‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 78 sur 133 · Le Conseil ne put pas le retrouver · texte numérisé non relu

Le Conseil ne put pas le retrouver

mettre désormais à llntérieur du château toute personne, quelle qu'elle fût, qui ne serait pas du service d'Elisabeth.

Fortescue, arrêté provisoirement et interrogé de près , reçut de Bedingfeld une verte semonce. Le Conseil permit néanmoins de remettre les livres à la prisonnière, et en général tout livre honnête et acceptable pour passer le temps. Mais elle s'abstint et s'en priva volontairement plutôt que d'en reparler. Autre chagrin : on ôta d'auprès d'elle une de ses femmes qu'elle aimait, Elisabeth Sands, dont on craignait les mauvaises opinions en matière religieuse. Elle supportait ces déboires sans se plaindre ; cependant l'enflure survenue à son visage et à ses mains témoignait assez de son émotion. Elle s'était risquée pourtant à demander une Bible en anglais, ce qui sentait l'hérésie. Bedingfeld, choqué comme catholique, répondit par un sarcasme déplacé qu'il n'en avait pas et qu'il ne s*en était point procuré, attendu qu'il tenait des livres latins à sa disposition , quand il lui plairait ; il avait pensé qu'elle y prendrait beaucoup plus de plaisir, puisqu'elle entendait si parfaitement le latin ; « réponse que je vis bien, dit-iJ, qu'elle ne prenait pas en bonne part! » — on le comprend. — Une demi-heure après, — cela se passait à la promenade, — elle le pria d'écrire de sa part aux lords du Conseil pour qu'ils lui permissent d'écrire directement à la reine* Quoique cette requête lui fût adressée, à ce qu'il rapporte, de la moins plaisante façon qu'il lui eût vue depuis sa sortie de la Tour, Bedingfeld y acquiesça.

La promenade s'acheva sans qu'elle rouvrît la bouche *. Les lords autorisèrent la Bible. Quant à l'avenir, ils recommandèrent à Bedingfeld de satisfaire la princesse par de bonnes paroles, en attendant leurs instructions; et la reine consentit qu'elle lui

écrivit.

Cette lettre de la prisonnière à sa sœur et souveraine ne fut et ne pouvait être qu'une ardente protestation d'innocence'.

1. Sur ces divers incidents, V. les Bedimjf, Pap.^ 27 mai et 12 juin.

2. L'autorisation donuée par Marie étant du 13 juin 1554 (Bedingf, Pap.,

27â ELISABETH A WOODSTOC&

Une dizaine de jours après (25 juin 1554), Marie répondit de Farnham-Castle, maison située entre Winchester et Southampton, non pas à elle , mais à Bedingfeld. Son langage , quoique très-mesuré, était sévère, car il y avait toujours à la charge d'Elisabeth des présomptions graves , auxquelles celle-ci n'opposait que de simples dénégations. Marie aurait voulu des preuves ou un aveu. Après le salut d'usage à son féal et bienaimé serviteur, elle lui disait : « Nous avons reçu de lady Elisabeth une lettre , contenant seulement certains arguments

qu'elle a préparés pour lui servir de déclaration dans les matières dont elle a été chargée par les confessions spontanées de diverses personnes, arguments au moyen desquels il semblerait qu'elle voulût nous persuader que les témoignages de ceux qui

p. 179), la lettre d^Élisabeth ne put être écrite que le 14 au plus tôt. Cette pièce, qui aurait été si intéressante, ne s*est pas retrouvée. Nous allons reproduire d'après l'italien de Leti une lettre qu'il attribue à Elisabeth, en avertissant encore une fois que cet historien n'indique jamais ses sources : « Si le malheureux état où je suis pouvait parvenir jusqu^aux oreilles de Votre Majesté, je 'suis sûre qu'il aurait la fortune de trouver du rafraîchissement dans votre auguste cœur. Si je me sentais le moins du monde coupable en ce qui touche la grandeur, la gloire ou les intérêts de Votre Majesté, je me consolerais de mes afflictions en les regardant comme le châtiment mérité de mes fautes. Mais le sentiment de mon innocence et de tout mon zèle pour le service de Votre Majesté rend plus douloureuses les peines que je souffre. Que votre généreuse clémence mesure l'étendue de ma disgrâce, par ce fait que voilà trois jours seule* ment que j'ai été instruite de votre mariage fortuné avec le sérénissime prince Philippe, célébré il y a des mois : c'est une des plus grandes obligations que je reconnaisse avoir au seigneiu* gouverneur, Bernefeld. Je prie le Ciel de conserver Votre Majesté dans la félicité de son mariage j de rendre votre piété plus auguste et votre bonté plus grande à mon égard. Je m'imagine que nombre de personnes ont recouvré vos bonnes grâces à l'occasion de votre mariage ; et il me semble que les portes de la justice et de la clémence sont restées fermées à la seule infortunée fille de Henri VIII. Si la sérénissime reine n'est pas sensible aux liens du sang, que du moins elle cède à l'impulsion de la grandeur de son âme royale. » On ne pourrait rattacher cette lettre qu'à l'automne de 1554, puisqu'il y est question de plusieurs mois écoulés depuis le mariage de la reine, lequel datait du 25 juillet. Leti ajoute qu'elle eut pour effet d'adoucir la captivité d'Elisabeth. Sans nous prononcer sur l'authenticité de cette pièce, qui nous parait assez douteuse, nous veiïons comment le régime de la prison s'adoucit en effet à l'automne.

