‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 67 sur 133 · ïd., ibid · texte numérisé non relu

ïd., ibid

Le surlendemain, l^r avril, M. de Noailles parut en présence de la reine, dans la même attitude de bravade qu'avec le chancelier. Laissant de côté les menues réclamations, il parla de ses paquets , « non pour craincte , lui dit-il , que j'eusse qu'il se trouvast chose dedans mes lettres qui contrariast le debvoir et office d'ung ambassadeur, ny au bien et entretenement de la commune et parfaicte amytié d'entre le roy et Sa Majesté, mais parceque j'avois sceu que l'ambassadeur de l'Empereur voulloit faire accroire qu'il les avoit deschiffrées, et imprimé à Sa dicte Majesté, que dans icelles avoit plusieurs paroles et practiques contre et au préjudice de son Estât, ce quiestoit, soubz Thonneur de ladicte dame, faux et contre vérité. » Si elle les lui faisait rendre, il les expliquerait mot à mot ; et on n'y « trouveroit chose qui concernast sondict Estât, ny sa couronne *. »

Ce qui rendait l'ambassadeur, disons si audacieux, — et vraiment le terme n'est-il pas trop modéré ? — c'est qu'ayant succédé à l'ambassadeur espagnol dans son logis, il y avait reconnu sur des débris de papiers abandonnés des tentatives non réussies de déchiffrement de ses lettres, et il croyait qu'on n'était pas parvenu à percer plus avant '.

Marie savait cependant à quoi s'en tenir ; elle eut le mérite de ne pas sortir des limites de la courtoisie. Mais, quand Tambassadeur prit congé, elle ne put s'empêcher de lui dire sèchement qu'elle avait trop plus cfoccaston de se douloir des ministres du roy que ceulx dudit roy des siens, qu'elle n'avait encore voulu déclarer ce qu'elle en savait, et qu'elle attendait l'effet de ses propos d'amitié tant au sujet de Pierre Garew que des autres fugitifs ^

1. Noailles au Connétable, (premiers jours d'avril) 1554. Vertot, t. III,

2. Id.j ibidy p. 134. Dans le courant de mars, il avait dit au chancelier qu'il n'était pas possible de déchiffrer ses lettres et qu'il ne fallait pas ajouter foi à ce que l'on prétendait y trouver. Renard à Charles-Quint, 22 mars 1553 (4). Man. Rec. Off,, t. II.

3. Renard à Charles-Quint, 3 avril 1554. Man, Rec, Off,, t. II. Noailles,

Comme pour rétablir la balance du mensonge, le Conseil fit signer à Marie un long mémoire où l'on articulait entre autres choses que les lettres ne se retrouvaient pas, et que jamais ni celles-là ni d'autres n'avaient été données à déchiffrer à l'ambassadeur impérial * .

Cette joute, quoique brillante, n'avançait pas les affaires d'ÉUsabeth. Le jour suivant, 2 avril, la reine ouvrit le Parlement à Westminster. Elle s'était départie de sa première résolution de le tenir à Oxford. L'objet principal devait être l'approbation de son traité de mariage. Déjà, le 6 mars, la souveraine s'était engagée irrévocablement, en recevant l'anneau de fiançailles des mains du comte d'Egmont, revenu comme ambassadeur extraordinaire de l'Empereur. Le comte partit ensuite pour l'Espagne au mois d'avril et fut suivi d'une brillante ambassade anglaise. Le Parlement sanctionna sans difficulté les arrangements, tels que Gardiner les avait réglés.

dans son compte rendu an connétable, se venge de ces paroles de la reine, en disant « que ce feust d'une telle fureur et avecques un tel visaige de coUère, qu'il n'y avoit rien de la douceur féminine. » Loc. citât., p. 135. 1. Calendar foreign, 1553-1538, p. 80. La reine au D' Wotton, 29 avril 1554. De ces deux assertions, la première était exacte, Gardiner ayant fait disparaître ces dépêches ; mais la seconde, de toute fausseté.

EXÉCUTrON DE WYATT. ELISABETH SORT DE LA TOUR

Le jour de ce vote (H avril 1554), la tête de Thomas Wyatl tombait sous la hache. Il est probable que, en le laissant survivre un mois à sa condamnation, on avait espéré obtenir de lui, comme il a été dit précédemment, des aveux plus amples que ses déclarations au procès. S'il en fut ainsi, l'attente du Conseil fut trompée. Il ne parla pas davantage. 11 passa ses derniers jours, insouciant, à l'étourdie. Le jour de Pâques, il communia avec les autres prisonniers, sans s*être confessé; il tint des propos malsonnants sur la religion et sur le saint-sacrement. La reine en fut très-scandalisée *. Cela n'était pas pour la disposer au pardon.

