‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 66 sur 133 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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4. Lord Maltraver?, fils unique de Fitzalan Henry, comte d'Arundel, mourut à Bruxelles, en juillet 1556»

en déplorant d'avoir vu le jour où on devait le produire comme témoin contre elle. 11 avait été merveilleusement examiné et secoué concernant Son Altesse : mais il prenait Dieu à témoin, devant l'assistance, qu'il ne savait rien du crime dont on le chargeait *.

Du dehors, les amis d'Elisabeth cherchaient à lui venir en aide. Toutefois leurs manœuvres pour échauffer le peuple tendaient plutôt à augmenter ses dangers. Ils semaient dans les rues des pamplets aussi virulents en sa faveur que séditieux à l'égard de la reine ^. Ils inventèrent ce prestige grossier d'aposter une jeune fille dans une muraille creuse. De sa cachette, elle exaltait Elisabeth et traitait la messe d'idolâtrie. La foule s'attroupa devant la pierre qui parlait^ incertaine si c'était le Saint* "Esprit ou un ange, jusqu'à ce que le Conseil fit ouvrir le mur et donna l'explication de la merveille. Ou encore, une femme allait par la ville, médisant de la reine et de ses belles amours^ avec un flot de louanges sur la prudence d'Elisabeth, des prières pour sa prospérité et des prédictions qu'elle parviendrait bientôt à la couronne'.

M. de Noailles, quant à lui, tenta une démonstration pour dis* siper les ombres que jetait sur elle la découverte, dans le trop fameux paquet du 26 janvier, d'une copie de sa lettre à sa sœur. La situation de l'ambassadeur de France était singulière.

Il ne se consolait pas que ses trames , combinées avec tant d'art, eussent éprouvé un si misérable échec, après avoir touché de si près au triomphe.

Officiellement, il portait les congratulations du roi à la reine, grandement tenue à Dieu de l'avoir ainsi préservée d'une si soudaine étnotion et sublévation de ses propres sujets, à quoi le mo-

1. Mais nous savons par Noailles qu'il avait été l'un des conjurés les plus ardents et les plus opiniâtres. V. plus haut, p. 176, not. 4.

2. Renard à Charles-Quint, 7 avril 1554. Man. Rec. Off,, t. II.

3. Le protonotaire de Noailles au cardinal de Châtillon, 12 avril 1534. Archiv. aff. étr., Copies des ambassades, etc^ t. I et II, p. 297.

narque s^assuratt qu'elle saurait bien pourvoir pour l'avenir^. Dans son for intérieur, rongeant son frein , et tout plein de la pensée de brouiller cet avenir, il s'en prenait de sa déconvenue aux Anglais , par trop faciles à se desmouvoir d^une entreprise et laisser soubvént le chemin de leur liberté pour chercher une honteuse mort ; au roi lui-même , trop grand observateur d'amitié envers cette dame; s'il lui avait plu prêter Toreille aux mécontents, elle n'aurait plus un seul navire de guerre en son pouvoir ; et tant de vaillants et grands personnages ne seraient pas dans ses prisons et à ses gibets; mais, au contraire, ils seraient en liberté pour lui ôter la même couronne qu'ils lui avaient naguère acquise*.

Le roi correspondait aux incitations de son ministre : il savait, lui écrivait-il, la résolution arrêtée de la reine d'épouser le prince d'Espagne, « estant assez commun combien une femme est entière en ses voluntez. » Maxime de philosophie pratique où il se rencontrait avec Charles-Quint. Il ne voyait d'autre « moien de rompre ni empescher cela , sinon que ceulx du pays qui doibvent cognoistre le mal qui leur en adviendra et la servitude ou ilz entreront pour ce moyen y mettent la main, pour, en quoy les conforter, il n'a esté, ne sera obmis aucune chose

1. Le roi à Noailles, Fontainebleau, 27 février 1553 (4). Archiv. aff, é/r., Copies des dépêches, t. I et II, p. 259.

2. Nous continuons ici cette lettre remarquable : « Je le dis, sire, pour ce que j'en suis meilleur tesmoing que nul autre, et que de telle dissimulation et malice dont elle a usé en vostre endroict je m'en deuz (se douloir) en extrémité. Toutes foys U est à croire que Dieu, qui vous a tousjours tenu des siens , ne vouldra laisser impugnyes les dissimulations desquelles elle vous a si longtemps voullu entretenyr, et encore moings les grandes cruaultez qu'elle commet tous les jours contre son propre sang et de ses subgectz, permettant peut estre l'assemblée de ce Prince et d'Elle, pour les pugnyr tous deux par nouvelle occasion qu'il a voullu celler aux hommes pour leur faire congnoistre combien sont plus certains les instruments de sa vengeance que ceulx qui sont forgez par leurs inventions et praticques. » Noailles au roi, 9 mars 1553 (4). Arch. aff. étr., p. 285, 286. Sans le prendre sur ce ton d'hiérophante initié aux secrets de la diviuité, il est certain que le mariage d'Espagne ne tourna pas bien pour la reine d'Angleterre : elle ne fut pas aimée de Philippe ; et, entraînée dans sa guerre contre la France, elle perdit Calais.

