseillers, et que ce soit avant d'aller à la Tour, s'il se peut, sinon avant qu'une condamnation ait été rendue contre moi. Mais, j'en ai la pleine assurance, Votre
1. Foxe, t. VIII, p. 607,608. Renard à Charles - Quint , Londres, 22 mars 1553 (4). Man. Rec. Off,, t. II. — Noailles au Connétable, mars. Arch, aff, étr.^ Copies des dépêches de MM, de Noailles, t. I et II (en un), p. 10. — Heywood, p. 87-95.
2. En décembre précédent, lors du départ d^Éliéabeth . pour Âshridge.
Altesse me raccordera avant que j'y aille, afin que je n'aie pas l'affront de ces cris qui vont s'élever contre moi, et certes sans fondement.
« Puisse Votre Altesse, inspirée par sa conscience, adopter à mon sujet quelque voie meilleure que de me condamner à la vue de tous les hommes, avant qu'on sache si je l'ai mérité 1 Je suppUe très-humblement Votre Altesse de me pardonner ma hardiesse; c'est mon innocence qui me la suggère, ainsi que mon espoir en votre bonté naturelle. Elle ne voudra pas, j'en suis sûre, me perdre sans que je l'aie mérité. Ce que je demande le plus à Dieu, c'est que vous acquériez la connaissance exacte de ce qui en est; or, dans ma pensée, dans ma conviction, vous ne sauriez jamais en être instruite par les rapports d^autrui, mais uniquement par vous-même après m 'avoir entendue.
« Je sais beaucoup de gens de ce temps-ci dont la perte est venue de ce qu'ils n'ont pas été admis en la présence de leur prince; et naguère j'ai ouï dire à milord de Somerset que, si l'on avait souffert que son frère lui parlât, il n'aurait jamais été exécuté. Mais on employa tant d'arguments, qu'il en vint à croire que sa vie ne serait plus en sûreté si l'amiral vivait , et cela le détermina à consentir à sa mort. Assurément, je ne compare pas ces personnes à Votre Majesté ; mais je prie Dieu que les mauvais arguments ne persuadent pas aussi une sœur contre l'autre, et cela parce qu'il y aura eu de faux rapports et qu'on n'aura pas ouvert l'oreille à la vérité.
« Ainsi, encore une fois, agenouillée dans toute l'humilité de mon cœur, puisqu'il ne m'est pas permis de plier devant vous les genoux de mon corps, je sollicite humblement une audience de Votre Altesse. Je ne serais pas si hardie que de la désirer, si je ne me savais pas aussi nette que je suis véridique. Pour ce qui est du traître Wyatt, il se peut par aventure qu'il m'ait écrit une lettre; mais, sur ma foi, je n'en ai jamais reçu de lui. Et quant à cette copie de ma lettre envoyée au roi de France, que Dieu me confonde éternellement, si jamais je lui envoyai parole,
message, signe d'intelligence ou lettre, de quelque manière que ce soitl Cette vérité, que j'affirme, je la soutiendrai jusqu'à la mort. — De Votre Altesse, la très-fidèle sujette, qui l'a été dès le commencement et le sera jusqu'à ma fin. Elisabeth. — Je vous en conjure humblement, rien qu'un mot de réponse, de vous-même *. »
Cependant, malgré son trouble et tant d'émotions poignantes, la jeune princesse n'était ni abattue ni terrassée. Si l'on jette un coup d'œil sur cette pièce remarquable, on s'étonne de l'écriture, non pas plus ferme encore qu'à l'ordinaire, comme dit M. Froude par un excès de flatterie rétrospective ' , mais soutenue, égale, régulière; certaines initiales ornées, comme aux paisibles jours d'étude. Le parafe élégant et compassé de la signature ne manque d'aucun des enjolivements dans lesquels la plume d'Elisabeth aimait à se jouer. Çà et là, des mots sautés, rétablis dans les interlignes , sont les seuls indices de 1 état violent de son esprit. La lettre remplit le recto d'une feuille infolio et une petite partie en haut du verso ; la signature est tout au bas de la seconde page. Ne se pouvait-il pas que dans cet intervalle, s'il restait ouvert, une main indiscrète ou perfide introduisit quelque addition dangereuse ? Elle prit le temps de bâtonner tout l'espace à partir de la dernière ligne jusqu'à la signature. Une suite de traits obUques, ceux-ci à peine tremblés, ne laissèrent de champ à personne, ami ou ennemi. N'est-ce pas une présence d'esprit et une prudence extraordinaires?
Toutefois, à écrire, elle ne gagna que le stérile avantage d'un sursis de vingt-quatre heures, parce l'heure du flot avait passé et qu'on ne se risqua pas à la marée de minuit. La reine, pour toute réponse, gourmanda ses officiers, irritée qu'on lui mar-
1. EUis, Original Letters^ 2e série, t. II, p. 254. L'original a été reproduit par la photographie dans la grande collection des Facsimiles of National Manuscripts, 3' partie, n» XXV. Nous avons tenu aussi à examiner l'original lui-même au Record Office. Dômes tic j Mary, t. IV, n® 2.