Une grande incertitude règne sur ce qu'il dit à ses derniers

1. Renard à Charles-Ouint, 3 avril 1554. Man, Bec. Off,, t. II. M. Froude (t. VIII, p. 204, note) a fait une méprise à ce sujet : il croit que la reine fut chagrine que l'on eût permis & Wyatt de communier, alors que sa confession était incomplète [while his confession was incomplète). Il ne prend pas garde que confession doit être pris ici dans le sens sacramentel, nullement dans le sens juridique. De ce genre de confession, Marie ne pouvait savoir qu'une chose^ si elle avait eu lieu ou non ; et pas du tout si elle avait été complète ou incomplète.

instants, s'il innocenta ou non Elisabeth et Gourtenay. Avant de se rendre au lieu du supplice, à la colline de la Tour, la terrible station du Tower-hill, située en dehors de la forteresse, il fut, sur sa demande, conduit par le gouverneur de la Tour, sir John Gage, et le lieutenant, lord Ghandos, à la prison de Gourtenay. Alors, agenouillé devant lui, il le pria de confesser aussi la vérité et de s'abandonner à la merci de la reine : tel fut du moins le rapport fait le jour même au Parlement et confirmé peu après par lord Ghandos, dans la Chambre étoilée, en présence du chancelier et d*une grande foule de peuple. Il n'y a pas de motif raisonnable de le contester *. En reprenant le chemin de la colline de la Tour, vers les dix heures du matin, Wyatt exprima le regret que la reine ne lui eût pas octroyé la vie, qu'il aurait employée, disait-il, à racheter ses fautes par ses services. Lord Ghandos et le D' Weston, doyen de Westminster, le soutinrent chacun par un bras jusqu'à Téchafaud. Là, il se recommanda aux prières des assistants; il reconnut son crime et la justice du châtiment; il exprima le vœu que l'exemple fait sur sa personne fût le dernier. « Et, continua-t-il, attendu que l'on a dit et fépandu que j'accuse milady Elisabeth et milord Gourtenay, cela n'est pas, bon peuple, car je vous assure que ni eux ni aucun de ceux qui sont là en prison n'eurent connaissance de mon soulèvement avant que je l'eusse commencé; j'en ai déclaré tout autant au Gonseil de la reine ^. Et cela est la pure vérité. » Là-dessus, le D' Weston l'interrompant : « Remarquez ceci, mes

1. The Chronicleof queen Jane,..^ p. 72 et note e. Quelques-uns pensent que Wyatt, dans le cas où Gourtenay aurait parlé, se flattait tout au moind d'un sursis nécessaire pour un supplément dlnstruction. Il avait tout à gagner à lier son sort à celui d'un aussi grand personnage. Mais Gourtenay, quoiqu'il eût gros à confesser, n'était pas d'humeur à rendre un service de ce genre à son complice. Le récit de la Chronide a été reproduit par Stow dans ses Annales , p. 621, 622. Holinshed a fait mention aussi de cette circonstance dans ses Chronides of England, p. 1101, 1102. Nous y insistons dans une note plus bas.

2. Mot à mot : » Je n'ai pas déclaré moins au Gonseil de la reine » {As I hâve dedared no lesse to the queues counsailie), The Chro?iide of ihe queen Jane..», p. 74.

maîtres : il dit que ce qu*il a révélé par écrit au Conseil sur milady Elisabeth et sur Gourtenay est vrai *. » A ces mots, rapporte l'annaliste, Wyatt, interdit, ou pour toute autre cause, se tourna sans ajouter une parole et se livra à l'exécuteur.

Cette fin est tout à fait étrange. Dans sa déclaration, catégorique en apparence, Wyatt cache une équivoque. Il commença en effet son mouvement insurrectionnel à l'insu d'Elisabeth et de Gourtenay, puisqu'on ne devait agir que six semaines ou deux mois plus tard et que les aveux très-inattendus de Gourtenay au chancelier forcèrent les chefs à un soulèvement prématuré. Mais il n'en est pas moins démontré historiquement, avec pleine évidence, que Gourtenay était du complot. Le langage captieux de Wyatt est donc de nulJe valeur. A Pâques, il se joue des sacrements. Sur l'échafaud, où il n'y a plus de grâce à espérer, cette grâce qu'il avait sollicitée ardemment, il jette, comme adieu ironique, une énigme poignante à Marie, partagée ainsi entre le scrupule de frapper deux innocents et la crainte de laisser vivre deux coupables, ses ennemis, qui pourront avoir leur jour contre elle.