sont entrés dans cette voie contre elle, ou bien n'étaient pas tels qulls sont, ou, s'ils l'étaient, ne méritent aucune créance. Mais, de même qu'il nous en coûta beaucoup dans le commencement d'avoir à la soupçonner, de même , depuis que nous savons que la copie de la lettre particulière qu'elle nous avait écrite a été trouvée dans les paquets de l'ambassadeur de France*, et que plusieurs des notables traîtres faisaient fond principalement sur elle, il nous est bien difficile de penser qu'ils auraient eu l'audace d'agir de la sorte, s'ils n'avaient pas eu de sa faveur, pour leur conspiration dénaturée , une connaissance plus certaine qu elle ne l'a confessée jusqu'ici. En conséquence, quoique nous ayons, quant à nous (si Ion considère ce que nous connaissons des faits portés à sa charge) , usé de plus de clémence et de faveur envers elle qu'on n'avait accoutumé en de telles matières, ses belles paroles ne sauraient nous abuser à ce point ; et nous entendons fort bien comment cette affaire a été ourdie. Les conspirations se machinent en secret , et les choses de cette espèce se jugent par conjectures probables, par voie d'indices et de raisonnement, là où il arrive que la preuve claire et directe fasse défaut, tout ainsi que le sage Salomon reconnut la vraie mère de l'enfant à l'attitude et au langage des deux femmes, en l'absence de toute autre preuve et dans l'impossibilité de s'en procurer. De sadite lettre pesée et examinée , ainsi que des observations que votre frère a exposées en votre nom à notre Conseil privé, il résulte que sa pensée et son dessein étaient bien différents de ce que sa lettre tendrait à faire croire. C'est pourquoi notre plaisir dorénavant est que nous ne soyons plus molestée par de telles lettres, pleines de déguisements et d'artifices*. Nous souhaitons pour elle qu'il plaise à Notre-Seigneur

t. L'ambassadeur, nous le rappelons, avait déclaré hautement qu'il ne tenait pas cette copie d'Elisabeth, et c'était la vérité. Mais il est aisé de concevoir que Marie ne le crût pas sur parole et qu'elle supposât au contraire une communication directe.

2. Wherefore our plesure y s not to be hereafter enye moore moiested wiih .such her disguise and colourable letten.

de lui accorder la grâce d'être envers nous comme il convient qu'elle soit. » La reine terminait en disant à Bedingfeld qu'elle avait trouvé bon de lui faire connaître la teneur de sa lettre, afin qu'il continuât à s'acquitter avec sa diligence habituelle de la charge qui lui était confiée *.

Le coup était rude. Au lieu du pardon, Elisabeth s'était attiré un rengrégement de disgrâce. Elle avait témoigné aussi le désir qu'un des trois médecins de la reine vînt la voir, à cause de ses gonflements de la figure, des bras et des mains. Mais le malheur voulut que l'un fût malade, l'autre abseni. Le troisième, le D' Owen, ne pouvait pas s'éloigner de la cour; il conseilla la patience et indiqua un régime à suivre ^.

Bedingfeld avait ordre de communiquer à Elisabeth la réponse de la reine, seulement en substance, au moment qu'il jugerait convenable. Assez embarrassé de son rôle, il prépara un extrait et attendit l'occasion. Dans un premier entretien, il parla de l'impossibilité où l'on était d'envoyer un des médecins de la reine; le Conseil, sur l'indication du D"" Owen, en proposait d'autres du voisinage. Elisabeth refusa, en disant qu'elle ne se souciait pas d'informer des étrangers de l'état de sa santé. Le lord chambellan, qui lui avait promis, au sortir de la Tour, ajouta-t-elle amèrement, de lui envoyer qui elle demanderait, sans doute n'avait voulu savoir où se porterait son choix que pour être plus sûr de ne pas se rencontrer avec elle. Ce jour-là, Bedingfeld ne poussa pas la conversation plus loin.

Le lendemain, 3 juillet, il alla entendre la messe dans la chambre de la princesse ; et, comme il se retirait sans faire mine de parler, elle lui demanda enfin s'il savait que la reine eût répondu ou dût répondre à sa lettre. En efi'et, dit-il, il avait une communication à lui faire à ce sujet, quand elle

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