Bedingf, Pap,, p
2. Il écrivit à Bedingfeld que l'état de Sa Grâce provenait de ce qu'elle avait le corps rempli d'humeurs froides et aqueuses, que Ton expulserait au moyen d'une purgation ; mais la saison n'y était pas propice. Bedingf, Pap.y p. 186.
le lui commanderait. « Faites, » dit-elle. Il tira son papier; mais alors elle le pria de remettre jusqu'à ce qu'elle eût dîné. Le moment venu, elle l'envoya chercher. Il se présenta accompagné d'un homme de la reine , un M. Thomew, logé au château avec sa femme, et le fit entrer, sur la permission d'Elisabeth. Tous deux s'étant agenouillés devant elle, Bedingfeld donna lecture du message résumé de la reine. Alors elle déplora que, par une fatalité si contraire à son attente, sa lettre n'eût pas produit un meilleur effet. Elle pria le gouverneur de recommencer sa lecture et dit : « Je remarque spécialement, à mon grand chagrin (et mon obéissance n'en sera pas moins empressée), que la reine ne trouve pas bon que je la moleste davantage avec mes lettres artificieuses. Quoiqu'elles soient qualifiées d'artificieuses, cependant, sans offenser Sa Majesté, je dois affirmer que c'était la pure vérité ; oui, aussi vrai que je désire être sauvée devant le Dieu tout-puissant. » Ne pouvant plus écrire à la reine, elle imagina un détour et sollicita Bedingfeld de rédiger une réponse dont elle lui indiquerait les éléments et qu'il adresserait au Conseil, après qu'ils l'auraient relue ensemble pour plus d'exactitude. Il la pria de l'excuser s'il ne se prêtait pas à son désir. « Mais , répliqua-trclle , à la Tour, chaque prisonnier peut s'ouvrir au lieutenant, et celui-ci en faire le rapport au Conseil, et vous me refuseriez ? » Il s'excusa de nouveau. A la promenade, elle revint à la charge. « Mon sort, lui dit-elle, serait donc pire que celui du plus iiifime prisonnier de Newgate *, dont un ami peut prendre la cause en main? Moi, devrai-je donc rester toute ma vie sans espérance en ce monde, sans autre soutien que la vérité de ma cause? Je la mettrai sous les yeux de Dieu ; je m'armerai contre toutes les éventualités, quelles qu'elles soient, pour demeurer loyale sujette de la reine, comme je le fus toute ma vie '. » A ce moment, la
i. La prison des criminels.
2. Bedingfeld au ConseU, Woodetock, 4 juillet 1554. Bedingf, Pap,, p. 188-193.
pluie survint et rompit la conversation. Bedingfeld en envoya la relation au Conseil, manière indirecte de satisfaire le vœu d'Elisabeth. Celte détresse, cet appel aux procédés tutélaires de la justice dont aucun criminel n'était exclu , touchèrent Marie. Trois jours après (7 juillet), elle autorisa le gouverneur à consigner par écrit les explications d'Elisabeth et à les lui adresser directement, afin qu'elle les vit avant le Conseil *.
Chose étrange, Elisabeth, si pressante pour obtenir cette faveur, laissa passer plus de vingt jours sans en profiter. Même dans son domestique, on s'en moquait ouvertement. L'orgueil et la colère avaient pris le dessus. Elle goûtait une sorte de vengeance à soufTrir davantage. Elle fut reprise d'enflure à la face : mais, si elle se plaignait d'avoir été très-mal telle ou telle nuit, elle ne touchait plus un mot du médecin '. Enfin elle se décida : le 30 juillet, après la messe, elle pria Bedingfeld de rédiger sa requête au lord chambellan, sir John Gage, pour qu'il voulût bien lui servir d'intermédiaire auprès de la reine. Voici cette pièce originale :
« Requête de Sa Grâce lady Elisabeth (au Conseil) .
« Lady Elisabeth, ce 30 juillet, me charge d'exposer sa requête à Vos Honneurs, à l'eff'et de vous rendre ses médiateurs auprès de Sa Majesté la Reine. Elle supplie Votre Seigneurie de considérer sa malheureuse situation : que, ayant été autorisée une fois seulement à écrire en humble solliciteuse à Son Altesse la Reine, elle n'obtint pas la consolation qu'elle avait espérée ; mais, par surcroît de douleur, un message à moi adressé signifia le bon plaisir de la Reine qu'on ne la molestât pas davantage avec les lettres de Sa Grâce; elle demande qu'il vous plaise, ne fût-ce que par
1 . Le bruit de dispositions plus favorables chez Marie commençait à se répandre. Le 3 juillet, Noailles mandait à Henri II : « On espère que Madame Élizabeth et Courtenay sortiront bientôt de leur captivité, et les bons propos que de ceste heure et ordinairement ceste Royne tient d'eulx faisant connoistre qu'ilz sont reconciliiez avec elle. » Archiv, aff, étr.,Axï' gleterre, 1553-1556, t. I et II, p. 410.
2. Bedingfeld au Conseil, Woodstock, 16 juillet 1554. Bedingf, Pap,, p. 198.
pitié, ayant égard à son long emprisonnement et à la perte de sa liberté, ou bien de la charger d'une accusation déterminée sur laquelle elle aurait à répondre devant des juges, ou bien de lui accorder la liberté de paraître en présence de Son Altesse, ce qu'elle se garderait bien de souhaiter, dit-elle, si elle ne se savait pas irréprochable, même devant Dieu, quant à son allégeance. Si néanmoins, après que, par votre bonne médiation, elle aurait obtenu la très-gracieuse faveur de Son Altesse la Reine, il devait subsister encore des scrupules ou des doutes sur sa loyauté, elle préférerait de bon cœur souffrir son sort actuel et pis encore, plutôt que de mettre dans le cas d'être importunée, ou tourmentée à cause d'elle. Sa Majesté, dont elle souhaite pardessus toute chose au monde, dit-elle, l'honneur et la conservation. Me requérant en outre de m'adresser principalement à ceux, d'entre vous, milords, qui furent les conseillers et les exécuteurs du testament du roi, son père, afin qu'ils veuillent bien appuyer la susdite demande de Sa Grâce *. Et, si Votre Seigneurie ne peut lui faire accorder ni l'une ni l'autre de ses deux demandes, qu'alors plaise à Son Altesse la Reine consentir que plusieurs d'entre vous, milords, viennent avec son congé, ici près de Sa Grâce *, recueillir de sa propre bouche les demandes qu'elle a à présenter. Au moyen de quoi, elle éprouverait cet allégement de penser qu'elle n'est pas entièrement destituée de tout refuge en ce monde '. »
Le Conseil répondit que la reine allait examiner et prendre temps pour donner telle réponse qu'il conviendrait.
1. Henri VIII avait légué la couronne à Elisabeth, à défaut d'Edouard et de Marie et de leurs descendants. Plusieurs de ses exécuteurs testamentaires étaient encore du Conseil privé. C'était probablement une manière habile de les faire songer qu'ils pourraient, un jour, avoir à compter avec elle.