Selon un autre rapport, Wyatt aurait dit tout à fait expUcit^ment : « Bon peuple, j'ai fait connaître devant l'honorable Conseil de la reine tous ceux qui prirent parti avec moi et furent de la conspiration ; mais, pour ce qui est de milady Elisabeth et du comte de De vonshire, j'affirme ici, sur ma mort, qu'ils n'eurent jamais connaissance de la conspiration, ni du moment où je commençai l'insurrection ; et, quant à ce qui est

1. Le docteur "Weston nous semblerait forcer quelque peu le sens extérieur des paroles de Wyatt. Il veut rappeler les déclarations très-catégoriques que celui-ci avait faites au Conseil sur ses complices. D'après Holinshed (p. 1101), Weston aurait dit mieux : « Ne le croyez pas^ bon peuple, car il a avoué toute autre chose au Conseil. » Holinshed, plus loin (p. 1104), prétend que le condamné aurait répliqué : « Ce que j'ai dit alors, je l'ai dit; mais ce que je dis en ce moment est vrai. » Enlout ceci, le véritable témoin authentique, c'est l'auteur de la Chronide of queen Ja7ie. Sa chronique est en effet la source première. Ecrite au moment môme, elle est d'une très-grande exactitude.

d'une faute quelconque à mettre à leur charge, je ne puis pas les accuser, Dieu m'en est témoin *. »

Nous affirmons sans hésiter que cette version, en contradiction flagrante avec le langage qu'il tint à son procès, est celle que les amis d'Elisabeth propagèrent sans perdre une minute. Noailles la transmet triomphalement à M. d'Oysel en Ecosse, lui, eux, qui mieux que personne en connaissaient la fausseté *. Le Conseil fit mettre au pilori, comme coupables de mensonge, deux individus qui répandaient cette histoire dans la Cité ^.

1. The Chro7iicle of queen Jane..,, p. 73, not. a. Cette déclaratioQ ne fait pas corps avec la Chronicle. L'éditeur moderne Ta insérée en note, d'après une autre source.

2. « M* Wiat eut la teste coupée..., deschargeant, avant que de mourir. Madame Elizabeth et Courtenay, qu'il avoit aulparavant chargez de s'esti'e entendus en son entreprinse, sur promesses que Ton lui avoit faictes de luy saulver la vie ; vous pouvant asseurer qu'il est bien d aultres et semblables Wiat en ce monde, et qu'il s'en trouvera une infinité qui bazarderont leurs vies pour conserver la liberté de leur pays. » Il parle ensuite de l'émigration croissante de la noblesse d'Angleterre en France : « il semble que la moitié de ce royaume bransle pour y aller, n'estant question que de trouver le passage asseuré » (13 avril 1554). Vertot, t. III, p. 154, 155.

3. The Chronicle of queen Jane..., p. 75. Le lecteur voudra bien nous excuser si nous insistons sur ce problème historique. Il est intéressant et ne manque pas d'importance, puisqu'il a défrayé tant de disputes. On voit aussi qu'il tient de très-près à notre sujet. Foxe, venant comme écrivain après la Chronicle et après les ambassadeurs étrangers, eVst-à-dire seulement en troisième ligne dans l'ordre des temps et des sources, répète ces diverses circonstances et de plus en ajoute de nouvelles. Nous ne l'accusons pas de les inventer ; mais les bruits ont pris naissance çà et là ; il leur donne un corps et les perfectionne. Par exemple, les shérifs du comté auraient été présents à l'entrevue de VVyatt avec Courtenay et auraient rapporté que le premier s'était jeté aux genoux du second, pour lui demander pardon de l'avoir accusé faussement, ainsi qu'Elisabeth. (Foxe, t. VI, p. 431, 432.) Cette assertion est absolument contestable.