de mon cousté, comme je m'asseure et vous prie de faire du vostre*. » Une de ses machines de guerre était d'accueillir les fugitifs d'Angleterre , de les receler, de favoriser leurs intelligences de l'autre côté de la Manche, en affirmant très-haut : des uns, qu'il ne les connaissait pas et ne savait où ils étaient ni ne pouvait les découvrir ; des autres , qu'il les avait pris à son service uniquement contre l'empereur. Aux plaintes trop légitimes de la reine , il opposait les violences exercées par des Anglais sur des commerçants français ou leurs vaisseaux, les dénis ou les retards de justice dont ses sujets avaient à souffrir de la part des officiers britanniques, — il est bon de remarquer que , vu la réciprocité de violence et de piraterie comme de vieille inimitié chez les deux nations, les Anglais avaient les mômes plaintes à élever. — Noailles, avec une assurance qu'on voudrait voir employée plus honnêtement, menait grand bruit sur ses prétendus griefs, sans oublier ses correspondances arrêtées. En France, le connétable les redemandait à Wotton, ambassadeur de Marie ; et après l'énumération des procédés auxquels les Français, à commencer par M. de Noailles , étaient en butte de la part des Anglais, il prenait soin de lui asséner ce compliment, que, à la cannaissance du roi, le tiers de l'Angleterre était du complot (de Wyatt) contre le prince d'Espagne*. Cependant Noailles, s'étanl rendu chez le chancelier, lui affirmait sans sourire que le roi était entièrement adonné au bien de la paix et bonne votsinance de ce royaume , prince vertueux et d'honneur. Quant à lui et à ses paquets, il se souvenait, dit-il, d'avoir envoyé la copie d'une lettre écrite par Madame Elisabeth à la reine, copie tombée entre ses mains fortuitement, et non par communication qu'elle lui en aurait faite, ywranf et blasphémant tous les serments du monde pour la justification de cette princesse '. Il

1. Fontainebleau, 21 mars 1553 (4). Arch. aff, étr.j Copies des dépé^ Ch€s,..f t. I et II, p. 21.

2. Wotton à la reine, 31 mars 1554. Tytler, t. II, p. 353, 362.

3. Renard h Charles-Quint, 3 avril 1554. Ma?i, Rec. Off.j t. II.

disait vrai, et, de tant d'assertions dont il était prodigue, c'était peut-être la seule où il ne mentît pas. Cette pièce , comme il l'avait mandé à sa cour, lui était venue d'un des officiers d'Elisabeth, mais pas d'Elisabeth elle-même. Il termina par une demande d'audience de la reine.

Renard , lorsque Gardiner l'informa de cette conversation , jugea que le ministre français avait calculé sa démarche pour la décharge d'Elisabeth ; que ses propos de paix ne méritaient nulle confiance, et que, s'U parlait doucement, il voulait les tromper et couvrir ses nouvelles pratiques avec les hérétiques et les mécontents. Partant, il était de la plus grande importance qu'on avisât au procès d'Elisabeth : car si elle était libre, disaitril , elle mettrait en servitude et crainte perpétuelle la reine et le chancelier lui-même. De là dépendait la réformation de la religion I C'était prendre Gardiner par son faible. Celui-ci ne put s'empêcher d'avouer que, Elisabeth vivante, il n'espérait pas de tranquillité pour le royaume. Il avait compris également que l'ambassadeur de France n'avait pas eu d'autre fin que de l'excuser. Quant à lui, si chacun allait si rondement en besogne, comme il fait^ poursuit Renard, les choses se porteraient mieux , et U espérait que Son Altesse y remédierait. « Et pour ce ne cessera de penser en chose tous les moiens convenables pour l'assurer en ce royaulme ; que, quant le mariage sera consommer, il n'y aura plus de danger et se rangeront les maulvais*. »

Il semble difficile d'attribuer à ce langage un autre sens que celui de l'exécution à mort de la captive. Pourtant le chancelier ajournait à l'arrivée de Philippe; il ne pouvait pas non plus sauver Courtenay sans sauver aussi Elisabeth; et la justice veut qu'on ajoute qu'il ne mena pas les choses si rondement^ puisque le prince, en venant épouser Marie, trouva ÉUsabeth vivante, sortie de la Tour, et qu'il n'eut pas à remédier aux aft'aires autrement qu'en rapprochant les deux sœurs , comme nous le verrons.

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