Foxe, t. VIII, p. 616. Heywood, p
3. Lettre au Conseil, 21 octobre 1554. Beding. Pap., p. 221, 222.
290 ELISABETH A WOODSTOGK
la solde de la garnison se trouvait en retard de neuf semaines. Bedingfeld se voyait réduit à y suppléer tantôt de sa bourse, tantôt par de gros emprunts à Londres, dont il voyait avec terreur l'échéance approcher.
Marie approuva son refus d'écrire, ce refus qui avait tant courroucé Elisabeth. Elle s'empressa d'envoyer deux de ses médecins, avec permission d'écouter aussi et de lui rapporter toute communication de la part de sa sœur. Ils passèrent les journées des 28 et 29 octobre à Woodstock. Une saignée au bras le matin, et au pied le soir, produisit un heureux effet. D'après Poxe, ils firent un bon rapport de l'attitude et de l'humble soumission de la prisonnière. La reine en fut touchée ; mais les évoques, continue-t-il, paralysèrent ce mouvement de clémence, en s'étonnant que la coupable ne se soumît pas à sa merci, puisqu'elle l'avait offensée ^ Elisabeth ne tarda pas à presser son geôlier, avec insistance, d'obtenir par le Conseil que la reine lui fit connaître sa volonté et sa réponse sur les demandes que les médecins avaient dû lui porter de sa part ; qu'au moins, si elle ne voulait pas les lui octroyer ni lui donner plus de liberté, elle la mit dans un lieu plus près de Londres, ou dans l'une de ses maisons pour tout le temps qu'il lui plairait ; qu'elle le fit sinon pour elle, du moins par pitié pour les pauvres gens de son service, qui allaient s'épuiser l'hiver à transporter les provisions, etc. '. Le gouverneur écrivit-il ou non au Consesl? Elisabeth ralluma-t-elle ou non ses colères? Nous l'ignorons, car les Papiers de Bedingfeld finissent ici *. Toutefois il est certain que la reine ne s'estimait pas suffisamment édifiée sur la conduite
1. Foxe s'est trompé en plaçant au 8 juin ce voyage des médecins de la reine, t. VIII, p. 617. Heywood, p. 142.
2. Il serait impossible, disait-elle aussi, de charrier par voitures la provision d'eau qu'elle avait à faire. — Woodstock était donc bien mal pourvu? Bedingfeld au Conseil, Woodstock, 19 novembre 1553. Bedingf,
Pap,, p. 224, 225.
3. Sauf une pièce, qui sera datée du 17 avril 1555 et mettra fin à la détention de Woodstock.
passée de sa sœur, puisqu'elle la maiiîtinl six mois encore dans cette prison. Elisabeth n'énonçait aucune preuve à sa décharge; mais on ne parvenait pas non plus à rien établir positivement à sa charge; et sa captivité n'était pas tellement stricte, qu'un émissaire de ses amis n'y fît pénétrer cet utile avis *•
A cette époque, Bedingfeld fut appelé à la cour et y resta longtemps. Un de ses frères gardait Woodstock en son absence. C'est alors que les trames les plus noires se seraient nouées contre la vie d'Elisabeth, par l'espoir d'un relâchement de vigilance au château. Paul Peny, l'un des gardiens de Woodstock, aurait formé un premier complot. Puis James Blasset, avec vingt ou trente vauriens, se serait présenté, sous prétexte d'entretenir la princesse de choses importantes. Heureusement, Bedingfeld avait laissé un ordre si absolu de ne donner accès à personne en son absence, que les portes ne s'ouvrirent pas *. Ces attentats n'étant mentionnés que par les panégyristes, si féconds en assertions controuvées, il nous est impossible de décider ce qu'il en faut croire. Nous inclinerions d'autant plus à douter, qu'on les impute à Gardiner, en le dépeignant comme avide à tout prix du sang d'Elisabeth. Que l'évêque de Winchester fût capable de rigueur envers cette princesse, nous ne le nierons pas; mais il était incapable de scélératesse. C'est durant ces joui's d'angoisse, dit-on, qu'Elisabeth, à sa promenade, entendit s'élever de l'autre côté des murs du parc, dans la libre
1. Foxe, t. YIII, p. 619. Est-ce vers ce moment qu'il faut placer les paroles suivantes qu*Heywood met dans la bouche d'Elisabeth répondant aux conseils de quelques amis? EUes ont une forte saveur d'authenticité, u Jamais je ne ferai soumission à quelqu'un que je n'offensai jamais de ma vie. Si je suis coupable et si j'ai commis une faute, currat leXy que la loi ait son cours ; je ne demande nulle merci. La loi est juste : eUe ne me condanmera pas. Mon gardien, qui a l'œil sur moi jour et nuit, me moleste sans relâche. Si j'étais aussi déchargée de son côté que je suis peu chargée de l'autre, je m'estimerais bien heureuse. Quoi qu'il en soit, Dieu, quand il le jugera à propos, ou bien lui adoucira le cœur, ou bien se servira de quelque autre pour procurer mon élargissement. » (Heywood, p. 143, 144.)