D'abord, la présence des shérifs de Londres à l'intérieur de la Tour n'est nullement certaine, bien qu'Holiushed, sur l'autorité de Foxe, l'affirme à deux reprises (p. 1101 et HOSj). Le récit très-circonstancié de la Chro7uque de la reine Jane... ne mentionne que le lord chaqibellan, sir John Gage, consiable ou gouverneur à la Tour, et lord Chandos (sir John Bn'dges), lieutenant de la Tour, qui conduisent Wyatt près de Courtenay, enfermé dans la Tour au-dessus de la porte du bord de l'eau. Après l'entrevue, ils l'emmèHcnt ; arrivés à la palissade du jardin, où finissait l'enceinte de la forteresse, le gouverneur et le secrétaire d'État Bourne (qui sans doute les a rejoints) prennent congé de lui ; le lieutenant et le

En résumé, avec ce que nous connaissons aujourd'hui par les papiers de Renard comme par les papiers de Noailles, — et ce que nous savons, le Conseil privé, ou tout au moins le chancelier, le savait dès lors, — il est impossible de parler de Tinnocence de Gourtenay et d'imaginer que, au moment suprême, Wyatt n'eût

D' Weston le conduisent au dehors, à la colline de la Tour, pour l'exécution.

Dans les événements tragiques qui se multiplient tant & la Tour, les shérifs de Londres attendent à la porte extérieure que les officiers de la Tour viennent leur remettre les condamnés, qu'ils mènent ensuite à l'échafaud sur la colline du dehors, où se groupe le peuple. Lors de l'exécution du duc de Northumberlaud, de sir John Gates et de Thomas Palmer, le 22 août 1533, la Chronique de la reine Jane (p. 20, 21) et Stow (p. 612) racontent que sir John Gage, coustable de la Tour, les conduit jusqu'à la palissade du jardin et les remet aux shérifs de Londres, qui les attendaient là et lui en donnent un reçu. Même cérémonial, si ce n'est qu'il n'est pas fait mention d'un reçu, pour l'exécution de Guilford Dudley, le mari de Jane Grey, le 12 février 1554. Il n'est pas parlé de ces formalités lors des exécutions du duc de SuCfolk, le 23 février 1554, et de Wyatt, le 11 avril 1554. Mais n'est-il pas permis de penser que c'est une simple omission et que, dans le cas où, par dérogation à la coutume suivie jusque-là, on aurait admis les shérifs à l'intérieur de la Tour et jusque dans la chambre d'un prisonnier non condamné, les narrateurs n'auraient pas manqué d'en faire l'observation ?

Ensuite, au fond, comment admettre que Wyatt se soit mis aux pieds de Gourtenay pour lui demander pardon de l'avoir accusé faussement, puisque la culpabilité de Gourtenay est établie historiquement par des preuves irréfragables ?

Dans Foxe (t. VI, p. 431, 432) et Ilolinshed (p. 1101), le jour de l'exécution, au moment où le lord-maire, Thomas White, va se mettre à dîner, quelqu'un vient lui annoncer comment Wyatt a justifié Elisabeth et Gourtenay, et comment Weston l'a interrompu. Le lord-maire se récrie que Weston lui a toujours fait l'effet d'un misérable. Pendant le dîner arrive sir Martin Bowes, avec le recorder (magistrat et conseil judiciaire de la ville), au sortir du Parlement. En apprenant du maire et des shérifs les déclarations prétendues de Wyatt sur Téchafaud et à la Tour, il s'étonne et déclare qu'un autre récit, entièrement contraire à celui-là, vient de se produire au Parlement, c'est-à-dire que Wyatt aurait prié lord Gourtenay d'avouer la vérité, comme lui-même l'avait fait précédemment (ce sont toujours les deux annalistes anglais qui parlent).

Peu de temps après, un apprenti, nommé Gut, soutient en buvant dans une taverne que Wyatt a justifié Elisabeth et Gourtenay. Le chancelier en est informé ; il donne ordre au lord-maire de lui amener Gut à la Chambre étoilée. Là, toute affaire cessante, le chancelier rappelle à la multitude assemblée la protection extraordinaire dont Dieu a couvert la reine ; de quelle manière il s'est servi d'elle pour restaurer la foi catholique ; puis les

pas d'autre préoccupation que de la faire reluire du plus pur éclat. On n*en a fait tant de bruit, alors et depuis, en forçant la signification et la portée de ses paroles, qu'au bénéfice d'Elisabeth. Gourtenay justifié, elle Tétait à plus forte raison. La sympathie publique se rallia passionnément autour de la

égards et les bienfaits dont elle a comblé lady Elisabeth et lord Gourtenay, et cependant le complot dénaturé et perfide où ils ont trempé contre elle avec le détestable traître Wyatt, comme cela résultait, affirme-t-il, des aveux de Wyatt et des correspondances échangées ; et que néanmoins dos gens de la Cité de Londres rapportent que Wyatt a été contraint par le Conseil d'accuser lady Elisabeth et lord Gourtenay ; il blâme le lord-maire de ne pas les avoir punis.

Tl y avait là, continuent Foxe et Holinshed (loc. ci/.), il y avait là lord Ghandos, qui, pour complaire au chancelier, parla ainsi : « Milords, voici une vérité que je vais vous dire : j'étais lieutenant de la Tour lors de l'exécution de Wyatt ; il me pria de le conduire chez lord Gourtenay. Quand je l'eus fait, il tomba à genoux devant lui en ma présence et le pria de confesser la vérité de lui-môme, comme lui aussi l'avait fait précédemment, et de s'en remettre à la merci de la reine. »

Holinshed, toujours copiant Foxe, ajoute, pour terminer, qu'il s'est étendu sur ces détails afin que le lecteur, connaissant les agissements de l'évéque (de Winchester) dans la procédure et les comparant avec le vrai témoignage de Wyatt sur lui-même et avec le témoignage des shérifs, lesquels étaient présents aussi quand W^yatt demanda pardon à lord Gourtenay, soit mieux en mesure de juger tout le cas et la matière pourquoi Elisabeth et Gourtenay subirent de si longues afflictions.

Ce qui nous semble se dégager de la foule de ces dits et contre-dits^ tant sur la visite de Wyatt à Gourtenay que sur ses paroles dernières, c'est la véracité de la Chronicle of queen Jane^ avec laquelle concordent le récit qui fut fait au Parlement le jour même de l'exécution et le témoignage de lord Ghandos, personnage dont l'honnêteté a été célébrée par les amis d'Elisabeth dans une autre circonstance dont nous parlerons. Tel est l'ensemble des témoignages sérieux. Le reste se compose de propos grossis, altérés par calcul, passion ou entraînement ; sorte de fausse monnaie jetée dans la circulation pour décréditer la monnaie royale. C'est comme un mot d'ordre parmi les ennemis de la reine Marie de revendiquer l'innocence de Gourtenay, eussent-ils , Noailles par exemple , la parfaite connaissance de la culpabilité de Gourtenay et de la complaisance d'Elisabeth. Tous les écrits composés ultérieurement pendant le règne d'Elisabeth ont continué cette guerre, en copiant sans aucune critique le premier narrateur, Foxe, qui lui-même ne se soucie ni de critique ni d'exactitude. De là vient aussi que tant d'erreurs sur d'autres points abondent chez les mômes historiens, qui ont fait autorité jusqu'à nos jours. Il est d'ailleurs entendu, chez les uns et les autres, que pas un des hommes accusés de complicité avec Wyatt n'est coupable.

princesse son idole, pour lui faire un rempart contre d'injustes ennemis. Quant à nous, bornons-nous ici à dire que Tinnocence d'Elisabeth aurait grand besoin d'être certifiée sous une autre caution que l'innocence de Gourtenay.

On reprit immédiatement la procédure contre cette princesse. Le lendemain de l'exécution de Wyatt, le chancelier, le trésorier, le chambellan, qui était aussi gouverneur de la Tour, et d'autres membres du Conseil ^ , l'interrogèrent solennellement. Foxe rapporte qu'un de ses serviteurs, Edmond Tremaine, fut mis à la torture *. Mais rien n'aboutissait. On ne saisissait que des indices, sans pouvoir parvenir à des preuves matérielles, soit parce que les agents intermédiaires étaient en fuite, soit parce qu'ils niaient avec la plus indomptable intrépidité. Tantôt les juristes croyaient tenir de quoi faire mourir Elisabeth et Gourtenay ; tantôt ils reconnaissaient que la légalité les couvrait encore '. Au milieu de ces tâtonnements, la force offensive de la poursuite commençait à s'épuiser. Les amis d'Elisabeth reprenaient confiance. Son grand oncle William Howard eut à son sujet une vive altercation avec le gouverneur de la Tour *. Un signe bien plus marqué du sentiment public, c'est que le jury osa prononcer l'acquittement de sir Nicolas Throgmorton (17 avril

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